Comme pour les stades ou les équipes cyclistes, il est important de nommer les vagues de chaleur et les canicules selon les sponsors qui ont rendu cela possible. C’est après tout la moindre des choses.
Ne dites plus « la vague de chaleur de mai 2026 » ou « la canicule de juin 2026 » mais « la canicule Bolloré 26 » et « la canicule TotalEnergies 26 ».
Avouez que « TotalEnergies 26 a déjà fait 115 morts » en gras dans la presse, ça fournit une belle visibilité médiatique au sponsor !
Du coup, Patlabar s’est improvisé public-reléchionne pour les sponsors et a fait de chouettes stickers à imprimer et à coller là où le rappel est le plus utile. J’espère qu’il va leur envoyer sa facture.
La canicule de juin 2026 vous a été offerte par TotalEnergies.
Il a également fait les stickers pour celle de mai :
La canicule de mai 2026 vous a été offerte par Bolloré.
Et il prévoit déjà celle de juillet :
La canicule de juillet 2026 vous a été offerte par Lafarge.
En 2026, TotalEnergies a clairement écrasé Bolloré. Lafarge pourra-t-elle tenir le niveau ? Rien n’est moins sûr, les supporters lancent déjà les paris.
Pour les prochains stickers, vous pouvez suivre Patlabar sur Mastodon:
PS: À propos de sponsor, l’équipe cycliste Israël-Startup Nation avait, en 2025, subit les foudres du public sur la Vuelta, entraînant son retrait de l’épreuve et le changement de sponsor pour 2026. Je me demande si on verra un jour des protestations similaires pour des équipes comme TotalEnergie ou Uno-X, qui sponsorisent le vélo en vendant de l’essence.
À propos de l’auteur :
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
J’apprends avec tristesse le décès de l’architecte Philippe Samyn, un esprit incroyable aux idées fulgurantes avec qui j’ai eu de longues et passionnantes discussions.
Car l’architecture était pour lui une porte d’entrée vers une compréhension plus globale du monde. Comme lorsqu’il m’a asséné :
— Le monde entier ne tourne qu’autour d’une seule et unique unité, qui est le cœur de tout. — Euh, le dollar ? — Tu me déçois Lionel ! C’est le joule bien entendu. Tout tourne autour du joule. Produire, stocker, échanger des joules. La monnaie internationale devrait être le joule ! Les puissants sont ceux qui exploitent la différence entre le dollar et le joule, les faibles ceux qui fournissent des joules pour rien ou si peu.
Ou cette discussion qui me revient régulièrement où il m’exposa que l’architecte devait construire des « ruines utiles ». Car un bâtiment ne va être utilisé que 50, 100 ou 300 ans. Mais ses ruines durent parfois 10 ou 100 fois plus longtemps. Certaines ruines dureront autant que la planète ! L’essentiel de la vie d’un bâtiment se fait à l’état de ruine et il faut le prévoir dès la conception.
Avant de le rencontrer, je n’avais jamais envisagé les choses sous cet angle. Ce qui m’a frappé en généralisant son discours, c’est à quel point le fait de tenter d’oublier l’étape des ruines est la maladie qui pourrit l’humanité tout entière à tous les niveaux.
Nous produisons, nous tentons de produire plus et plus rapidement sans jamais nous préoccuper de ce que nous allons faire de toute cette production. Nous en sommes au point d’automatiser la production d’images, d’écrits et de code informatique avec les chatbots sans nous poser la question des ruines que nous préparons.
Depuis plusieurs années, chaque fois que j’ai envie de me procurer un bien matériel, je me pose consciemment deux questions : « Où vais-je le ranger ? » et « Comment vais-je m’en débarrasser ? ». Penser consciemment à cette question au moment de l’achat rend l’achat en lui-même extrêmement anxiogène. Philippe Samyn avait lui poussé cette réflexion jusque dans la conception des bâtiments.
Mais l’ingénieur architecte était également un artiste attaché à son œuvre. Lorsque mon épouse et moi avons un jour critiqué « son » Aula Magna, bâtiment emblématique de Louvain-La-Neuve coincé entre un cinéma et un hôtel, il nous a déroulé, des larmes pleins les yeux, le plan de Louvain-la-Neuve tel qu’il l’avait imaginé et comment l’Aula Magna aurait du s’intégrer dans une superbe perspective bien plus vaste et cohérente. Une boule de colère et de tristesse dans la gorge, il nous a expliqué comment son projet avait été complètement dénaturé en n’en prenant qu’une partie et en l’encadrant d’autres immeubles qu’il trouvait hideux.
Philippe Samyn m’avait fait l’honneur de me compter parmi les bêta-lecteurs de l’œuvre de sa vie : un ouvrage exhaustif sur l’architecture et la société humaine, projet qu’il avait intitulé: « Qucocoma, Quoi Comment Construire Maintenant ».
Je lui avais prédit que cette œuvre risquait de ne jamais être achevée tant elle était ambitieuse, qu’il fallait absolument la publier par petite partie sous peine de laisser cette tâche à ses héritiers.
Je ne pensais pas avoir raison si tôt…
Philippe Samyn s’est éteint, mais le territoire reste à jamais marqué par ses idées.
À propos de l’auteur :
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Après le « Je n’ai rien à cacher », voici venu l’ère du « Je n’ai rien à penser »
Se faire prendre pour des crétins parce que ça fonctionne
Google l’annonce : il y a plus de personnes dans le monde avec un smartphone Android que de personnes qui ont accès à de l’eau propre et des égouts.
Cela implique, toujours selon Google, qu’il faut plus d’IA pour ces personnes.
Non, sérieusement, je ne déconne pas. C’est vraiment ce que les gens de Google vont raconter dans les universités dans des événements qui ressemblent un peu à ce que des vendeurs de cigarettes pourraient organiser dans des clubs de sport pour former la jeunesse à fumer en offrant un an de cigarettes gratuites.
Et ils enfoncent le clou: de toute façon, personne n’a le choix d’utiliser l’IA ou non. C’est comme ça. Exactement ce que disait Anthropic: « Que vous le vouliez ou non, préparez-vous pour ce monde stupide ! »
Mon exemple du vendeur de cigarettes semble exagéré, mais je viens d’être témoin, dans ma ville universitaire de Louvain-La-Neuve, d’une compétition qui consistait à faire le tour du lac en courant tout en buvant quatre bières de 33cl. La course était sponsorisée par… une marque de bière, bien entendu. L’université semble avoir donné sa bénédiction pour cet événement et beaucoup d’étudiants sont assez naïfs pour trouver ça cool…
Je suis moi-même un grand naïf. Je croyais que les personnes étaient majoritairement moralement « bonnes ». Elles produisent souvent un impact négatif lorsqu’elles travaillent à maximiser le profit d’une entreprise. C’est juste qu’elles ne s’en rendent pas compte.
Mais c’est faux. Nous savons aujourd’hui que des personnes comme Mark Zuckerberg sont tout simplement moralement inhumaines et que toutes les personnes impliquées savent très bien ce qu’elles font et pourquoi elles le font. Les produits Meta sont spécifiquement modifiés pour rendre les adolescents les plus addicts possibles, pour les perturber durant leur scolarité. Ce n’est pas une conséquence, c’est le but premier du produit. La distraction incessante n’est pas un effet insoupçonné, c’est littéralement ce que cherchent à faire les ingénieurs de Facebook.
Et dire que la plupart des profs sont en mode : « Il faut vivre avec, il faut apprendre à utiliser raisonnablement ».
Non. C’est faux et c’est complètement stupide. C’est comme donner aux adolescents des formations, sponsorisées par Philip Morris, où ils apprendraient à fumer « sans inhaler la fumée ». Ou leur dire que c’est cool de courir en buvant plus de bières que ton estomac ne peut en supporter.
La vérité c’est que la plupart des profs sont complètement addicts à leur smartphone et que c’est plus rassurant d’enseigner son addiction comme un truc positif que de se remettre en question.
La pub nous prend pour des crétins. Elle prend les politiciens pour des crétins. Et, expérimentalement parlant, elle a bien raison. Nous le sommes ! Ça fonctionne encore mieux que prévu parce que, du coup, nous allons leur donner raison et soutenir ceux qui se foutent de notre gueule !
Regardez le RGPD et les bannières de cookies qui ennuient tout le monde et pour lesquelles on accuse « l’Europe ».
Contrairement à une idée reçue, les ennuyeuses bannières de cookies sur les sites ne sont pas la faute du RGPD. D’ailleurs, dans l’immense majorité des cas, ces bannières sont illégales. Gee l’explique très bien en BD :
Mais il y a pire : si ces bannières sont ennuyeuses, c’est parce qu’elles ont été explicitement conçues pour ça. Et oui, pour faire baisser le degré d’adhésion du peuple envers le RGPD. C’est une pure manipulation politique volontaire et consciente de l’industrie publicitaire. Ils savent très bien ce qu’ils font : nous pourrir la vie pour décrédibiliser les institutions politiques afin de nous fourguer plus de pub.
Un article important sur le retour à l’oralité et le déclin de la lecture. L’oralité, c’est l’émotion au lieu de l’information, c’est le charisme au lieu de la vérité, c’est la manipulation au lieu de la rationalité. C’est également la disparition de l’effort sur le long terme.
Cela semble alarmiste, mais, factuellement, lorsque les chercheurs scientifiques, censés représenter l’élite intellectuelle du monde, en sont réduits à générer des articles qui citent des articles qui n’existent pas, cela pose quand même des questions.
Mais ChatGPT n’est que la cerise sur le gâteau. La raison réelle, c’est que nous dévalorisons l’intellectualité depuis des décennies. Nous valorisons le CEO qui prend des décisions aléatoires en 5 minutes. Nous demandons à tout le monde de creuser des trous et de les reboucher pour « faire tourner l’économie ». Nous vivons dans un monde où Julius grimpe les échelons !
Bref, nous ne faisons que mener le monde vers sa destination la plus logique en regard des indicateurs que nous utilisons pour l’optimiser. C’est tout à fait normal. C’est tout à fait attendu. On ne réduira jamais les émissions de CO₂ tant qu’on tentera de maximiser le PIB d’un pays. Faire tourner l’économie implique de maximiser le travail et donc de consommer le plus de joules possible. Joules qu’il faut produire en émettant du CO₂. Les énergies dites « renouvelables » ne sont qu’une manière d’émettre « moins de CO₂ par joule ». Ce qui est une bonne chose en soi, mais ne résout pas le problème de base que nous cherchons justement à consommer le plus de joules possible. Le résultat du succès des énergies renouvelables est d’ailleurs évident : nous consommons plus de joules, tout simplement.
Nous sommes en train de connaître la fin de l’intellectualité comme nous avons traversé la fin de la vie privée. Non, ce n’est pas réellement la fin. C’est juste que l’intellectualité, tout comme la vie privée avant elle, a perdu son statut de valeur fondamentale pour devenir un truc underground, uniquement valorisée par quelques cercles de plus en plus considérés comme marginaux, y compris, surtout, au sein des plus prestigieuses institutions académiques.
« Je n’ai rien à cacher » s’est subtilement transformé en « Je n’ai rien à penser ».
Depuis les smartphones à ChatGPT en passant par les séries en streaming, les géants technologiques se sont ligués pour nous convaincre de ne plus penser, que penser est has been, que c’est fatigant, que ça ne sert à rien. Nul besoin d’avoir un doctorat en sciences politiques pour comprendre que ça arrange beaucoup de monde.
Ma défense : l’effet bibliothèque
Les chatbots ne font, au fond, qu’augmenter la disponibilité de l’information, y compris fausse. Cette disponibilité réduit l’engagement cognitif et donc le développement du cerveau. Cet effet était déjà visible et étudié en 2011 comme "l’effet Google". Si nous savons qu’une information est disponible en ligne, nous ne tentons plus de nous la rappeler, nous la cherchons (combien de fois avez-vous pris votre téléphone parce que vous ne vous souveniez plus du nom d’un acteur dans un film?)
Ce qui est amusant à constater c’est que, bien avant d’avoir lu ces études, j’ai instinctivement adopté la posture inverse depuis quelques années. Je me refuse de chercher immédiatement une info. Ma motivation était de ne pas interrompre une conversation en cours (je dissuade d’ailleurs mon interlocuteur de sortir son téléphone) ou ne pas interrompre mon travail en cours (je me connais, je sais que si je cherche l’info, je suis 30 minutes plus tard en train de lire la page Wikipédia consacrée à la biographie d’Henri IV ou à une espèce rare de méduse en Nouvelle-Calédonie).
On pourrait arguer qu’il en est de même avec une bibliothèque. Mais je vois des différences fondamentales.
Premièrement, il y a la composante physique : lorsque je cherche une information dans un livre, je me déplace, je cherche dans un rayon. Mon cerveau associe le mouvement avec la mémorisation. Ma bibliothèque a beau être fluide et mouvante, elle garde une structure. Avec le temps, se souvenir d’une information revient à se souvenir du déplacement à effectuer pour aller chercher le livre.
En second lieu, les informations dans les livres sont stables et figées. Elles peuvent être fausses, mais je sais qu’elles ne sont pas générées pour améliorer le SEO du livre ou obtenir des likes. Elles ne se transforment pas subitement en erreur 404.
Cette stabilité rassure mon cerveau. Celui-ci n’est pas dans la "perception", la tentative de comprendre un environnement changeant, ce qui est source de stress. Il est au contraire dans le familier et peut se permettre d’extrapoler, d’imaginer, de faire des liens imprévus.
Bref, je donne à mon cerveau la possibilité d’être créatif, je lui offre un espace stable où il peut expérimenter la mouvance et le changement dans ce qu’il crée : les mots, les histoires. Ce n’est pas un hasard si je n’écris que sur une machine à écrire ou depuis mon terminal dans un éditeur qui change très peu depuis 40 ans (Vim). Je veux libérer de l’espace mental pour créer et réfléchir.
Si vous avez déjà été dans une bibliothèque juste pour être au calme et réfléchir, vous voyez très bien ce que je veux dire.
Bref, je suis un technopunk ringard… Mais ça, vous le saviez déjà !
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Outre la première victoire au Tour de France d’Eddy Merckx, 1969 fut une année qui marqua trois événements très importants.
1. Le premier homme sur la Lune
2. L’invention du système UNIX
3. La naissance de Linus Torvalds.
Deux de ces événements ont encore aujourd’hui un impact quotidien dans votre vie.
Adolescent, j’étais fasciné par les vidéos de Neil Armstrong descendant l’échelle du module lunaire et faisant quelques pas. Je tentais d’imaginer ce que j’aurais ressenti si j’avais vécu cet instant. J’espérais d’ailleurs aller un jour moi-même dans l’espace.
Il y a 20 ans, je suivais en quasi direct la découverte de Titan par la sonde Huygens.
Aujourd’hui, pour la première fois depuis 1972, quatre humains ont quitté l’orbite basse terrestre et sont en route vers la Lune. Cela devrait être un truc incroyablement excitant. Mais comme le dit très bien Kevin Boone, tout le monde semble s’en foutre.
Kevin donne plusieurs explications : la catastrophe climatique et les guerres nous rendent beaucoup moins enthousiastes envers la technologie. Mais, surtout, notre attention est trop fragmentée pour nous rendre compte de l’exploit, pour nous y intéresser.
Among the many crimes that can be attributed to Google and the other tech giants, perhaps the worst is that they've created a world in which a Moon landing is unexciting.
Il n’empêche que quatre humains vont tourner autour de la Lune pour la première fois de mon vivant. Trois hommes et une femme, Christina Koch, qui est donc d’ores et déjà la femme la plus éloignée de la Terre de l’histoire de l’humanité.
Christina Koch est donc la première Madame Pipi de l’espace profond !
Ça semble terriblement sexiste, mais, en réalité, les toilettes sont réellement critiques dans l’espace. Les astronautes des missions Apollo déféquaient dans des sacs en plastique à l’étanchéité douteuse et les étrons flottants n’étaient pas rares. Il me semble avoir lu qu’un cas de diarrhée faillit causer l’annulation d’une des missions, car il y en avait partout.
Dans « Stagiaire au spatioport Omega 3000 », j’ironisais sur le fait que les femmes astronautes n’étaient pas prêtes à laisser la responsabilité d’être Madame Pipi à un homme.
À voir si, comme mon héros Nathan Pasavan, Chrisina Koch recevra à l’atterrissage l’emblématique cache-poussière rose et l’assiette à piécette, insigne historique de cette fonction honorifique…
Bref, pendant qu’ils tournent là-haut, je vous invite à (re)lire cette nouvelle et toutes les autres qui peuplent le recueil, dont « Les filons chocolatifères de la Lune », qui se passe également sur notre satellite.
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Nous sommes fiers de nous passer de pétrole grâce à des panneaux solaires contrôlés par des logiciels… appartenant aux producteurs de pétrole !
On a parfois dit que le logiciel était « le nouveau pétrole ». C’est faux. La seule chose qui compte, c’est de contrôler, d’étrangler le monde en ne le laissant survivre qu’avec un fin filet d’air. Le pétrole était une ressource qui a été utilisée pour établir une dépendance. Le logiciel, lui, se passe de cet intermédiaire lorsqu’il est propriétaire.
Le logiciel propriétaire est le contrôle total par essence ! Il est cette chaîne magique que l’esclave ne peut jamais briser. Il n’est pas le pétrole, il est le besoin de pétrole !
À propos de l’auteur :
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Extrait de mon journal du 6 mars, dans la salle d’attente du docteur X.
Le couple entre, asphyxiant l’air de l’étroite salle d’attente avec leurs remugles de fumée de cigarette. Les deux s’asseyent à l’aveugle sans jamais quitter leur smartphone des yeux, sans que les pouces ne cessent de s’agiter.
Après quelques instants, elle tente de le regarder, elle lui sourit, elle lui adresse plusieurs fois la parole. Lui ne se retourne même pas, n’interrompt pas une fraction de seconde la sarabande de ses pouces.
Alors elle replonge sur son écran, le manipule, le triture avant de tendre le bras pour le mettre sous le nez de son homme.
Lui, forcé de s’interrompre, recule légèrement la nuque, regarde l’écran de sa compagne puis tourne enfin la tête pour la regarder elle. Il n’a pas un sourire, pas un seul trait de son visage renfrogné ne tressaille. Mais elle a pu établir un contact visuel, elle est satisfaite, elle sourit.
Ils replongent alors tous deux dans leur petit univers distinct, comme s’ils étaient deux étrangers.
À propos de l’auteur :
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It might have been an email thread. Or a lobste.rs comment. It was a discussion about yet another attempt at a new decentralized social protocol. And we reached the conclusion that with blogs and email, we already had a decentralized social network. We only needed to use it.
This was the last push I needed to implement in Offpunk the social features I had imagined years ago. Share and Reply. Available since Offpunk 3.0.
Are you reading something interesting in Offpunk and want to share it? Well, simply write it:
share
or
share myfriend@example.com
A new mail containing the URL to share will be opened in your email client of choice (as determined by xdg-open). The title will be the title of the page. You only need to add some text to explain why you want to share that page.
Reply
Ever read a blog post and wanted to send feedback or a simple thank you to the author? Simply write:
reply
Reply will try to find a mailto link by exploring the page, root pages and, since 3.1, potential "contact" pages. It sometimes works really well. Often, the mail address is obscured or hidden. That’s not a problem. You only need to find it once because Offpunk allows you to save it for the page or the whole online space.
Give an email address as an argument to reply and it will be saved in Offpunk for the page or the whole online space.
If you come across an email address that may be of use in the future but don’t want to react now, use "save":
reply save author@example.com
or, if you want to use autodetection:
reply save
Yes, it is enough
It looks like nothing. It looks like trivial. But for me, this really transformed Gemini/Gopher and the Small Web into a social network. As I use neomutt+neovim as my mail client, I don’t leave my terminal. I simply write "reply", neovim opens, I write "Thank you for this nice post", :wq, ,and voilà. The mail will be sent during my next synchronization.
Almost as easy as clicking a "like" button but way more personal. Even easier if, like me, you dislike touching a mouse or opening a browser!
Replying to my own post in Neovim
This is the Social SmolNet
In less than two months, I already used this feature to react to 40 different online spaces, not counting that I’ve used it multiple times with some people.
40 saved reply addresses (41 but the first line is wrongly counted)
I even started using Offpunk as an address book for my blogger friends. Instead of laboriously autocompleting their email addresses, I go to their blog/gemini capsule/gopher hole and write "reply".
The biggest lesson I take is that "social networks" are not about protocols but about how we use the existing infrastructure. Microsoft and Google are working hard to make sure you hate email and hate building a website. But we don’t have to obey. We can enjoy writing lightweight HTML and sending quick emails to each other. We have the right to read, write, and have social fun without Javascript and centralized platforms. We have the duty to keep this torch lit.
In the meantime, if you receive from me very short emails reacting to some of your posts, now you know why.
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
In a poignant Gemini post, Kevin Boone wrote about his anxiety to go out of his house without his phone. (This is the Gemini protocol, totally unrelated to the Google chatbot.)
Around 2018, I had the same epiphany: I was unable to get out of my house without my phone. In fact, I was so addicted that it was hard not to take the phone with me even inside the house or, God forbid, into the bathroom!
I had this discussion with Matt Baer, Write.as creator, and he told me that he had started to consciously go for short walks without his smartphone. I thought it was a good idea. I started to leave my phone at home for short walks. I disabled notifications. I even invested in an e-ink smartphone and, later, in a Mudita Kompakt.
At first, not having a phone was a real source of anxiety. For me, the anxiety was not about being able to call someone or being called. It was really about missing notifications, about not knowing if I had a new email. It was about not being able to "feel like I was doing something" if I had to wait a couple of minutes somewhere.
What is even more scary about this particular addiction is that the anxiety of being without a phone is not only internal: it is also highly socially inflicted. My mother asked me: "What if there is an urgency for me or your father?" To which I replied: "I’m not a medic and I live 30 minutes away from you. If there’s an urgency for you, telling me about it is not urgent and will not help."
But, quickly, the feeling to be without a smartphone changed from anxiety to liberating. I felt really happy not to have a phone on me while outside. I was rediscovering my old way of getting lost in my thought, of sometimes talking to myself to clarify an idea. Which is less weird these days because everybody assumes you have an ear bud and are on the phone with someone else. In fact, when walking alone, I’m often on a call with myself.
It may seem weird, but instead of scrambling for my phone to find a direction or the name of that actor that was in that movie, I made peace with the fact that "I didn’t know something." I look around for clues about a bus schedule, I ask strangers for directions. I let my subconscious work in the background to surface the forgotten name half an hour later. And I appreciate that. Sure, there are times when things would have been easier with a smartphone. But nothing insurmountable.
I became more and more allergic to any kind of notifications, even from other phones. I feel them as constant aggression. In part because I was addicted, in part because those are, by definition, designed to disrupt your thought. That’s the whole purpose of a notification.
And we are only starting to understand the damage those are doing to our cognitive abilities.
These days, I use a Mudita phone which has a side switch to put it completely offline (a kind of hardware enabled airplane mode). Every night, I pull that switch. Some days, I realise I totally forgot to put my phone online in the morning.
When I go outside, I ask my wife: "Is there any reason for me to take my phone?" If there’s none, which is the usual case, I don’t take it. This ritual has two purposes: it allows me to consciously choose whether to take my phone or not and to remind my wife that I don’t have my phone with me.
My only exception is when I go cycling. I remember how my friend Thierry Crouzet broke his hip in the middle of the woods. So I take my phone, just in case. This is not problematic because you cannot mindlessly start checking your phone while pedalling. It’s just a little weight in my jersey pocket.
I would like to say that I’m cured of my smartphone addiction, but this is not true. Put a smartphone with a shiny coloured screen in my pocket and it would probably not take more than a few days for me to return to what is the new social norm. I’m an addict and will stay an addict my whole life. But at least I have put in place enough guardrails to be free of smartphones and feel a lot happier about it.
Of course, this only applies to my smartphone. We will talk about my laptop another time…
About the author
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
Extrait de mon journal du 29 janvier, en lisant "Comprendre le pouvoir" de Chomsky.
Le capitalisme n’a pas créé le système éducatif par humanisme, mais parce qu’il avait besoin d’employés qualifiés pour produire de la croissance. L’automatisation ayant détruit la culture de l’artisan et de l’ouvrier, raison du combat des luddites, une large population se trouvait réduite à se mettre au service des machines.
Mais les progrès de l’automatisation rendaient ce besoin de servants peu qualifiés de moins en moins nécessaire tout en nécessitant des personnes comprenant les machines afin de les entretenir et de les améliorer. Un système éducatif s’est donc naturellement mis en place dans les sociétés capitalistes, créant une élite intellectuelle dévouée au capitalisme.
Mais cette suréducation a créé trop de citoyens critiques qui remettent en cause les principes mêmes de la croissance infinie, notamment à cause des limites écologiques.
Face à cette suréducation, les guerres, les menaces de tout ordre et le totalitarisme politique permettent de restreindre l’éducation ou, a minima, de détourner l’attention. L’éducation informatique est la principale cible, car l’informatique est devenue la colonne vertébrale de la société capitaliste. Ne pas comprendre les enjeux informatiques rend même les citoyens les plus engagés totalement impuissants.
La promesse de l’IA, c’est justement de diminuer le besoin d’éducation tout en gardant un degré de production équivalent. Tout employé peut redevenir une main-d’œuvre peu qualifiée et interchangeable. L’IA est un Fordisme intellectuel.
Car les monopoles, la surveillance permanente, la consommation, l’érosion des droits et l’IAfication du travail ne sont que des outils pour garder les citoyens sous contrôle et dans les rails du capitalisme de production.
Et si ces citoyens s’imaginent échapper à ce contrôle grâce à leur groupe Facebook "anticapitaliste" ou un groupe Whatsapp "centrale d’achat solidaire du quartier", c’est encore mieux ! C’est plus subtil ! De toute façon, ils bossent la journée pour Microsoft et se contentent d’une image du monde générée par Google ou Meta.
Leur vie professionnelle est asservie par Microsoft, leur vie privée par Meta/Facebook et leurs centres d’intérêt sont contrôlés par Google. Maintenant que les humains sont définitivement ferrés, il est temps de réduire progressivement leur degré d’éducation et de connaissance afin d’améliorer leur servilité.
À propos de l’auteur :
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Ce texte est la préface que j’ai écrite pour le livre « La déception informatique » d’Alain Lefebvre ». Le livre n’est malheureusement disponible en version papier que sur… gasp… Amazon ! Mais les versions epub et pdf sont librement téléchargeables !
Depuis quelques années, lorsque je dois acheter un équipement électroménager ou même une voiture, j’insiste auprès du vendeur pour avoir une solution qui fonctionne sans connexion permanente et ne nécessite pas d’app sur smartphone.
La réaction est toujours la même : « Ah ? Vous avez du mal avec la technologie ? »
Oui, j’ai du mal. Et pourtant j’ai publié mon premier livre sur l’informatique en 2005. Et pourtant, j’enseigne depuis 10 ans dans le département informatique de l’École Polytechnique de Louvain.
Alain et moi sommes des professionnels de l’informatique qui avons, chacun dans notre genre, bâti une carrière dans l’informatique et la technologie. Nous pouvons même nous enorgueillir d’une certaine reconnaissance parmi les spécialistes du domaine. Nous baignons dedans depuis des décennies. Bref, Alain et moi sommes des "geeks", de celles et ceux qui perçoivent un ordinateur comme une extension d’eux-mêmes.
Alors, je me contente le plus souvent de répondre au vendeur : « Quand on sait comment est fabriqué le fast-food, on arrête d’en manger… » La discussion s’arrête là.
Mais au fond, le vendeur a raison : Alain et moi avons du mal avec la technologie moderne. Pas parce que nous ne la comprenons pas. Au contraire, parce que nous la comprenons trop bien. Nous savons ce qu’elle a été, ce qu’elle aurait pu être. Et nous pleurons sur ce qu’elle est aujourd’hui.
En toute transparence, je me suis souvent demandé si ma réaction n’était pas une simple conséquence de l’âge. Un très traditionnel syndrome du « C’était mieux avant » par lequel semble passer chaque génération. Il y a certainement un peu de ça.
Mais pas que…
Alain pourrait être mon père. Il est de 21 ans mon aîné et a construit l’essentiel de sa carrière alors que je tentais de faire fonctionner des lignes de BASIC sur mon premier 386. Alors que je concevais mes premiers sites web, Alain introduisait sa société en bourse en pleine implosion de la bulle Internet.
Nous sommes de générations différentes, nous avons un vécu informatique sans aucun rapport. Et pourtant, nous arrivons à des réflexions similaires.
Réflexions qui semblent partagées par des lecteurs de mon blog de toutes cultures et de tout âge (certains étant adolescents). Réflexions auxquelles se joignent aussi parfois certains de mes étudiants.
Nous avions cru que l’ubiquité des ordinateurs nous permettrait de faire ce que nous voulions, de programmer ceux-ci pour obéir aux moindres de nos désirs.
Mais, dans nos poches, se trouvent désormais des ordinateurs qu’il est interdit ou très compliqué de modifier. La programmation est désormais balisée et réservée à ce que trois ou quatre multinationales américaines veulent bien nous laisser faire.
Nous pensions que l’informatisation de la société nous libérerait de la paperasserie administrative qui deviendrait rationnelle et automatisable.
Au lieu de ça, nous sommes en permanence en train de lutter pour remplir des formulaires qui n’acceptent pas nos réponses, nous devons régulièrement faire la mise à jour de tous nos appareils électroniques et nous devons nous battre contre des procédures informatiques dont nous savons, de par notre expérience, qu’elles ont été explicitement construites pour nous décourager.
Nous croyions que la possibilité pour tout un chacun de s’exprimer et d’échanger sur un réseau mondial allait ouvrir une nouvelle ère de coopération et de partage de connaissances et de culture.
À la place, nous avons créé l’infrastructure parfaite où les beuglements de fascistes sont entourés des publicités les plus éhontées.
Techniquement, nous étions conscients que se servir d’un ordinateur nécessitait un apprentissage. Nous étions certains que cet apprentissage serait de moins en moins difficile.
Mais, bien que les couleurs soient devenues plus vivantes, les photos plus précises, les interfaces se sont complexifiées à outrance, forçant l’immensité des utilisateurs à rester dans les deux ou trois fonctions connues et balisées. Ce qui était à la portée d’un amateur il y a 20 ans nécessite aujourd’hui une armée de professionnels.
Au nom d’intérêts financiers, le partage de culture a très vite été criminalisé alors que les injures et les discours de haine, eux, étaient amplifiés pour servir de support aux messages publicitaires omniprésents.
Nous avions cet espoir que la démocratisation de l’informatique transformerait graduellement chaque personne en citoyen intéressé, curieux, éveillé.
Au lieu de cela, nous observons des masses faire la file pour dépenser un mois de salaire afin d’acquérir un petit écran brillant conçu explicitement pour être addictif et abrutir, n’encourageant qu’à une chose : consommer toujours plus.
« Avec l’informatique, tout le monde aura accès au savoir et à l’éducation » criions-nous !
Aujourd’hui, la plupart des écoles ont un cursus informatique qui se réduit à surtout arrêter de penser et, à la place, produire des transparents dans Microsoft PowerPoint.
Quand on a eu de tels rêves, lorsqu’on sait que ces rêves sont à la fois technologiquement possible mais, surtout, que nous les avons touchés du doigt, il y a de quoi être déçu.
Ce n’est pas que l’informatique n’ait pas exaucé nos rêves ! Non, c’est pire : elle a produit exactement le contraire. Elle semble avoir amplifié les problèmes que nous souhaitions résoudre tout en créant des nouveaux, comme l’espionnage permanent auquel nous sommes désormais soumis. Les atrocités technologiques que j’exagérais dans « Printeurs », mon roman cyberpunk dystopique, semblent aujourd’hui banales voire en deça de la réalité.
Déçus, nous le sommes, Alain et moi. Et le titre de son livre le résume admirablement : la déception informatique.
Un livre qui est peut‑être aussi une forme de mea culpa. Nous avons contribué à faire naître ce monstre de Frankeinstein qu’est l’informatique moderne. Il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme, de réveiller celles et ceux d’entre nous qui se voilent encore la face…
14 février 2026
À propos de l’auteur :
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
You don’t need to apologize for taking hours, days, or years to reply to one of my emails.
If we are not close collaborators, and if I didn’t explicitly tell you I was waiting for your answer within a specific timeframe, then please stop apologizing for replying late!
This is a trend I’m witnessing, probably caused by the addiction to instant messaging. Most of the emails I receive these days contain some sort of apology. I received an apology from someone who took five hours to reply to what was a cold and unimportant email. I received apologies in what was a reply to a reply I had sent only a couple of days earlier.
Apologizing for taking time to reply to my email is awkward and makes me uncomfortable.
It also puts a lot of pressure on me: what if I take more time than you to reply? Isn’t the whole point of asynchronous communication to be… asynchronous? Each on its own rhythm?
I was not waiting for your email in the first place.
As soon as my email was sent, I probably forgot about it. I may have thought a lot before writing it. I may have drafted it multiple times. Or not. But as soon as it was in my outbox, it was also out of my mind.
That’s the very point of asynchronous communication. That’s why I use email. I’m not making any assumptions about your availability.
Most of the emails I send are replies to emails I received. So, no, I was not waiting for a reply to my reply.
My email might also be an idea I wanted to share with you, a suggestion, a random thought, a way to connect. In all cases, I’m not sitting there, waiting impatiently for your answer.
Even if my email was about requesting some help or collaborating with you, I’ve been trying to move forward anyway. Your reply, whenever it comes, will only be a bonus. But, except if we are in close collaboration and I explicitly said so in the email, I’m not waiting for you!
I don’t want to know all the details of your life.
Yes, you took several days to reply to my email. That’s OK. I don’t need to know that it’s because your mother was dying of cancer or that you were expelled from your house. I’m not making those up! I really receive that kind of apology from people who took several days to reply to emails that look trivial in comparison.
Life happens. If you have things more important to do than replying to my email, then, for god’s sake, don’t reply to it. I get it! I’m human too. If I sometimes reply to all the emails I receive for several days, I may also archive them quickly for weeks because I don’t have the mental space.
If you want to reply but don’t have time, put the burden on me
If I’m asking you something and you really would like to take the time to reply to my email, it is OK to simply send one line like
Hey Ploum, I don’t have the time and mental space right now. Could you contact me again in 6 months to discuss this idea?
Then archive or delete my email. That’s fine. If I really want your input, I will manage to remind you in 6 months. You don’t need to justify. You don’t need to explain. Being short saves time for both of us.
You don’t need to reply at all!
Except if explicitly stated, don’t feel any pressure to reply to one of my emails. Feel free to read and discard the email. Feel free to think about it. Feel free to reply to it, even years later, if it makes sense for you. But, most importantly, feel free not to care!
We all receive too many messages in a day. We all have to make choices. We cannot follow all the paths that look interesting because we are all constrained by having, at most, a couple billion seconds left to live.
Consider whether replying adds any value to the discussion. Is a trivial answer really needed? Is there really something to add? Can’t we both save time by you not replying?
If my email is already a reply to yours, is there something you really want to add? At some point, it is better to stop the conversation. And, as I said, it is not rude: I’m not waiting for your reply!
Don’t tell me you will reply later!
Some people specialize in answering email by explaining why they have no time and that they will reply later.
If I’m not explicitly waiting for you, then that’s the very definition of a useless email. That also adds a lot of cognitive load on you: you promised to answer! The fact that you wrote it makes your brain believe that replying to my email is a daunting task. How will you settle for a quick reply after that? What am I supposed to do with such a non-reply email?
In case an acknowledgement is needed, a simple reply with "thanks" or "received" is enough to inform me that you’ve got the message. Or "ack" if you are a geek.
If you do reply, remind me of the context
If you choose to reply, consider that I have switched to completely different tasks and may have forgotten the context of my own message. When online, my attention span is measured in seconds, so it doesn’t matter if you take 30 minutes or 30 days to answer my email: I guarantee you that I forgot about it.
Consequently, please keep the original text of the whole discussion!
Use bottom-posting style to reply to each question or remark in the body of the original mail itself. Don’t hesitate to cut out parts of the original email that are not needed anymore. Feel free to ignore large parts of the email. It is fine to give a one-line answer to a very long question.
I’m trying to make my emails structured. If there are questions I want you to answer, each question will be on its own line and will end with a question mark. If you do not see such lines, then there’s probably no question to answer.
If you do top posting, please remind me briefly of the context we are in.
Dear Ploum,
I contacted you 6 months ago about my "fooing the bar" project after we met at FOSDEM. You replied to my email with a suggestion of "baring the foo." You also asked a lot of questions. I will answer those below in your own email:
If there’s one thing to remember, it’s that I don’t expect you to reply. I’m not waiting for it. I have a life, a family, and plenty of projects. The chance I’m thinking about the email I sent you is close to zero. No, it is literally zero.
So don’t feel pressured to reply. Should you really reply in the first place? In case of doubt, drop the email. Life will continue.
If you do reply, I will be honored, whatever time it took for you to send it.
In any case, whatever you choose, do not apologize for replying late!
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
For the last four years, I’ve been developing Offpunk, a command-line Web, Gemini, and Gopher browser that allows you to work offline. And I’ve just released version 3.0. It is probably not for everyone, but I use it every single day. I like it, and it seems I’m not alone!
Something wonderful happened on the road leading to 3.0: Offpunk became a true cooperative effort. Offpunk 3.0 is probably the first release that contains code I didn’t review line-by-line. Umerdify (by Vincent Jousse), all the translation infrastructure (by the always-present JMCS), and the community packaging effort are areas for which I barely touched the code.
So, before anything else, I want to thank all the people involved for sharing their energy and motivation. I’m very grateful for every contribution the project received. I’m also really happy to see "old names" replying from time to time on the mailing list. It makes me feel like there’s an emerging Offpunk community where everybody can contribute at their own pace.
There were a lot of changes between 2.8 and 3.0, which probably means some new bugs and some regressions. We count on you, yes, you!, to report them and make 3.1 a lot more stable. It’s as easy at typing "bugreport" in offpunk!
Offpunk is now translatable and has been translated into Spanish, Galician, and Dutch. Step-in to translate Offpunk into your language! (awesome work by JMCS with the help of Bert Livens)
"opnk" standalone tool has been renamed to "openk" to make it more obvious. Openk is a command-line tool that tries to open any file in the terminal and, if not possible, opens it in your preferred software, falling back to xdg-open as a last resort.
People using opnk directly should change it everywhere. Users not using "opnk" in their terminal are not affected.
2. See XKCD comics in your terminal
"xkcdpunk" is a new standalone tool that allows displaying XKCD comics directly in your terminal.
XKCDpunk in action
3. Get only the good part and remove cruft for thousands of websites
Offpunk now integrates "unmerdify," a library written by Vincent Jousse that extracts the content of HTML articles using the "ftr-site-config" set of rules maintained by the FiveFilters community.
If no ftr rule is found, Offpunk falls back to "readability," as has been the case since 0.1. "info" will tell you if unmerdify or readability was used to display the content of a page.
To use umerdify, users should manually clone the ftr-site-config repository:
git clone https://github.com/fivefilters/ftr-site-config.git
Then, in their offpunkrc:
set ftr_site_config /path/to/ftr-site-config
Automating this step is an objective for 3.1
4. Offpunk goes social with "share" and "reply"
New social functions: "share" to send the URL of a page by email and "reply" to reply to the author if an email is found. "Reply" will remember the email used for each site/capsule/hole.
5. Browse websites while logged in
Offpunk doesn’t support login into websites. But the new "cookies" command allows you to import a cookie txt file to be used with a given http domain.
From your traditional browser (Firefox, Librewolf, Chromium, … ), log into the website. Then export the cookie with the "cookie-txt" extension. Once you have this "mycookie.txt" text file, launch Offpunk and run:
cookies import mycookie.txt https://domain-of-the-cookie.net/
This allows you, for example, to read LWN.NET if you have a subscription. (contributed by Urja)
6. Bigger, better images, even in Gemini
Images are now displayed by default in gemini and their display size has been increased.
Gemini capsule of Thierry Crouzet displayed in Offpunk
This can be reverted with the following lines in offpunkrc:
set images_size 40
set gemini_images false
Remember that images are displayed as "blocks" when reading a page but if you access the image URL directly (by following the yellow link beneath), the image will be displayed perfectly if you are using a sixels-compatible terminal.
7. Display hidden RSS/Atom links
If available, links to hidden RSS/Atom feeds are now displayed at the bottom of HTML pages.
This makes the "feed" command a lot less useful and allows you to quickly discover interesting new feeds.
8. Display blocked links
Links to blocked domains are now displayed in red by default.
A blocked link to X on standblog.org
This can be reverted with the following lines in offpunkrc:
theme blocked_link none
9. Preset themes
Support for multiple themes with "theme preset." Existing themes are "offpunk1" (default), "cyan," "yellow" and "bw." Don’t hesitate to contribute yours!
10. Better redirects and true blocks
"redirects" now operate on the netcache level. This means that no requests to blocked URLs should ever be made (which was still happening before)
And many changes, improvements and bugfixes
- "root" is now smarter and goes to the root of a website, not the domain.
Old behaviour can still be achieved with "root /"
- "ls" command is deprecated and has been replaced by "links"
- new "websearch" command configured to use wiby.me by default
- "set default_cmd" allows you to configure what Offpunk will do when pressing enter on an empty command line. By default, it is "links 10."
- "view switch" allows you to switch between normal and full view (contributed by Andrew Fowlie)
- "help help" will allow you to send an email to the offpunk-users mailing list
- "bugreport" will send a bug report to the offpunk-devel mailing list
- And, of course, multiple bugfixes…
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
Using git-send-email while being offline and with multiple email accounts
WARNING: the following is a technical reminder for my future self. If you don’t use the "git" software, you can safely ignore this post.
The more I work with git-send-email, the less I find the GitHub interface sufferable.
Want to send a small patch to a GitHub project? You need to clone the repository, push your changes to your own branch, then ask for a pull request using the cumbersome web interface, replying to comments online while trying to avoid smileys.
With git send-email, I simply work offline, do my local commit, then:
git send-email HEAD^
And I’m done. I reply to comments by email, with Vim/Mutt. When the patch is accepted, getting a clean tree usually boils down to:
The secret is not to configure email accounts in git but to use "msmtp" to send email. Msmtp is a really cool sendmail replacement.
In .msmtprc, you can configure multiple accounts with multiple options, including calling a command to get your password.
# account 1 - pro
account work
host smtp.company.com
port 465
user login@company.com
from ploum@company.com
password SuPeRstr0ngP4ssw0rd
tls_starttls off
# personal account for FLOSS
account floss
host mail.provider.net
port 465
user ploum@mydomain.net
from ploum@mydomain.net
from ploum*@mydomain.net
passwordeval "cat ~/incredibly_encrypted_password.txt | rot13"
tls_starttls off
The important bit here is that you can set multiple "from" addresses for a given account, including a regexp to catch multiple aliases!
Now, we will ask git to automatically use the right msmtp account. In your global .gitconfig, set the following:
[sendemail]
sendmailCmd = /usr/bin/msmtp --set-from-header=on
envelopeSender = auto
The "envelopesender" option will ensure that the sendemail.from will be used and given to msmtp as a "from address." This might be redundant with "--set-from-header=on" in msmtp but, in my tests, having both was required. And, cherry on the cake, it automatically works for all accounts configured in msmtprc.
Older git versions (< 2.33) don’t have sendmailCmd and should do:
[sendemail]
smtpserver = /usr/bin/msmtp
smtpserveroption = --set-from-header=on
envelopesender = auto
I usually stick to a "ploum-PROJECT@mydomain.net" for each project I contribute to. This allows me to easily cut spam when needed. So far, the worst has been with a bug reported on the FreeBSD Bugzilla. The address used there (and nowhere else) has since been spammed to death.
In each git project, you need to do the following:
1. Set the email address used in your commit that will appear in "git log" (if different from the global one)
Yep, I always forget to change it when working on a new project or from a fresh git clone. Not a problem. Just use "git config" like above, then:
git commit --amend --reset-author
And that’s it.
Working offline
I told you I mostly work offline. And, as you might expect, msmtp requires a working Internet connection to send an email.
But msmtp comes with three wonderful little scripts: msmtp-enqueue.sh, msmtp-listqueue.sh and msmtp-runqueue.sh.
The first one saves your email to be sent in ~/.msmtpqueue, with the sending options in a separate file. The second one lists the unsent emails, and the third one actually sends all the emails in the queue.
All you need to do is change the msmtp line in your global .gitconfig to call the msmtpqueue.sh script:
[sendemail]
sendmailcmd = /usr/libexec/msmtp/msmtpqueue/msmtp-enqueue.sh --set-from-header=on
envelopeSender = auto
In Debian, the scripts are available with the msmtp package. But the three are simple bash scripts that can be run from any path if your msmtp package doesn’t provide them.
You can test sending a mail, then check the ~/.msmtpqueue folder for the email itself (.email file) and the related msmtp command line (.msmtp file). It happens nearly every day that I visit this folder to quickly add missing information to an email or simply remove it completely from the queue.
Of course, once connected, you need to remember to run:
/usr/libexec/msmtp/msmtpqueue/msmtp-runqueue.sh
If not connected, mails will not be sent and will be kept in the queue. This line is obviously part of my do_the_internet.sh script, along with "offpunk --sync".
If it works for git, it works for any mail client. I use neomutt with the following configuration to use msmtp-enqueue and reply to email using the address it was sent to.
set sendmail="/usr/libexec/msmtp/msmtpqueue/msmtp-enqueue.sh --set-from-header=on"
unset envelope_from_address
set use_envelope_from
set reverse_name
set from="ploum@mydomain.net"
alternates ploum[A-Za-z0-9]*@mydomain.net
Of course, the whole config is a little more complex to handle multiple accounts that are all stored locally in Maildir format through offlineimap and indexed with notmuch. But this is a bit out of the scope of this post.
At least, you get the idea, and you could probably adapt it to your own mail client.
Conclusion
Sure, it’s a whole blog post just to get the config right. But there’s nothing really out of this world. And once the setup is done, it is done for good. No need to adapt to every change in a clumsy web interface, no need to use your mouse. Simple command lines and simple git flow!
Sometimes, I work late at night. When finished, I close the lid of my laptop and call it a day without reconnecting my laptop. This allows me not to see anything new before going to bed. When this happens, queued mails are sent the next morning, when I run the first do_the_internet.sh of the day.
And it always brings a smile to my face to see those bits being sent while I’ve completely forgotten about them…
About the author
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
With some adjustments, this post is mostly a translation of a post I published in French three years ago. In light of the European Commission’s "call for evidence on Open Source," and as a professor of "Open Source Strategies" at École Polytechnique de Louvain, I thought it was a good idea to translate it into English as a public answer to that call.
Google (sorry, Alphabet), Facebook (sorry, Meta), Twitter (sorry, X), Netflix, Amazon, Microsoft. All those giants are part of our daily personal and professional lives. We may even not interact with anything else but them. All are 100% American companies.
China is not totally forgotten, with Alibaba, TikTok, and some services less popular in Europe yet used by billions worldwide.
What about European tech champions? Nearly nothing, to the great sadness of politicians who believe that the success of a society is measured by the number of billionaires it creates.
Despite having few tech-billionaires, Europe is far from ridiculous. In fact, it’s the opposite: Europe is the central place that allowed most of our tech to flourish.
The Internet, the interconnection of most of the computers in the world, has existed since the late sixties. But no protocol existed to actually exploit that network, to explore and search for information. At the time, you needed to know exactly what you wanted and where to find it. That’s why the USA tried to develop a protocol called "Gopher."
At the same time, the "World Wide Web," composed of the HTTP protocol and the HTML format, was invented by a British citizen and a Belgian citizen who were working in a European research facility located in Switzerland. But the building was on the border with France, and there’s much historical evidence pointing to the Web and its first server having been invented in France.
It’s hard to be more European than the Web! It looks like the Official European Joke! (And, yes, I consider Brits Europeans. They will join us back, we miss them, I promise.)
Gopher is still used by a few hobbyists (like yours trully), but it never truly became popular, except for a very short time in some parts of America. One of the reasons might have been that Gopher’s creators wanted to keep their rights to it and license any related software, unlike the European Web, which conquered the world because it was offered as a common good instead of seeking short-term profits.
While Robert Cailliau and Tim Berners-Lee were busy inventing the World Wide Web in their CERN office, a Swedish-speaking Finnish student started to code an operating system and make it available to everyone under the name "Linux." Today, Linux is probably the most popular operating system in the world. It runs on any Android smartphone, is used in most data centers, in most of your appliances, in satellites, in watches and is the operating system of choice for many of the programmers who write the code you use to run your business. Its creator, the European Linus Torvalds, is not a billionaire. And he’s very happy about it: he never wanted to become one. He continued coding and wrote the "git" software, which is probably used by 100% of the software developers around the world. Like Linux, Git is part of the common good: you can use it freely, you can modify it, you can redistribute it, you can sell it. The only thing you cannot do? Privatize it. This is called "copyleft."
In 2017, a decentralized and ethical alternative to Twitter appeared: Mastodon. Its creator? A German student, born in Russia, who had the goal of allowing social network users to leave monopolies to have humane conversations without being spied on and bombarded with advertising or pushed-by-algorithm fake news. Like Linux, like git, Mastodon is copyleft and now part of the common goods.
Allowing human-scale discussion with privacy and without advertising was also the main motivation behind the Gemini protocol (whose name has since been hijacked by Google AI). Gemini is a stripped-down version of the Web which, by design, is considered definitive. Everybody can write Gemini-related software without having to update it in the future. The goal is not to attract billions of users but to be there for those who need it, even in the distant future. The creator of the Gemini protocol wishes to remain anonymous, but we know that the project started while he was living in Finland.
I could continue with the famous VLC media player, probably the most popular media player in the world. Its creator, the Frenchman Jean-Baptiste Kempf, refused many offers that would have made him a very rich man. But he wanted to keep VLC a copyleft tool part of the common goods.
Don’t forget LibreOffice, the copyleft office suite maintained by hundreds of contributors around the world under the umbrella of the Document Foundation, a German institution.
We often hear that Europeans don’t have, like Americans, the "success culture." Those examples, and there are many more, prove the opposite. Europeans like success. But they often don’t consider "winning against the whole society" as one. Instead, they tend to consider success a collective endeavour. Success is when your work is recognized long after you are gone, when it benefits every citizen. Europeans dream big: they hope that their work will benefit humankind as a whole!
We don’t want a European Google Maps! We want our institutions at all levels to contribute to OpenStreetMap (which was created by a British citizen, by the way).
Google, Microsoft, Facebook may disappear tomorrow. It is even very probable that they will not exist in fourty or fifty years. It would even be a good thing. But could you imagine the world without the Web? Without HTML? Without Linux?
Those European endeavours are now a fundamental infrastructure of all humanity. Those technologies are definitely part of our long-term history.
In the media, success is often reduced to the size of a company or the bank account of its founder. Can we just stop equating success with short-term economic growth? What if we used usefulness and longevity? What if we gave more value to the fundamental technological infrastructure instead of the shiny new marketing gimmick used to empty naive wallets? Well, I guess that if we changed how we measure success, Europe would be incredibly successful.
And, as Europeans, we could even be proud of it. Proud of our inventions. Proud of how we contribute to the common good instead of considering ourselves American vassals.
Some are proud because they made a lot of money while cutting down a forest. Others are proud because they are planting trees that will produce the oxygen breathed by their grandchildren. What if success was not privatizing resources but instead contributing to the commons, to make it each day better, richer, stronger?
The choice is ours. We simply need to choose whom we admire. Whom we want to recognize as successful. Whom we aspire to be when we grow up. We need to sing the praises of our true heroes: those who contribute to our commons.
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
What I like most about teaching "Open Source Strategies" at École Polytechnique de Louvain is how much I learn from my students, especially during the exam.
I dislike exams. I still have nightmares about exams. That’s why I try to subvert this stressful moment and make it a learning opportunity. I know that adrenaline increases memorization dramatically. I make sure to explain to each student what I was expecting and to be helpful.
Here are the rules:
1. You can have all the resources you want (including a laptop connected to the Internet)
2. There’s no formal time limit (but if you stay too long, it’s a symptom of a deeper problem)
3. I allow students to discuss among themselves if it is on topic. (in reality, they never do it spontanously until I force two students with a similar problem to discuss together)
4. You can prepare and bring your own exam question if you want (something done by fewer than 10% of the students)
5. Come dressed for the exam you dream of taking!
This last rule is awesome. Over the years, I have had a lot of fun with traditional folkloric clothing from different countries, students in pajamas, a banana and this year’s champion, my Studentausorus Rex!
An inflatable Tyranosaurus Rex taking my exam in 2026
My all-time favourite is still a fully clothed Minnie Mouse, who did an awesome exam with full face make-up, big ears, big shoes, and huge gloves. I still regret not taking a picture, but she was the very first student to take my words for what was a joke and started a tradition over the years.
Giving Chatbots Choice to the Students
Rule N°1 implies having all the resources you want. But what about chatbots? I didn’t want to test how ChatGPT was answering my questions, I wanted to help my students better understand what Open Source means.
Before the exam, I copy/pasted my questions into some LLMs and, yes, the results were interesting enough. So I came up with the following solution: I would let the students choose whether they wanted to use an LLM or not. This was an experiment.
The questionnaire contained the following:
# Use of Chatbots
Tell the professor if you usually use chatbots (ChatGPT/LLM/whatever) when doing research and investigating a subject. You have the choice to use them or not during the exam, but you must decide in advance and inform the professor.
Option A: I will not use any chatbot, only traditional web searches. Any use of them will be considered cheating.
Option B: I may use a chatbot as it’s part of my toolbox. I will then respect the following rules: 1) I will inform the professor each time information come from a chatbot 2) When explaining my answers, I will share the prompts I’ve used so the professor understands how I use the tool 3) I will identify mistakes in answers from the chatbot and explain why those are mistakes
Not following those rules will be considered cheating. Mistakes made by chatbots will be considered more important than honest human mistakes, resulting in the loss of more points. If you use chatbots, you should be held accountable for the output.
I thought this was fair. You can use chatbots, but you will be held accountable for it.
Most Students Don’t Want to Use Chatbots
This January, I saw 60 students. I interacted with each of them for a mean time of 26 minutes. This is a tiring but really rewarding process.
Of 60 students, 57 decided not to use any chatbots. For 30 of them, I managed to ask them to explain their choices. For the others, I unfortunately did not have the time. After the exam, I grouped those justifications into four different clusters. I did it without looking at their grades.
The first group is the "personal preference" group. They prefer not to use chatbots. They use them only as a last resort, in very special cases or for very specific subjects. Some even made it a matter of personal pride. Two students told me explicitly "For this course, I want to be proud of myself." Another also explained: "If I need to verify what an LLM said, it will take more time!"
The second group was the "never use" one. They don’t use LLMs at all. Some are even very angry at them, not for philosophical reasons, but mainly because they hate the interactions. One student told me: "Can I summarize this for you? No, shut up! I can read it by myself you stupid bot."
The third group was the "pragmatic" group. They reasoned that this was the kind of exam where it would not be needed.
The last and fourth group was the "heavy user" group. They told me they heavily use chatbots but, in this case, were afraid of the constraints. They were afraid of having to justify a chatbot’s output or of missing a mistake.
After doing that clustering, I wrote the grade of each student in its own cluster and I was shocked by how coherent it was. Note: grades are between 0 and 20, with 10 being the minimum grade to pass the class.
The "personal preference" students were all between 15 and 19, which makes them very good students, without exception! The "proud" students were all above 17!
The "never use" was composed of middle-ground students around 13 with one outlier below 10.
The pragmatics were in the same vein but a bit better: they were all between 12 and 16 without exceptions.
The heavy users were, by far, the worst. All students were between 8 and 11, with only one exception at 16.
This is, of course, not an unbiased scientific experiment. I didn’t expect anything. I will not make any conclusion. I only share the observation.
But Some Do
Of 60 students, only 3 decided to use chatbots. This is not very representative, but I still learned a lot because part of the constraints was to show me how they used chatbots. I hoped to learn more about their process.
The first chatbot student forgot to use it. He did the whole exam and then, at the end, told me he hadn’t thought about using chatbots. I guess this put him in the "pragmatic" group.
The second chatbot student asked only a couple of short questions to make sure he clearly understood some concepts. This was a smart and minimal use of LLMs. The resulting exam was good. I’m sure he could have done it without a chatbot. The questions he asked were mostly a matter of improving his confidence in his own reasoning.
This reminded me of a previous-year student who told me he used chatbots to study. When I asked how, he told me he would tell the chatbot to act as the professor and ask exam questions. As a student, this allowed him to know whether he understood enough. I found the idea smart but not groundbreaking (my generation simply used previous years’ questions).
The third chatbot-using student had a very complex setup where he would use one LLM, then ask another unrelated LLM for confirmation. He had walls of text that were barely readable. When glancing at his screen, I immediately spotted a mistake (a chatbot explaining that "Sepia Search is a compass for the whole Fediverse"). I asked if he understood the problem with that specific sentence. He did not. Then I asked him questions for which I had seen the solution printed in his LLM output. He could not answer even though he had the answer on his screen.
But once we began a chatbot-less discussion, I discovered that his understanding of the whole matter was okay-ish. So, in this case, chatbots disserved him heavily. He was totally lost in his own setup. He had LLMs generate walls of text he could not read. Instead of trying to think for himself, he tried to have chatbots pass the exam for him, which was doomed to fail because I was asking him, not the chatbots. He passed but would probably have fared better without chatbots.
Can chatbots help? Yes, if you know how to use them. But if you do, chances are you don’t need chatbots.
A Generational Fear of Cheating
One clear conclusion is that the vast majority of students do not trust chatbots. If they are explicitly made accountable for what a chatbot says, they immediately choose not to use it at all.
One obvious bias is that students want to please the teacher, and I guess they know where I am on this spectrum. One even told me: "I think you do not like chatbots very much so I will pass the exam without them" (very pragmatic of him).
But I also minimized one important generational bias: the fear of cheating. When I was a student, being caught cheating was a clear zero for the exam. You could, in theory, be expelled from university for aggravated cheating, whatever "aggravated" could mean.
During the exam, a good number of students called me panicked because Google was forcing autogenerated answers and they could not disable it. They were very worried I would consider this cheating.
First, I realized that, like GitHub, Google has a 100% market share, to the point students don’t even consider using something else a possibility. I should work on that next year.
Second, I learned that cheating, however lightly, is now considered a major crime. It might result in the student being banned from any university in the country for three years. Discussing exam with someone who has yet to pass it might be considered cheating. Students have very strict rules on their Discord.
I was completely flabbergasted because, to me, discussing "What questions did you have?" was always part of the collaboration between students. I remember one specific exam where we gathered in an empty room and we helped each other before passing it. When one would finish her exam, she would come back to the room and tell all the remaining students what questions she had and how she solved them. We never considered that "cheating" and, as a professor, I always design my exams hoping that the good one (who usually choose to pass the exam early) will help the remaining crowd. Every learning opportunity is good to take!
I realized that my students are so afraid of cheating that they mostly don’t collaborate before their exams! At least not as much as what we were doing.
In retrospect, my instructions were probably too harsh and discouraged some students from using chatbots.
Stream of Consciousness
My 2025 banana student!
Another innovation I introduced in the 2026 exam was the stream of consciousness. I asked them to open an empty text file and keep a stream of consciousness during the exam. The rules were the following:
In this file, please write all your questions and all your answers as a "stream of consciousness." This means the following rules:
1. Don’t delete anything. 2. Don’t correct anything. 3. Never go backward to retouch anything. 4. Write as thoughts come. 5. No copy/pasting allowed (only exception: URLs) 6. Rule 5. implies no chatbot for this exercice. This is your own stream of consciousness.
Don’t worry, you won’t be judged on that file. This is a tool to help you during the exam. You can swear, you can write wrong things. Just keep writing without deleting. If you are lost, write why you are lost. Be honest with yourself.
This file will only be used to try to get you more points, but only if it is clear that the rules have been followed.
I asked them to send me the file within 24h after the exam. Out of 60 students, I received 55 files (the remaining 5 were not penalized). There was also a bonus point if you sent it to the exam git repository using git-send-email, something 24 managed to do correctly.
The results were incredible. I did not read them all but this tool allowed me to have a glimpse inside the minds of the students. One said: "I should have used AI, this is the kind of question perfect for AI" (he did very well without it). For others, I realized how much stress they had but were hiding. I was touched by one stream of consciousness starting with "I’m stressed, this doesn’t make any sense. Why can’t we correct what we write in this file" then, 15 lines later "this is funny how writing the questions with my own words made the problem much clearer and how the stress start to fade away".
And yes, I read all the failed students and managed to save a bunch of them when it was clear that they, in fact, understood the matter but could not articulate it well in front of me because of the stress. Unfortunately, not everybody could be saved.
Conclusion
My main takeaway is that I will keep this method next year. I believe that students are confronted with their own use of chatbots. I also learn how they use them. I’m delighted to read their thought processes through the stream of consciousness.
Like every generation of students, there are good students, bad students and very brilliant students. It will always be the case, people evolve (I was, myself, not a very good student). Chatbots don’t change anything regarding that. Like every new technology, smart young people are very critical and, by defintion, smart about how they use it.
The problem is not the young generation. The problem is the older generation destroying critical infrastructure out of fear of missing out on the new shiny thing from big corp’s marketing department.
Most of my students don’t like email. An awful lot of them learned only with me that Git is not the GitHub command-line tool. It turns out that by imposing Outlook with mandatory subscription to useless academic emails, we make sure that students hate email (Microsoft is on a mission to destroy email with the worst possible user experience).
I will never forgive the people who decided to migrate university mail servers to Outlook. This was both incompetence and malice on a terrifying level because there were enough warnings and opposition from very competent people at the time. Yet they decided to destroy one of the university’s core infrastructures and historical foundations (UCLouvain is listed by Peter Salus as the very first European university to have a mail server, there were famous pioneers in the department).
By using Outlook, they continue to destroy the email experience. Out of 55 streams of consciousness, 15 ended in my spam folder. All had their links destroyed by Outlook. And university keep sending so many useless emails to everyone. One of my students told me that they refer to their university email as "La boîte à spams du recteur" (Chancellor’s spam inbox). And I dare to ask why they use Discord?
Another student asked me why it took four years of computer engineering studies to get a teacher explaining to them that Git was not GitHub and that GitHub was part of Microsoft. He had a distressed look: "How could I have known? We were imposed GitHub for so many exercises!"
It took me 20 years after university to learn what I know today about computers. And I’ve only one reason to be there in front of you: be sure you are faster than me. Be sure that you do it better and deeper than I did. If you don’t manage to outsmart me, I will have failed.
Because that’s what progress is about. Progress is each generation going further than the previous one while learning from the mistakes of your elders. I’m there to tell you about my own mistakes and the mistakes of my generation.
I know that most of you are only there to get a diploma while doing the minimal required effort. Fair enough, that’s part of the game. Challenge accepted. I will try to make you think even if you don’t intend to do it.
In earnest, I have a lot of fun teaching, even during the exam. For my students, the mileage may vary. But for the second time in my life, a student gave me the best possible compliment:
— You know, you are the only course for which I wake up at 8AM.
To which I responded:
– The feeling is mutual. I hate waking up early, except to teach in front of you.
About the author
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
La ligne de commande communiste, le code Baudot et le comte ChatGPT
Il y a quelques mois, un lecteur m’a fait découvrir un incroyable jeu historico-politique entièrement réalisé en AsciiArt: « Le comte et la communiste », de Tristan Pun.
La simplicité des graphismes m’a fait plonger dans l’histoire comme dans un excellent livre. Jouant une espionne/servante, vous êtes amené à découvrir l’envers du décor d’un château aristocrate pendant la Première Guerre mondiale. De manière très intéressante pour le sous-texte sociopolitique, le temps passé dans le château est proportionnel au nombre de lessives. Car, bien qu’espionne, vous êtes avant tout une servante et il va falloir se remonter les manches et faire la lessive !
Si je vous en parle avec tant d’enthousiasme, c’est qu’à un moment du jeu vous trouvez une bande de papier contenant un message au format Baudot. Le code Baudot est l’ancêtre de l’ASCII et le premier encodage de caractère utilisé sur les télégraphes automatiques : le message est directement reçu sur des bandes de papier, à la différence du Morse qui nécessite un opérateur humain à la réception.
Une bande de papier avec un message en code Baudot (source: Ricardo Ferreira de Oliveira)
Dans le jeu, le message est trouvé sur une bande de papier servant de signet qui ressemble à ceci.
Une bande de papier en ASCII contenant de "o" pour les trous.
Sur une plaque, vous trouverez toutes les informations pour déchiffrer le code Baudot.
Capture d’écran du jeu expliquant le code Baudot.
Il ne reste plus qu’à déchiffrer le message… Mais, très vite, j’ai trouvé ça laborieux. Et si je demandais à ma fidèle ligne de commande de le faire à ma place ? Après tout, la lecture de l’excellentissime « Efficient Linux at the Command Line », de Daniel J. Barret, m’a mis en confiance.
Décoder le message Baudot en ligne de commande
Attention, je vous préviens, ça va être très technique. Vous n’êtes pas obligé de vous infliger ça.
Vous êtes toujours là ? C’est parti !
Une fois le code en Asciiart copié/collé dans un fichier, on va l’afficher avec "cat". Même si ce n’est pas strictement nécessaire, je commence toujours toutes mes chaînes de pipe avec cat. Cela me semble plus clair.
Ici, la difficulté est que je veux accéder aux colonnes : je veux reconstruire un mot en prenant les premières lettres de chaque ligne, puis les secondes de chaque ligne, etc.
La commande Unix qui se rapproche le plus de cela est "cut". Cut permet de prendre le Xème caractère d’une ligne avec l’option -cX. Pour la quinzième, je fais donc "cut -c15". Tout de suite, je réalise que je vais avoir besoin d’une boucle. Considérant que les lignes font moins de 100 caractères, je peux faire un
for i in {1..100}; do" avec un "cut -c$i
Et voilà, je sais désormais isoler chaque colonne.
Dans l’asciiart, le binaire du code Baudot est représenté par des "o" et des espaces. Par soucis de clarté, je vais remplacer les espaces par des "l" (ça ressemble à un "1" binaire). La commande Unix pour faire des substitutions de caractères est "tr" (translate): tr " " l (l’espace est entre guillemets).
Toujours par souci de clarté, je vais effacer tout ce qui n’est pas un o ou un l. Tr permet d’effacer des caractères avec l’option -d et de prendre "tous les caractères sauf ceux de la liste" avec l’option -c (complémentaire). Je rajoute donc un tr -cd "ol".
La chaîne dans ma boucle ressemble donc à:
cat $1|cut -c"$i"|tr " " l|tr -cd "ol"
Problème : mes groupes de 5 lettres sont toujours verticaux !
J’ai tenté l’approche de supprimer les retours à la ligne avec tr -d "\n", mais cela produit des résultats bizarres, surtout que le dernier retour à la ligne est lui aussi supprimé.
Du coup, la commande qui me semble tout indiquée pour faire cela est le contraire de "cut" : "paste". Mais, essayez de lancer la chaîne dans "paste" : rien ne se passe !
Et pour cause : paste est initialement conçu pour joindre chaque ligne de plusieurs fichiers. Ici, il n’y a qu’un seul fichier : le flux d’entrée. Paste ne peux donc rien lui joindre.
Heureusement, l’option "-s" permet de dire à paste de tout mettre sur une seule ligne. Je suis complètement passé à côté pour une raison très simple : la page man de paste est incompréhensible.
-s, --serial copier un fichier à la fois au lieu de le faire en parallèle
Je défie quiconque de voir le rapport entre la page de man et la fonction réelle. J’ai heureusement eu l’intuition de tester avec "tldr" au lieu de man.
Join all the lines into a single line, using TAB as delimiter: paste -s path/to/file
Avouez que c’est déjà beaucoup plus clair !
Un p’tit test me révèle que c’est presque bon. Tout est sur une ligne. Sauf qu’il y’a désormais des TAB entre chaque lettre. On pourrait les enlever avec tr. Ou simplement dire à paste de ne pas les mettre en utilisant à la place un séparateur nul:
Ma boucle for m’affiche désormais chaque lettre sur une ligne. Il ne me reste qu’à traduire le code Baudot.
Je peux, par exemple, rajouter un pipe vers "sed s/llloo/a/" pour remplacer les lettres a. Et un pipe vers un nouveau sed pour la lettre b et ainsi de suite. Ça fonctionne, mais c’est moche et très lent (chaque sed lançant son propre process).
Lorsqu’on a beaucoup de règles sed, autant les mettre dans un fichier baudot.sed qui contient les commandes sed, une par ligne :
s/llloo/a/
s/oollo/b/
s/loool/c/
...
Je peux appeler ces règles avec "sed -f baudot.sed".
Le code Baudot a une subtilité : y’a un code qui permet de passer en mode "caractère spécial". Je ne prends pas la tête, je me contente de remplacer ce code par "<" et le code pour revenir en mode normal par ">" (ces deux caractères n’existant pas dans le code Baudot). De cette manière, je sais que toute lettre entre < > n’est pas vraiment la lettre, mais le symbole correspondant. Un <m> est en réalité un ".". Également, il y a de nombreux espaces avant et après les messages, qui ont été convertis en autant de "l". Là, j’ai fait un bon gros hack. Au lieu de mettre un "l" normal dans le code Baudot, j’ai mis un L majuscule. Ensuite, à la toute fin, je supprime les "l" restant avec une règle globale : "s/l//g" (le "g" indique de changer tous les l sur une ligne, même s’il y’en a plusieurs). Puis, je remets en minuscule le "L" avec "s/L/l". Oui, c’est un bon gros hack. Ça fait l’affaire.
Mon message est décodé. Mais, bien entendu, il s’affiche verticalement.
Ça ne vous rappelle rien ?
Un bon vieux paste -sd "\0" remet tout à l’endroit (et cette fois-ci, je n’ai pas eu à chercher).
Dans le jeu, le seul symbole utilisé sera le point, qui est ici devenu un "<m>" ou "<m" s’il est à la fin du message. Soyons propres jusqu’au bout et rajoutons deux petits sed. On pourrait également faire un autre fichier sed avec tous les caractères, mais le jeu ne comporte finalement que deux messages.
Dommage, là j’étais chaud pour plus.
Mon script final est donc :
#!/bin/bash
for i in {1..100}; do
cat $1|cut -c"$i"|tr " " l|tr -cd "ol"|paste -sd "\0"
done|sed -f baudot.sed|paste -sd "\0"|sed "s/<m>/./"|sed "s/<m/./"
Avec le recul, ce script est beaucoup plus simple et efficace qu’un script Python. Le script Python prendrait des dizaines de lignes et agirait sur une matrice de caractères. Les outils Unix, eux, agissent sur des flux de texte. J’y trouve une certaine élégance, un plaisir particulier. Le tout m’a pris environ 30 minutes, dont une bonne partie sur l’erreur de "tr -d \n".
Demander à ChatGPT de décoder le message Baudot
Comme mon compte Kagi me donne désormais accès à ChatGPT, je me suis dit que j’allais faire l’expérience de lui demander de résoudre le même problème que moi. Histoire de comprendre ce qu’est le « Vibe coding ».
Au départ, ChatGPT est perdu. Il ne sait clairement pas traduire les messages, m’assène de longues tables de soi-disant code Baudot (qui sont parfois correctes, mais pas toujours) et me raconte l’histoire de ce code (qui est généralement correcte, mais que je n’ai pas demandée). C’est verbeux, je dois lui dire plusieurs fois de faire cours et d’être efficace.
Je lui demande de me faire un script bash. Ses premières tentatives sont extrêmement longues et incompréhensibles. Il semble beaucoup aimer les scripts awk à rallonge.
Persévérant, je demande à ChatGPT de ne plus utiliser awk et je lui explicite chaque étape l’une après l’autre: je lui dit qu’il faut parcourir chaque colonne, la redresser, la convertir, etc.
Logiquement, il arrive à un résultat très similaire au mien. Il choisit d’utiliser "tr -d \n" pour supprimer les fins de ligne, mais, comme je l’ai dit, ça ne fonctionne pas correctement. Je lui passe, car je n’ai moi‑même pas compris l’erreur.
Je constate cependant une amélioration intéressante : là où j’ai demandé les 100 premières colonnes, chatGPT mesure la longueur avec :
for i in $(seq $(head -1 $1|wc -c)); do
Concrètement, il prend la première ligne avec "head -1", compte les caractères avec "wc -c" et construit une séquence de 1 jusqu’a ce nombre avec "seq".
C’est une excellente idée si on considère que la première ligne est représentative des autres. Une fois le "redressement" en place (il m’a fallu des dizaines de prompts et d’exemples pour arriver à lui expliquer, à chaque fois il prétend qu’il a compris et c’est faux), je lui demande de traduire en utilisant le code Baudot.
Au lieu de ma solution avec "sed", il fait une fonction bash "baudot_to_letter" qui est un gros case:
baudot_to_letter() {
case $1 in
00000) echo " " ;;
00001) echo "E" ;;
00010) echo "A" ;;
Fait amusant, les caractères ne sont pas en ordre alphabétique, mais dans l’ordre binaire de la représentation Baudot. Pourquoi pas ?
Je valide cette solution même si je préfère le sed parce que je n’avais pas envie de faire du bash mais utiliser les outils Unix. Je lui ai dit plusieurs fois que je voulais une commande Unix, pas un script bash avec plusieurs fonctions. Mais je lui laisse, car, au fond, sa solution est pertinente.
Maintenant que toutes les étapes ont été décrites, je teste son code final. Qui ne fonctionne pas, produisant une erreur bash. Je lui demande une nouvelle version en lui copiant-collant l’erreur. Après plusieurs itérations de ce type, j’ai enfin un script qui fonctionne et me renvoie la traduction du message suivante :
LLECJGCISTGCIUMCEISJEISKN CT UIXV SJECUZUCEXV
Le nombre de lettres n’est même pas correct. Je n’ai évidemment pas envie de débugger le truc. Je demande à lors à ChatGPT de lancer le script lui-même pour me donner la traduction :
ChatGPT me dit que le message traduit est "ECHOES OF THE PAST". Il est très fier, car c’est un message cohérent. Sauf que le jeu est en français…
À ce point de l’histoire, j’ai, montre en main, passé plus de temps à tenter d’utiliser ChatGPT que je n’en ai mis pour écrire mon propre script, certes imparfait, mais fonctionnel. Je me retrouve à faire des copier-coller incessants entre ChatGPT et mon terminal, à tenter de négocier des changements et déboguer du code que je n’ai pas écrit.
Et encore, pour ChatGPT, j’ai nettoyé le message en enlevant tout ce qui n’est pas le code Baudot. Mon propre script est beaucoup plus robuste. J’en ai marre et j’abandonne.
Moralité
ChatGPT n’est impressionnant que par sa capacité à converser, à prétendre. Oui, il peut parfois donner des idées. Il a par exemple amélioré la première ligne de mon script que j’avais bâclée.
Mais il faut avoir du temps à perdre. À ce moment-là, autant replonger dans un bon livre dont on sait que la majeure partie des idées sont bonnes.
ChatGPT peut être utile pour brainstormer à condition d’être soi-même fin connaisseur du domaine et très critique avec tout ce qui sort. C’est dire la débauche d’énergie pour finalement très peu de choses.
Vous croyez être plus efficace en utilisant l’AI, car vous passez moins de temps à « penser ». Mais les études semblent montrer qu’en réalité, vous êtes plus lent. Avec ChatGPT, on est tout le temps "occupé". On ne s’arrête jamais pour réfléchir à son problème, pour lire différentes ressources.
Et lorsque ChatGPT vous fait vraiment gagner du temps, c’est peut-être parce qu’il s’agit d’un domaine où vous n’êtes pas vraiment compétent. En ce qui concerne la ligne de commande, je ne peux que répéter ma suggestion de lire « Efficient Linux at the Command Line ». Vraiment !
Comme le rappelle très bien Cal Newport: qui a le plus intérêt à ce que vous soyez un ouvrier incompétent qui se contente de pousser aveuglément sur les boutons d’une machine au lieu de faire fonctionner son cerveau ?
Peut-être que passer quelques heures à espionner les aristocrates en étant obligé de faire des lessives vous fera réfléchir à ce sujet. En tout cas, ça en vaut la peine !
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
L’urgence de la souveraineté numérique pour échapper à la merdification
Le triste exemple de YouTube
Je n’ai plus de compte Google depuis plusieurs années. Je me suis rendu compte que j’évite autant que possible de cliquer sur un lien YouTube, car, à chaque vidéo, je dois passer par le chargement d’une page qui surcharge mon ordinateur pourtant récent, je dois tenter de lancer la vidéo, attendre plusieurs secondes qu’un énorme popup l’interrompe. Puis je dois faire en sorte de trouver le son original et non pas une version automatiquement générée en français. Une fois tout ça terminé, il faut encore se taper des publicités de parfois plusieurs minutes.
Tout ça pour voir une vidéo qui pourrait potentiellement contenir une information qui m’intéresse. Et encore, ce n’est pas du tout certain.
Alors, oui il y a des moyens de contourner ces merdifications, mais c’est un travail permanent et qui ne fonctionne pas toujours. Donc, en gros, je ne clique sur les liens YouTube que quand je suis vraiment obligé. Genre avant je regardais les clips vidéos des groupes de métal que recommandait Alias. Désormais, j’utilise Bandcamp (j’y achète même des albums) quand il le mentionne ou je cherche ailleurs.
Vous croyez que votre vidéo doit être sur YouTube, car « tout le monde y est », mais, au moins dans mon cas, vous avez perdu de l’audience en étant uniquement sur YouTube.
Une merdification totalement assumée
Le pire, c’est de se rendre compte que la merdification est vraiment assumée de l’intérieur. Comme le souligne Josh Griffiths, YouTube encourage les créateurs à tourner des vidéos dont le scénario est généré par leur IA. YouTube rajoute des pubs sans le consentement du créateur.
Toujours dans son blog post, il décrit comment YouTube utilise votre historique vidéo pour déterminer votre âge et bloquer toutes les vidéos qui ne seraient pas appropriées. C’est tellement effrayant de stupidité que ça pourrait être dans une de mes nouvelles.
Une chose est certaine : en me connectant sur YouTube sans compte et sans historique, YouTube me propose spontanément des dizaines de vidéos sur les nazis, sur la Seconde Guerre mondiale, sur les fusils utilisés par les nazis, etc. Je n’ai jamais regardé ce genre de choses. Au vu du titre, certaines vidéos me semblaient à la limite de la théorie du complot ou du négationnisme. Pourquoi me les recommander ? L’hypothèse la plus effrayante serait que ce soit les recommandations par défaut !
Parce que ce n’est pas comme si YouTube ne savait pas comment effacer les vidéos qui ne lui plaisent pas !
Si vous réalisez des vidéos et que vous souhaitez les partager à des humains, par pitié, postez-les également ailleurs que sur YouTube! Personne ne vous demande d’abandonner votre « communauté », vos likes, vos 10 centimes de revenus publicitaires qui tombent tous les mois. Mais postez également votre vidéo ailleurs. Par exemple sur Peertube !
De la dépendance politique aux technologies merdifiées
Comme le dit très bien Bert Hubert, le problème de la dépendance aux monopoles américains n’est pas tant technique que culturel. Et les gouvernements européens devraient être les premiers à montrer l’exemple.
Je pense qu’il illustre parfaitement la profondeur du problème, car, dans sa conférence qui décrit la dépendance technologique de l’UE envers les USA et la Chine, il pointe vers des vidéos explicatives… sur YouTube. Et Bert Hubert ne semble même pas en réaliser l’ironie alors qu’il recommande Peertube un peu plus loin. Il héberge d’ailleurs ses projets personnels sur Github. Github appartient à Microsoft et son monopole sur les projets Open Source a des impacts dramatiques.
J’ai déjà noté à quel point l’Europe développe des solutions technologiques importantes, mais que personne ne semble s’en apercevoir parce que, contrairement aux USA, nous développons des technologies qui offrent de la liberté aux utilisateurs : le Web, Linux, Mastodon, le protocole Gemini.
À cette liste, j’aimerais rajouter VLC, LibreOffice et, bien entendu, PeerTube.
Les solutions européennes qui ont du succès font partie des communs. Elles sont tellement évidentes que beaucoup n’arrivent plus à les voir. Ou à les prendre au sérieux, car « pas assez chères ».
Le problème de l’Europe n’est pas le manque de solutions. C’est simplement que les politiciens veulent « un Google européen ». Les politiciens sont incapables de voir qu’on ne lutte pas contre les monopoles américains en créant, avec 20 ans de retard, un sous-monopole européen.
C’est un problème purement culturel. Il suffirait que quelques députés européens aient le courage de dire : je supprime mes comptes X, Facebook, Whatsapp, Google et Microsoft pour un mois. Un simple mois durant lequel ils accepteraient que, oui, les choses sont différentes, il faut s’adapter un peu.
Ce n’est pas comme si le problème n’était pas urgent : tous nos services informatiques officiels, tous nos échanges, toutes nos données sont aux mains d’entreprises qui collaborent ouvertement avec l’armée américaine. Vous croyez vraiment que les militaires américains n’ont pas exploité toutes les données Google/Microsoft/Whatsapp des politiciens vénézuéliens avant de lancer leur raid ? Et encore, le Venezuela est un des rares pays qui tentait officiellement de se passer des solutions américaines.
L’honnêteté de considérer une solution
Quitter les services merdifiés est difficile, mais pas impossible. Cela peut se préparer, se faire petit à petit. Si, pour certains, c’est actuellement strictement impossible pour des raisons professionnelles, pour beaucoup d’entre nous, c’est surtout que nous refusons d’abandonner nos habitudes. Se plaindre, c’est bien. Agir, c’est difficile et nécessite d’avoir le temps et l’énergie à consacrer à une période de transition.
Bert Hubert prend l’exemple du mail. En substance, il dit que le mail n’est plus un bien commun, que les administrations ne peuvent pas utiliser un mail européen, car Microsoft et Google vont arbitrairement rejeter une partie de ces emails. Pourtant, la solution est évidente : il suffit de considérer que la faute est chez Google et Microsoft. Il suffit de dire « Nous ne pouvons pas utiliser Microsoft et Google au sein des institutions officielles européennes, car nous risquons de ne pas recevoir certains emails ».
Le problème n’est pas l’email, le problème est que nous nous positionnons en victimes. Nous ne voulons pas de solution ! Nous voulons que ça change sans rien changer !
Beaucoup de problèmes de l’humanité ne proviennent pas du fait qu’il n’y a pas de solutions, mais qu’en réalité, les gens aiment se plaindre et ne veulent surtout pas résoudre le problème. Parce que le problème fait désormais partie de leur identité ou parce qu’ils ne peuvent pas imaginer la vie sans ce problème ou parce qu’en réalité, ils bénéficient de l’existence de ce problème (on appelle ces derniers des « consultants » ).
Il y a une technique assez simple pour reconnaître ce type de situation : c’est, lorsque tu proposes une solution, de te voir immédiatement rétorquer les raisons pour lesquelles cette solution ne peut pas fonctionner. C’est clair, à ce moment, que la personne en face ne cherche pas une solution. Elle n’a pas besoin d’un ingénieur, mais d’un psychologue (rôle que prennent cyniquement les vendeurs).
Une personne qui cherche réellement à résoudre son problème va être intéressée par toute piste de solutions. Si la solution n’est pas adaptée, elle va réfléchir à comment l’améliorer. Elle va accepter certains compromis. Si elle rejette une solution, c’est après une longue investigation de cette dernière, car elle a réellement l’espoir de résoudre son problème.
La solution du courage politique
Pour les gouvernements aujourd’hui, il est techniquement assez simple de dire « Nous voulons que nos emails soient hébergés en Europe par une infrastructure européenne, nous voulons diffuser nos vidéos via nos propres serveurs et faire nos annonces officielles sur un site que nous contrôlons. » C’est même trivial, car des milliers d’individus comme moi le font pour un coût dérisoire. Et il y a même des tentatives claires, comme en Suisse.
Les seules raisons pour lesquelles il n’y a même pas de réflexion poussée à ce sujet sont, comme toujours, la malveillance (oui, Google et Microsoft font beaucoup de cadeaux aux politiciens et sont capables de déplacer des montagnes dès qu’une alternative à leur monopole est considérée) et l’incompétence.
Malveillance et incompétence n’étant pas incompatibles, mais plutôt complémentaires. Et un peu trop fréquentes en politique à mon goût.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
How Github monopoly is destroying the open source ecosystem
I teach a course called "Open Source Strategies" at École Polytechnique de Louvain, part of the University of Louvain.
As part of my course, students are required to find an open source project of their choice and make a small contribution to it. They send me a report through our university Gitlab. To grade their work, I read the report and explore their public interactions with the project: tickets, comments, pull requests, emails.
This year, during my review of the projects of the semester, Github decided to block my IP for one hour. During that hour, I simply could not access Github.
Github telling me I made too many requests
It should be noted that, even if I want to get rid of it, I still have a Github account and I was logged in.
I wondered how many of my students’ projects were related to projects hosted on Github. I simply went into the repository and counted 238 students reports in the last seven years:
ls -l projects_*/*.md | wc -l 238
Some reports might be missing. Also, I don’t have the reports before 2019 in that repository. But this is a good approximation.
Now, let’s count how many reports don’t contain "github.com".
grep -L github.com projects_*/*.md | wc -l 7
Wow, that’s not a lot. I then wondered what those projects were. It turns out that, out of those 7, 6 students simply forgot to add the repository URL in their report. They used the project webpage or no URL at all. In those 6 cases, the repository happened to be hosted on Github.
In my course, I explain at great length the problem of centralisation. I present alternatives: Gitlab, Codeberg, Forgejo, Sourcehut but also Fossil, Mercurial, even Radicle.
I literally explain to my students to look outside of Github. Despite this, out of 238 students tasked with contributing to the open source project of their choice, only one managed to avoid Github.
The immediate peril of centralisation
As it was demonstrated to me for one hour, the immediate peril of centralisation is that you can suddenly lose access to everything. For one hour, I was unable to review any of my students’ projects. Not a great deal, but it serves as a warning. While writing this post, I was hit a second time by this block.
A few years ago, one of my friends was locked out of his Google account while travelling for work at the other end of the world. Suddenly, his email stopped working, most of the apps on his phone stopped working, and he lost access to all his data "in the clouds". Fortunately, he still had a working email address (not on Google) and important documents for his trip were on his laptop hard drive. Through personal connections at Google, he managed to recover his account a few weeks later. He never had any explanations.
More recently, Paris Buttfield-Addison experienced the same thing with his Apple account. His whole online life disappeared, and all his hardware was suddenly bricked. Being heavily invested in Apple doesn’t protect you.
I’m sure the situation will be resolved because, once again, we are talking about a well-connected person.
But this happens. All the time. Institutions are blindly trusting monopolies that could lock you out randomly or for political reasons as experienced by the French magistrate Nicolas Guillou.
Worst: as long as we are not locked out, we offer all our secrets to a country that could arbitrarily decide to attack yours and kidnap your president. I wonder how much Venezuelan sensitive information was in fact stored on Google/Microsoft services and accessed by the US military to prepare their recent strike.
Big institutions like my Alma Mater or entire countries have no excuse to still use American monopolies. This is either total incompetence or corruption, probably a bit of both.
The subtle peril of centralisation
As demonstrated by my Github anecdote, individuals have little choice. Even if I don’t want a Github account, I’m mostly forced to have one if I want to contribute or report bugs to projects I care about. I’m forced to interact with Github to grade my students’ projects.
237 out of 238 is not "a lot." It’s everyone. There’s something more than "most projects use Github."
According to most of my students, the hardest part of contributing to an open source project is finding one. I tell them to look for the software they use every day, to investigate. But the vast majority ends up finding "something that looks easy."
That’s where I realised all this time my students had been searching for open source projects to contribute to on Github only. It’s not that everything is on Github, it is that none of my students can imagine looking outside of Github!
The outlier? The one student who contributed to a project not on Github? We discussed his needs and I pointed him to the project he ended up choosing.
Github’s centralisation invisibilised a huge part of the open source world. Because of that, lots of projects tend to stay on Github or, like Python, to migrate to Github.
The solution
Each year, students come up with very creative ways not to do what I expect while still passing. Last year, half of the class was suddenly committing reports with broken encoding in the file path. I had never seen that before and I asked how they managed to do it. It turns out that half the class was using VS Code on Windows to do something as simple as "git commit" and they couldn’t use the git command line.
This year, I forced them to use the command line on an open source OS, which solved the previous year’s issue. But a fair number of the reports are clearly ChatGPT-generated, which was less obvious last year. This is sad because it probably took them more effort to write the prompt and, well, those reports are mostly empty of substance. I would have preferred the prompt alone. I’m also sad they thought I would not notice.
But my main mistake was a decade-long one. For all those years, I asked my students to find a project to contribute to. So they blindly did. They didn’t try to think about it. They went to Github and started browsing projects.
For all those years, I involuntarily managed to teach my students that Open Source was a corner of the web, a Microsoft-managed repository of small software one can play with. Nothing serious.
This is all my fault.
I know the solution. Starting this year, students will be forced to contribute to a project they use, care about or, at the very least, truly want to use in the long term. Not one they found randomly on Github.
If they think they don’t use open source software, they should take a better look at their own stack.
And if they truly don’t use any open source software at all and don’t want to use any, why do they want to follow a course about the subject in the first place?
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
You probably heard about the Wall Street Journal story where they had a snack-vending machine run by a chatbot created by Anthropic.
At first glance, it is funny and it looks like journalists doing their job criticising the AI industry. If you are curious, the video is there (requires JS).
But what appears to be journalism is, in fact, pure advertising. For both WSJ and Anthropic. Look at how WSJ journalists are presented as "world class", how no-subtle the Anthropic guy is when telling them they are the best and how the journalist blush at it. If you are taking the story at face value, you are failing for the trap which is simple: "AI is not really good but funny, we must improve it."
The first thing that blew my mind was how stupid the whole idea is. Think for one second. One full second. Why do you ever want to add a chatbot to a snack vending machine? The video states it clearly: the vending machine must be stocked by humans. Customers must order and take their snack by themselves. The AI has no value at all.
Automated snack vending machine is a solved problem since nearly a century. Why do you want to make your vending machine more expensive, more error-prone, more fragile and less efficient for your customers?
What this video is really doing is normalising the fact that "even if it is completely stupid, AI will be everywhere, get used to it!"
The Anthropic guy himself doesn’t seem to believe his own lies, to the point of making me uncomfortable. Toward the ends, he even tries to warn us: "Claude AI could run your business but you don’t want to come one day and see you have been locked out." At which the journalist adds, "Or has ordered 100 PlayStations."
And then he gives up:
"Well, the best you can do is probably prepare for that world."
Still from the video where Anthropic’s employee says "probably prepare for that world"
None of the world class journalists seemed to care. They are probably too badly paid for that. I was astonished to see how proud they were, having spent literally hours chatting with a bot just to get a free coke, even queuing for the privilege of having a free coke. A coke that cost a few minutes of minimum-wage work.
So the whole thing is advertising a world where chatbots will be everywhere and where world-class workers will do long queue just to get a free soda.
And the best advice about it is that you should probably prepare for that world.
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All our communication channels are morphed into content distribution networks. We are more and more entertained but less and less connected.
A few days ago, I did a controversial blog post about Pixelfed hurting the Fediverse. I defended the theory that, in a communication network, you hurt the trust in the whole network if you create clients that arbitrarily drop messages, something that Pixelfed is doing deliberately. It gathered a lot of reactions.
When I originally wrote this post, nearly one year ago, I thought that either I was missing something or Dansup, Pixelfed’s creator, was missing it. We could not both be right. But as the reactions piled in on the Fediverse, I realised that such irreconcilable opinions do not arise only from ignorance or oversight. It usually means that both parties have vastly different assumptions about the world. They don’t live in the same world.
Two incompatible universes
I started to see a pattern in the two kinds of reactions to my blog post.
There were people like me, often above 40, who like sending emails and browsing old-fashioned websites. We think of ActivityPub as a "communication protocol" between humans. As such, anything that implies losing messages without feedback is the worst thing that could happen. Not losing messages is the top priority of a communication protocol.
And then there are people like Dansup, who believe that ActivityPub is a content consumption protocol. It’s there for entertainment. You create as many accounts as the kinds of media you want to consume. Dansup himself is communicating through a Mastodon account, not a Pixelfed one. Many Pixelfed users also have a Mastodon account, and they never questioned that. They actually want multiple accounts for different use cases.
On the Fediverse threads, nearly all the people defending the Pixelfed philosophy posted from Mastodon accounts. They usually boasted about having both a Mastodon and a Pixelfed account.
A multiplicity of accounts
To me, the very goal of interoperability is not to force you into creating multiple accounts. Big Monopolies have managed to convince people that they need one account on each platform. This was done, on purpose, for purely unethical reasons in order to keep users captive.
That brainwash/marketing is so deeply entrenched that most people cannot see an alternative anymore. It looks like a natural law: you need an account on a platform to communicate with someone on that platform. That also explains why most politicians want to "regulate" Facebook or X. They think it is impossible not to be on those platforms. They believe those platforms are "public spaces" while they truly are "private spaces trying to destroy all other public spaces in order to get a monopoly."
People flock to the Fediverse with this philosophy of "one platform, one account", which makes no sense if you truly want to create a federated communication protocol like email or XMPP.
But Manuel Moreale cracked it for me: the Fediverse is not a communication network. ActivityPub is not a communication protocol. The spec says it: ActivityPub is a protocol to build a "social platform" whose goal is "to deliver content."
The ActivityPub protocol is a decentralised social networking protocol based upon the ActivityStreams 2.0 data format. It provides a client to server API for creating, updating and deleting content, as well as a federated server-to-server API for delivering notifications and content. (official W3C definition of ActivityPub)
But aren’t social networks also communication networks? That’s what I thought. That’s how they historically were marketed. That’s what we all believed during the "Arab Spring."
But that was a lie. Communication networks are not profitable. Social networks are entertainment platforms, media consumption protocols. Historically, they disguised themselves as communication platforms to attract users and keep them captive.
The point was never to avoid missing a message sent from a fellow human being. The point was always to fill your time with "content."
We dreamed of decentralised social networks as "email 2.0." They truly are "television 2.0."
They are entertainment platforms that delegate media creation to the users themselves the same way Uber replaced taxis by having people drive others in their own car.
But what was created as "ride-sharing" was in fact a way to 1) destroy competition and 2) make a shittier service while people producing the work were paid less and lost labour rights. It was never about the social!
The lost messages
My own interpretation is that social media users don’t mind losing messages because they were raised on algorithmic platforms that did that all the time. They don’t see the point in trusting a platform because they never experienced a trusted means of communication.
Now that I write it, it may also explain why instant messaging became the dominant communication medium: because if you don’t receive an immediate answer, you don’t even trust the recipient to have received your messages. In fact, even if the message was received, you don’t even trust the recipient's attention span to remember the message.
Multiple studies have confirmed that we don’t remember the vast majority of what we see while doomscrolling. While the "view" was registered to increase statistics, we don’t have the slightest memory of most of that content, even after only a few seconds. It thus makes sense not to consider social media as a means of communication at all.
There’s no need for a reliable communication protocol if we assume that human brains are not reliable enough to handle asynchronous messages.
It’s not Dansup who is missing something. It is me who is unadapted to the current society. I understand now that Pixelfed was only following some design decisions and protocol abuses fathered by Mastodon. Pixelfed was my own "gotcha" moment because I never understood Instagram in the first place, and, in my eyes, Pixelfed was no better. But if you take that route, Mastodon is no better than Twitter.
Many reactions pointed, justly, that other Fediverse tools such as PeerTube, WriteFreely, or Mobilizon were just not displaying messages at all.
I didn’t consider it a big problem because they never pretended to do it in the first place. Nobody uses those tools to follow others. There’s no expectation. Those platforms are "publish only." But this is still a big flaw in the Fediverse! Someone could, using autocompletion, send a message pinging your PeerTube address and you will never see it. Try autocomplete "@ploum" from your Mastodon account and guess which suggestion is the only one that will send me a valid notification!
On a more positive note, I should give credit to Dansup for announcing that Pixelfed will soon allow people to optionally "not drop" text messages.
How we lost email
I cling to asynchronous reliable communications, but those are disappearing. I use email a lot because I see it as a true means of communication: reliable, asynchronous, decentralised, standardised, manageable offline with my own tools. But many people, even barely younger than me, tell me that email is "too formal" or "for old people" or "even worse than social network feeds."
And they are probably right. I like it because I’ve learned to use it. I apply a strong inbox 0 methodology. If I don’t reply or act on your email, it is because I decided not to. I’m actively keeping my inbox clean by sharing only disposable email addresses that I disable once they start to be spammed.
But for most people, their email inbox is simply one more feed full of bad advertising. They have 4 or 5 digit unread count. They scroll through their inbox like they do through their social media feeds.
Boringness of communications
The main problem with reliable communication protocols? It is a mostly solved problem. Build simple websites, read RSS feeds, write emails. Use IRC and XMPP if you truly want real-time communication. Those are working and working great.
And because of that, they are boring.
Communications protocols are boring. They don’t give you that well-studied random hit of dopamine. They don’t make you addicted.
They don’t make you addicted which means they are not hugely profitable and thus are not advertised. They are not new. They are not as shiny as a new app or a new random chatbot.
The problem with communication protocols was never the protocol part. It’s the communication part. A few sad humans never wanted to communicate in the first place and managed to become billionaires by convincing the rest of mankind that being entertained is better than communicating with other humans.
As long as I’m not alone
We believe that a communication network must reach a critical mass to be really useful. People stay on Facebook to "stay in touch with the majority." I don’t believe that lie anymore. I’m falling back to good old mailing lists. I’m reading the Web and Gemini while offline through Offpunk. I also handle my emails asynchronously while offline.
It doesn’t matter. I made peace with the fact that I will never get in touch with everyone. As long as there are people posting on their gemlogs or blogs with RSS feeds, as long as there are people willing to read my emails without automatically summarising them, there will be a place for those who want to simply communicate. A protected reserve.
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
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Lorsque j’ai commencé à utiliser mon premier smartphone, en 2012, j’utilisais évidemment le clavier fourni par défaut qui proposait de l’autocomplétion.
Il ne m’a fallu que quelques jours pour être profondément choqué. L’autocomplétion proposait des mots qui convenaient parfaitement, mais qui n’étaient pas ceux que j’avais en tête. En acceptant une autocomplétion par désir d’économiser quelques pressions de doigts, je me retrouvais avec une phrase différente de ce que j’avais initialement envisagé. Je modifiais le cours de ma pensée pour m’adapter à l’algorithme !
C’était choquant !
Moi qui étais passé au Bépo quelques années plus tôt et qui avais découvert les puissances de la dactylographie pour affiner mes idées, je ne pouvais imaginer laisser une machine me dicter ma pensée, même pour un texte aussi mondain qu’un SMS. Je me suis donc mis en quête d’un clavier optimisé pour usage sur un écran tactile minuscule, mais sans autocomplétion. J’ai trouvé MessagEase, que j’ai utilisé pendant des années avant de passer à ThumbKey, version libre du précédent.
Le choc fut encore plus violent lorsqu’apparurent les suggestions de réponses aux emails dans l’interface Gmail. Ma première expérience avec ce système fut de me voir proposer plusieurs manières de répondre par l’affirmative à un email professionnel auquel je voulais répondre négativement. Avec horreur, je perçus en moi un vague instinct de cliquer pour me débarrasser plus vite de cet email corvée.
Cette expérience m’inspira la nouvelle « Les imposteurs », lisible dans le recueil « Stagiaire au spatioport Omega 3000 et autres joyeusetés que nous réserve le futur » (qui est justement disponible à -50% jusqu’au 15 décembre ou à prix normal, mais sans frais de port chez votre libraire).
L’autocomplétion manipule notre intention, cela ne fait aucun doute. Et s’il y a bien quelque chose que je souhaite préserver chez moi, c’est mon cerveau et mes idées. Comme un footballeur préserve ses jambes, comme un pianiste préserve ses mains, je chéris et protège mon cerveau et mon libre arbitre. Au point de ne jamais boire d’alcool, de ne jamais consommer la moindre drogue : je ne veux pas altérer mes perceptions, mais, au contraire, les affiner.
Mon cerveau est ce que j’ai de plus précieux, l’autocomplétion même la plus basique est une atteinte directe à mon libre arbitre.
Mais, avec les chatbots, c’est désormais une véritable économie de l’intention qui se met en place. Car si les prochaines versions de ChatGPT ne sont pas meilleures à répondre à vos questions, elles seront meilleures à les prédire.
Non pas à cause de pouvoir de divination ou de télépathie. Mais parce qu’elles vous auront influencé pour vous amener dans la direction qu’elles auront choisie, à savoir la plus profitable.
Une partie de l’intérêt disproportionné que les politiciens et les CEOs portent aux chatbots vient clairement de leur incompétence voire de leur bêtise. Leur métier étant de dire ce que l’audience veut entendre, même si cela n’a aucun sens, ils sont sincèrement étonnés de voir une machine être capable de les remplacer. Et ils sont le plus souvent incapables de percevoir que tout le monde n’est pas comme eux, que tout le monde ne fait pas semblant de comprendre à longueur de journée, que tout le monde n’est pas Julius.
Mais, chez les plus retors et les plus intelligents, une partie de cet intérêt peut également s’expliquer par le potentiel de manipulation des foules. Là où Facebook et TikTok ont ponctuellement influencé des élections majeures grâce à des mouvements de foule virtuels, une ubiquité de ChatGPT et consorts permet un contrôle total sur les pensées les plus intimes de tous les utilisateurs.
Après tout, j’ai bien entendu dans l’épicerie de mon quartier une femme se vanter auprès d’une amie d’utiliser ChatGPT comme conseiller pour ses relations amoureuses. À partir de là, il est trivial de modifier le code pour faire en sorte que les femmes soient plus dociles, plus enclines à sacrifier leurs aspirations personnelles pour celles de leur conjoint, de pondre plus d’enfants et de les éduquer selon les préceptes ChatGPTesques.
Contrairement au fait de résoudre les « hallucinations », problème insoluble, car les Chatbots n’ont pas de notion de vérité épistémologique, introduire des biais est trivial. En fait, il a été démontré plusieurs fois que ces biais existent déjà. C’est juste que nous avons naïvement supposé qu’ils étaient involontaires, mécaniques.
Alors qu’ils sont un formidable produit à vendre à tous les apprentis dictateurs. Un produit certainement rentable et pas très éloigné du ciblage publicitaire que vendent déjà Facebook et Google.
Un produit qui apparaît comme parfaitement éthique, approprié et même bénéfique à l’humanité. Du moins si on se fie à ce que nous répondra ChatGPT. Qui confirmera d’ailleurs son propos en pointant vers plusieurs articles scientifiques. Rédigés avec son aide.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
La nouvelle version de votre site web est inutilisable, vos emails sont longs et illisibles, vos slides et vos graphiques sont creux. Mais j’entends bien votre argument pour justifier toute cette merde :
C’est plus joli !
On fout tout en l’air pour faire « joli ». Même les icônes des applications sont devenues indistinguables les unes des autres, car « c’est plus joli ».
Le joli nous tue !
R.L. Dane réalise que ce qui lui manque le plus est son ordinateur en noir et blanc. Non pas parce qu’il veut revenir au noir et blanc, mais parce que le fait que certains ordinateurs soient en noir et blanc forçait les designeurs à créer des interfaces lisibles et simples dans toutes les conditions.
C’est exactement ce que je reproche à tous les sites web modernes et toutes les apps. Les concepteurs devraient être forcés de les utiliser sur un vieil ordinateur ou sur un smartphone un peu ancien. C’est joli si on a justement le dernier smartphone avec les derniers espiogiciels à la mode.
Je conchie le « joli ». Le joli, c’est la déculture totale, c’est Trump qui fout des dorures partout, c’est le règne du kitch et de l’incompétence. Votre outil est joli simplement parce que vous ne savez pas l’utiliser ! Parce que vous avez oublié que des gens compétents peuvent l’utiliser. Le joli s’oppose à la praticité.
Le joli s’oppose au beau.
Le beau est profond, artistique, réfléchi, simple. Le beau requiert une éducation, une difficulté. Un artisan chevronné s’émerveille devant la finesse et la simplicité d’un outil. Le consommateur décérébré lui préfère la version avec des paillettes. Le mélomane apprécie une interprétation dans une salle de concert là où votre enceinte connectée impose un bruit terne et sans relief à tous les passants dans le parc. Le joli rajoute au beau une lettre qui le transforme : le beauf !
Oui, vos logorrhées ChatGPTesques sont beaufs. Vos images générées par Midjourney sont le comble du mauvais goût. Votre chaîne YouTube est effrayante de banalités. Vos podcasts ne sont qu’un comblage d’ennui durant votre jogging. Le énième redesign de votre app n’est que la marque de votre inculture. Vos slides PowerPoint et vos posts LinkedIn sont à la limite du crétinisme clinique.
Thierry Crouzet parle de l’addiction à plaire. Mais même cela est faux. On ne veut pas réellement plaire, juste obéir à des algorithmes pour augmenter notre nombre de followers. On veut un profil qui fait « joli ».
Le joli est un bonbon, une sucrerie. Cela n’a jamais été aussi vrai que sur les réseaux sociaux, une analogie que j’utilise depuis plus d’une décennie.
Sur son gemlog, Asquare approndit le concept de manière très intéressante : iel suggère que moins les sucreries sont bonnes, plus on en consomme. (oui, c’est sur Gemini, un truc pas joli pour lequel il faut un navigateur dédié et ça n’a rien à voir avec l’IA de Google)
Et ça a du sens : si vous mangez un morceau d’un excellent chocolat avec une tasse de thé de qualité, vous n’aurez pas envie d’en prendre 10 morceaux, de vous gaver. À l’inverse, un chocolat industriel donne une légère satisfaction, mais pas suffisante, on en veut toujours plus.
C’est pareil avec les réseaux sociaux : au plus vous scrollez sur des trucs vaguement intéressants, au plus vous continuez. La merde est addictive ! Et au plus il y a du contenu, au plus la qualité moyenne baisse, cela a été démontré.
Ce qui n’est pas sympa pour la merde, car, comme me le signalent de nombreux lecteurs, la merde est un excellent compost pour faire pousser de bonnes choses. Ce n’est pas le cas des réseaux sociaux, qui font surtout pousser le crétinisme et le fascisme.
À l’opposé de cette « jolie merde », si vous êtes abonnés, comme moi, à d’excellents blogs, vous lisez un article et cela vous fait réfléchir. Le carnet de Thierry Crouzet de novembre, par exemple, me fait beaucoup réfléchir. Après l’avoir lu, je n’ai pas envie de papillonner. Je m’arrête, je me pose des questions, j’ai envie d’y penser, mais aussi de le savourer.
Mais rien ne vaut pour moi la saveur, la beauté d’un bon livre !
L’artisanat derrière la beauté des livres
Je rencontre trop de gens qui me confient aimer beaucoup la lecture, mais n’avoir « plus le temps de lire ». Les mêmes, par contre, sont hyper actifs sur les réseaux sociaux, sur d’infinis groupes Whatsapp ou Discord. C’est comme prétendre n’avoir pas assez faim pour manger ses légumes parce qu’on mange des bonbons toute la journée. Forcément, on a un distributeur dans notre poche ! Et le bonbon n’étant pas vraiment satisfaisant, on reprend un autre… C’est pareil pour certains livres à grand succès produits à la chaîne !
Mais je parlais plus haut du fait qu’apprécier la beauté nécessite la compétence. Les éditions PVH ont justement décidé de se mettre à nu, d’exposer le travail derrière chaque livre pour justifier le prix de l’objet. C’est quelque chose que je remarque : mieux on comprend un travail, au plus on l’apprécie. Cela s’oppose à la nourriture industrielle sous blister qui présuppose de « ne pas savoir comment c’est fait ».
Outre ces explications, deux de mes livres sont à -50% jusqu’au 15 décembre. Si vous n’avez pas de librairie près de chez vous, c’est l’occasion de rentabiliser les frais de port (qui ont explosé, merci la poste française).
Julien Hirt, un des co-auteurs et l’auteur de Carcinopolis (que je recommande chaudement si vous n’êtes pas une âme sensible), nous décrit le processus dans un billet passionnant.
Les auteurs sont comme les chats : il est notoirement difficile de leur apprendre à marcher au pas.
À la lecture du billet, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est que je suis impatient de lire ce roman. Ce sont tout·e·s des potes dont j’ai lu au moins un des romans, le mélange doit être ébouriffant !
La seconde chose, c’est que ça donne envie de faire pareil. Je regrette de ne pas vivre en Suisse. Comme dit Julien, la Suisse romande est à la fantasy ce que la Scandinavie est au polar. Mais moi, je suis en Belgique !
Bon, après, j’avoue que déjà je suis plus SF que fantasy, mais écrire dans un cloud en chattant, ce serait très très difficile pour moi. Je serais plutôt du genre à vouloir écrire dans un dépôt git en échangeant sur une mailing-liste. Un peu comme si je développais un logiciel libre. Comme le dit Marcello Vitali-Rosati, l’outil a une énorme influence sur l’écriture.
Je ferais plus facilement partie d’un collectif geek-SF, dans la mouvance Neal Stephenson/Charlie Stross/Cory Doctorow. Mais, comme le dit très bien Julien, il faut trouver des complémentarités. Les geeks-SF manquent trop souvent de poésie.
Je repousse sans cesse l’écriture de la suite de Printeurs, mais plus j’y pense, plus je crois que ça pourrait être un projet collectif. J’aime beaucoup par exemple « Chroniques d’un crevard », nouvelle issue du Recueil de Nakamoto. Je trouve que l’univers est parfaitement compatible avec celui de Printeurs.
Vous voyez le résultat ? Le fait de tenter de consommer de bonnes choses me donne des idées, me donne envie de produire moi-même des choses. J’éprouve de la gratitude envers les gens qui écrivent des choses que j’aime et avec qui je peux échanger « entre êtres humains ». C’est parfois tellement fort que j’ai l’impression d’être dans un âge d’or !
Bon, peut-être un peu trop, car j’ai trop d’idées qui se bousculent, je rencontre trop de gens intéressants. Finalement, la beauté est partout dès qu’on fait l’effort de mettre maintenir le « joli » à distance. S’il n’y avait pas tant de belles choses à découvrir, je pourrais peut-être me consacrer plus à l’écriture…
Sous les jolis pavés, la beauté de la plage !
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Is Pixelfed sawing off the branch that the Fediverse is sitting on?
In January 2025, I became aware that there was a real problem with Pixelfed, the "Instagram inspired Fediverse client". The problem is threatening the whole Fediverse. As Pixelfed received a lot of media attention, I choose to wait. In March 2025, I decided that the situation was quieter and wrote an email to Dansup, Pixelfed’s maintainer, with an early draft of this post. Dan’s promptly replied, in a friendly tone. But didn’t want to acknowledge the problem which I’ve confirmed many times with Pixelfed users. I want to bring the debate on the public place. If I’m wrong, I will at least understand why. If Dan is wrong on this very specific issue, we will at least open the debate.
This post will be shared to my Fediverse audience through my @ploum@mamot.fr Mastodon account. But Pixelfed users will not see it. Even if they follow me, even if many people they follow boost it. Instead, they will see a picture of my broken keyboard that I posted a week ago.
That’s because, despite its name, Pixelfed is NOT a true Fediverse application. It does NOT respect the ActivityPub protocol. Any Pixelfed user following my @ploum@mamot.fr will only see a very small fraction of what I post. They may not see anything from me for months.
But why? Simple! The Pixelfed app has unilaterally decided not to display most Fediverse posts for the arbitrary reason that they do not contain a picture.
This is done on purpose and by design. Pixelfed is designed to mimic Instagram. Displaying text without pictures was deliberately removed from the code (it was possible in previous versions) in order to make the interface prettier.
This is unlike a previous problem where Pixelfed would allow unauthorised users to read private posts from unknowing fediverse users, which was promptly fixed.
In this case, we are dealing with a conscious design decision by the developers. Being pretty is more important than transmitting messages.
Technically, this means that a Pixelfed user P will think that he follows someone but will miss most of the content. On the opposite, the sender, for example a Mastodon user M, will believe that P has received his message because M follows him.
This is a grave abuse of the protocol: messages are silently dropped. It stands against everything the Fediverse is trying to do: allow users to communicate. My experience with open protocols allows me to say that it is a critical problem and that it cannot be tolerated. Would you settle for a mail provider which silently drop all emails you receive if they contain the letter "P"?
The principle behind a communication protocol is to create trust that messages are transmitted. Those messages could, of course, be filtered by the users but those filters should be manually triggered and always removable. If a message is not delivered, the sender should be notified.
In 2025, I’ve read several articles about people trying the Fediverse but leaving it because "there’s not enough content despites following lot of people". Due to the Pixelfed buzz in January, I’m now wondering: "how many of those people were using Pixelfed and effectively missing most of the Fediverse content?"
The importance of respecting the protocol
I cannot stress enough how important that problem is.
If Pixelfed becomes a significant actor, its position will gravely undermine the ActivityPub protocol to the point of making it meaningless.
Imagine a new client, TextFed, that will never display posts with pictures. That makes as much sense as the opposite. Lots of people, like me, find pictures disturbing and some people cannot see pictures at all. So TextFed makes as much sense as Pixelfed. Once you have TextFed, you realise that TextFed and PixelFed users can follow each other, they can comment on post from Mastodon users, they can exchange private messages but they will never be able to see post from each other.
For any normal users, there’s no real way to understand that they miss some messages. And even if you do, it is very hard to find that the cause is the absence of pictures in them make them "not pretty enough" to Pixelfed developers. Worse of all : some Mastodon posts do contain a picture but are not displayed in Pixelfed. That’s because the picture is from a link preview and was not manually uploaded. Try to explain that to your friends that reluctantly followed you on the Fediverse. Have a look at any Mastodon account and try to guess which posts will we showed to the Pixelfed followers!
That’s not something any normal human is supposed to understand. For Pixelfed users, there’s no way to see they are missing on some content. For Mastodon users, there’s no way to see that some of their audience is missing on some content.
With a broken trust in the protocol, people will revert to create Mastodon accounts to follow Mastodon, Pixelfed accounts to follow Pixelfed and Textfed to follow Textfed. Even if it is not 100% needed, that’s the first intuition. It’s already happening around me: I’ve witnessed multiple people with a Mastodon account creating a Pixelfed account to follow Pixelfed users. They do this naturally because they were used to do that with Twitter and Instagram.
Congratulations, you have successfully broken ActivityPub and, as a result, the whole Fediverse. What Meta was not able to do with Threads, the Fediverse did it to itself. Because it was prettier.
Now, imagine for a moment that Pixelfed takes off (which is something I wish for and would be healthy for the Fediverse) and that interactions are strong between Mastodon users and Pixelfed users (also something I wish for). I let you imagine how many bug reports developers will receive about "some posts are not appearing in my followers timeline" or "not appearing in my timeline".
This will result in a heavy pressure for Pixelfed devs to implement text-only messages. They will, at some point, be forced to comply, having eroded trust in the Fediverse for nothing.
Once a major actor in a decentralised network starts to mess with the protocol, there are only two possible outputs: either that actor lose steam or that actor becomes dominant enough to impose its own vision of the protocol. In fact, there’s a third option: the whole protocol becomes irrelevant because nobody trust it anymore.
What if Pixelfed becomes dominant?
But imagine that Pixelfed is now so important that they can stick to their guns and refuse to display text messages.
Well, there’s a simple answer: every other fediverse software will now add an image with every post. Mastodon will probably gain a configurable "default picture to attach to every post so your posts are displayed in Pixelfed".
And now, without having formerly formalised it, the ActivityPub protocol requires every message to have a picture.
That’s how protocol works. It already happened: that’s how all mail clients started to implement the winmail.dat bug.
Sysadmins handling storage and bandwidth for the Fediverse thank you in advance.
We are not there yet
Fortunately, we are not there yet. Pixelfed is still brand new. It still can go back to displaying every message an end user expect to see when following another Fediverse user.
I stress out that it should be by default, not a hidden setting. Nearly all Pixelfed users I’ve asked were unaware of that problem. They thought that if they follow someone on the Fediverse, they should, by default, see all their public posts.
There’s no negotiation. No warning on the Pixelfed website will be enough. In a federated communication system, filters should be opt-in. If fact, that’s what older versions of Pixelfed were doing.
But, while text messages MUST be displayed by default (MUST as in RFC), they can still be displayed as less important. For example, one could imagine having them smaller or whatever you find pretty as long as it is clear that the message is there. I trust Pixelfed devs to be creative here.
The Fediverse is growing. The Fediverse is working well. The Fediverse is a tool that we urgently need in those trying times. Let’s not saw off the branch on which we stand when we need it the most.
UPDATE: Dansup, Pixelfed Creator, replied the following on Mastodon:
We are working on several major updates, and while I believe that Pixelfed should only show photo posts, that decision should be up to each user, which we are working to support.
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
In computer security, it is often said that the fact you don’t see any vulnerability in the code you write is no proof that your code is secure. It is proof that you are blind to all the mistakes you made in your shitty code.
The less competent you are, the more confident you will be and the more vulnerable code you will write.
And people will exploit vulnerabilities of your code. Even if you honestly believe in your aptitude, you will end up writing "snake-oil" security systems.
When you use an LLM to generate text, the fact that you find the output good doesn’t mean that it is good. It only means that you are blind to the shit you’ve generated.
The simple idea that you think you could get people read your bland generated text and not notice is the proof that you are totally incompetent at writing. You should not trust yourself with that the same way I would never trust myself to check if LLM-generated source code is secure.
Did you really expect nobody to notice that your text was generated? Seriously?
People will notice how stupid your writing is. Some, like myself, will be offended. Other will simply walk away with a bad feeling. One sure is certain: nobody will think it is interesting. Nobody will care about what you wrote. People will simply stop reading you. People will stop sharing you, stop discussing about your writing.
Because you are doing snake-oil writing.
Fortunately, the cure is very simple.
Even if you think that what you produce is bad, be honest, straight. People will notice that you want to improve. Some will even offer advice. You will learn. You will make mistakes, which is an essential part of learning. If you acknowledge those mistakes, people will appreciate your work even more.
Writing secure code is not about magical genius thinking from behind a Guy Fawkes mask. It is about tediously learning patterns of vulnerabilities, about humility that you can’t catch everything alone.
Writing text is not about doing beautiful sentences. It is thinking about the information you really want to transmit. Some really good writers make awful sentences. But they are still good because each sentence gives you something, because you feel information and emotions flowing from the writer to you.
If you are tempted to use an LLM to generate a text, don’t publish the output of the LLM. Publish the prompt! That’s where your information is. It is what people want to hear.
You were tricked into doubting your own ability to write and to use a very costly text generator instead of trusting yourself. This impairs your ability to learn, to improve while insulting all the people that may read you. Like a cocaine addict, you are destroying yourself and destroying your reputation by screaming like a maniac. But you feel good because your brain is altered to believe that "you are better and more productive".
Stop the slop while you can.
If you are holding an MBA and using LLM to generate marketing content, it may be too late. If that’s the case, follow Bill Hicks advice and, please, kill yourself!
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
La façade d’un grand café parisien. Zoom sur l’enseigne un peu décrépie ornée d’un pouce blanc sur fond de peinture écaillée : « Le Facebook ».
Intérieur bondé. Moyenne d’âge : 55-60 ans. Les murs sont recouverts de publicité. Les clients sont visiblement tous des habitués et alternent entre ballons de rouge et bières.
— Depuis qu’on peut plus fumer, c’est quand même plus pareil.
— Tout ça c’est la faute de communisses sissgenres !
— Les quois ?
— Les sissgenres. C’est un mot qu’y disent pour légaliser la pédophilie.
— Je croyais qu’on disait transse ?
— C’pareil. Enfin, je crois. Un truc de tarlouzes.
— En tout cas, on peut même plus se rouler une clope en paix !
Une voix résonne provenant d’une table voisine :
— Mon petit fils a fait premier au concours de poésie de son lycée.
Toute la salle crie « Bravo ! » et applaudit pendant 3 secondes avant de reprendre les conversations comme si rien ne s’était passé.
Fondu
Une cafétéria aux murs blancs couverts de posters motivationnels dont les images sont très visiblement générées par IA. Les clients portent tous des costumes-cravates ou des tailleurs un peu cheap, mais qui font illusion de loin. Tous consomment du café dans un gobelet en plastique qu’ils remuent légèrement avec une touillette en bois. Un petit pot contient des touillettes usagées sous une inscription « Pour sauver la planète, recyclez vos touillettes ! »
Gros plan sur Armand, visage bien rasé, lunettes, pommettes saillantes. Il a l’air stressé, mais essaie d’en imposer avec son sourire nerveux.
— Depuis que je fréquente « Le Linkedin », mon rendement de conversion client a augmenté de 3% et j’ai été officiellement nommé Marketing Story Customers Deputy Manager. C’est une belle réussite que je dois à mon réseau.
La caméra s’éloigne. On constate que, comme tous les autres clients, il est seul à sa table et en train de parler à un robot qui acquiesce machinalement.
Fondu
L’endroit branché avec des lumières colorées qui clignotent et de la musique tellement à fond que tu ne sais pas passer commande autrement qu’en hurlant. Des néons hyper design dessinent le nom du bar : « Instagram »
Les cocktails coûtent un mois de salaire, sont faits avec des jus de fruits en boîte. De temps en temps, un client fait une crise d’épilepsie, mais tout le monde trouve ça normal. Et puis les murs sont recouverts de posters géants représentant des paysages somptueux.
La barbe de trois jours soigneusement travaillée, Youri-Maxime pointe un poster à sa compagne.
— Cette photo est magnifique, on doit absolument aller là-bas !
Estelle n’a pas 30 ans, mais son visage est gonflé par la chirurgie esthétique. Sans regarder son compagnon, elle répond :
— Excellente idée, on prendra une photo là, je mettrai mon bikini jaune MachinBazar(TM) et je me ferai un maquillage BrolTruc(TM).
— Trop génial, répond le mec sans quitte des yeux son smartphone. Il me tarde de pouvoir partager la photo !
Fondu
Un ancien entrepôt qui a été transformé en loft de luxe. Briques nues, tuyauteries apparentes. Mais c’est intentionnel. Cependant, on sent que l’endroit n’est plus vraiment entretenu. Il y a des la poussière. Des détritus s’accumulent dans un coin. Les toilettes refoulent. Ça pue la merde dans tout le bar.
Au mur, un grand panneau bleu est barré d’un grand X noir. En dessous, on peut lire, à moitié effacé : « Twitter ».
Dans des pulls élimés et des pantalons de velours, une bande d’habitués est assise à une table. Chacun tape frénétiquement sur le clavier repliable de sa tablette.
Une bande de voyous s’approchent. Ils ont des tatouages en forme de croix gammées, d’aigles, de symboles vaguement nordiques. Ils interpellent les habitués.
— Eh, les mecs ! Vous faites quoi ?
— Nous sommes des journalistes, on écrit des articles. Ça fait 15 ans qu’on vient ici pour travailler.
— Et vous écrivez sur quoi ?
— Sur la démocratie, les droits des trans…
Un nazi a violemment donné un coup de batte de baseball sur la table, éclatant les verres des journalistes.
— Euh, enchaine aussitôt un autre journaliste, on écrit surtout sur le grand remplacement, sur les dangers du wokisme.
Le nazi renifle.
— Vous êtes cool les mecs, continuez !
Fondu
Exactement le même entrepôt sauf que cette fois-ci tout est propre. Le panneau, tout nouveau, indique « Bluesky ». Quand on s’approche des murs, on se rend compte qu’ils sont en fait en carton. Il s’agit d’un décor de cinéma !
Il n’y a pas d’habitués, le bar vient d’ouvrir.
— Bienvenue, lance le patron a la foule qui entre. Je sais que vous ne voulez pas rester à côté, car c’est devenu sale et rempli de nazis. Ici, pas de risque. Tout est pareil, mais décentralisé.
La foule pousse un soupir de satisfaction. Un client fronce les sourcils.
— En quoi est-ce décentralisé ? C’est pareil que…
Il n’a pas le temps de finir sa phrase. Le patron a claqué des doigts et deux cerbères sortis de nulle part le poussent dehors.
— C’est décentralisé, continue le patron, et c’est moi qui prends les commandes.
— Chouette, murmure un client. On va pouvoir avoir l’impression de faire un truc nouveau sans rien changer.
— En plus, on peut lui faire confiance, réplique un autre. C’est le patron de l’ancien bar. Il l’a revendu à un nazi et a pris une partie de l’argent pour ouvrir celui-ci.
— Alors, c’est clairement un gage de confiance !
Fondu
Une vielle grange avec de la paille par terre. Il y a des poules, on entend un mouton bêler.
Un type dans une chemise à carreaux élimée appuie sur un vieux thermo pour en tirer de la bouillasse qu’il tend à ses clients.
— C’est du bio issu du commerce équitable, dit-il. Du Honduras. Ou du Nicaragua ? Faut que je vérifie…
— Merci, répond une grande femme aux cheveux mauves d’un côté du crâne, rasés de l’autre côté.
Elle a un énorme piercing dans le nez, une jupe en voilettes, des bas résille troués et des chaussettes aux couleurs du drapeau trans qui lui remontent jusqu’aux genoux. Elle va s’asseoir devant une vieille table en tréteaux sur laquelle un type barbu en t-shirt « FOSDEM 2004 » tape fiévreusement sur le clavier d’un ordinateur Atari qui prend la moitié de la table. Des câbles sortent de partout.
Arrive une vieille dame aux yeux pétillants. Elle s’appuie sur une canne d’une main, tire un cabas à roulettes de l’autre.
— Bonjour tout le monde ! Vous allez bien aujourd’hui ?
Tout le monde répond des trucs différents en même temps, une poule s’affole et s’envole sur la table en caquetant. La vieille dame ouvre son cabas, faisant tomber une pile de livres de la Pléiade, un Guillaume Musso et une botte de poireaux.
— Regardez ce que je nous ai fait ! Une enseigne pour mettre devant le portail.
Elle déplie un ouvrage au crochet de plusieurs mètres de long. Inscrit en lettres de laine aux coloris plus que douteux, on peut vaguement déchiffrer « Mastodon ». Si on penche la tête et qu’on cligne des yeux.
— Bravo ! C’est magnifique ! entonne une cliente.
— Il fallait dire « Fediverse » dit un autre.
— Est-ce que ça ne rend pas l’endroit un peu trop commercial ? Faudrait pas qu’on devienne comme le bar à néon d’en face.
— Ouais, c’est sûr, c’est le risque. Faudrait que les clients d’en face viennent ici, mais sans que ce soit commercial.
— C’est de la laine bio, continue la vieille dame.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Certains d’entre vous me lisent en étant abonnés via RSS ou via la newsletter. D’autres tombent par hasard sur certains de mes billets lorsque ceux-ci sont partagés sur des forums ou des réseaux sociaux. Peut-être que ce billet est le premier que vous découvrez de ce blog ! Si c’est le cas, bienvenue !
Mais il existe une troisième catégorie de lecteurs et lectrices : celles et ceux qui, tout simplement, se décident à aller de temps en temps sur ce site pour voir si j’ai publié des articles et si les titres les intéressent.
Étant moi-même accro au RSS, fréquentant des blogueurs qui parlent de leur nombre d’abonnés, de leurs mailings-listes, j’oublie trop souvent que cette simple solution est possible. C’est un lecteur qui me l’a expliqué lors d’une séance de dédicaces :
— Je suis ton blog depuis des années, j’ai presque tout lu depuis au moins 10 ans !
— Ah, génial. Tu es abonné au RSS ?
— Non.
— À la mailing-liste ?
— Non.
— Tu me suis sur Mastodon ?
— Non, je n’utilise pas les réseaux sociaux.
— Comment tu fais alors pour me suivre ?
— Ben, de temps en temps, je me demande si t’as écrit un article et je tape « www.ploum.net » dans la barre de mon navigateur et je rattrape mon retard.
— …
Enfoncé le ploum ! Lorsqu’on est le nez dans le guidon comme moi, on oublie parfois la simplicité, la liberté du web. Influencé malgré moi par une faune linkedinesque de junkies des statistiques, j’oublie trop souvent qu’un billet de blog s’adresse aussi (et même avant tout) à des personnes qui ne me connaissent pas, qui n’ont pas lu tous mes billets depuis 6 mois, qui ne savent pas ce qu’est le protocole Gemini.
Le papillonnage, la sérendipité sont l’essence de l’être humain. Et, cerise sur le gâteau, il est impossible de comptabiliser, de quantifier ce genre de lecteurs. Un usage autrefois normal, mais aujourd’hui incroyablement rebelle et anticapitaliste du web. Un usage technopunk !
La fin des crêtes
Non, je n’ai jamais porté de crête colorée ni de veste à clous. Mais je roule à vélo ! D’ailleurs, mon dernier roman s’intitule « Bikepunk ».
Dans son livre « L’odyssée du pingouin cannibale », le dandy punk Yann Kerninon fait une analyse intéressante du mouvement punk. Si celui-ci était indéniablement provocant et choquant dans les années 70, il est devenu ensuite la norme. Hurler, baiser et se bourrer la gueule ne sont que des choses normales, divertissantes. Kurt Cobain, héritier du mouvement punk, s’est suicidé lorsqu’il a compris que sa rébellion, son dégoût du système n’était qu’un énième spectacle consolidant le système en question.
La crête colorée n’est plus choquante, au contraire, elle rapportera des likes sur Instagram ! Ce qui devient punk, ce qui choque, c’est d’envoyer chier toutes les métriques, de refuser les diktats (des réseaux) sociaux, d’utiliser un dumbphone, de ne pas être sur Whatsapp, de ne pas être au courant des résultats des matchs de foot ni même du nom de l’émission de télé à la mode.
Essayez et vous verrez que votre entourage vous regardera avec un air d’incompréhension totale. De choc !
Alors que si vous hurlez « No Future » sur une place, je suis sûr que les passants vous filmeront pour récolter des likes.
Le rejet de la mode
La philosophie punk, à la base, c’est le refus total de la mode, de la tendance. Être technopunk, c’est donc se passionner pour les technologies vieilles, ennuyantes, sans budget marketing.
Terence Eden parle de ces technologies ouvertes qui existent en arrière-plan, n’attendant que l’occasion propice pour révéler leur utilité. La radio amateur. Les QR codes, qui ont soudain été popularisés durant la pandémie, parce que soudainement nécessaire.
Il en est de même selon lui pour le Fediverse : personne ne le remarque encore. Mais il est là et le restera jusqu’au moment où on aura besoin de lui. Le rachat de Twitter aurait pu être ce moment. Cela n’a pas été le cas. C’est pas grave, ce sera pour la prochaine fois.
Car les gens sont des moutons crétins. Celleux partis de Twitter sont allés sur Bluesky juste parce que le marketing prétendait que c’était « décentralisés ». Et puis c’était nouveau tout en étant exactement pareil.
J’avais, à l’époque alerté sur le fait que Bluesky était aussi décentralisé que la cryptomonnaie Ripple : c’est-à-dire pas du tout.
À ce tarif, Facebook est également décentralisé : ben oui, leur infrastructure repose sur des serveurs redondants décentralisés. Vous croyez que j’exagère ?
Patatas vient de découvrir que l’équipe Bluesky travaille en secret sur des algorithmes pour cacher certaines réponses qui ne plaisent pas.
Et comme le dit Patatas, il y a bien des tentatives de créer des solutions indépendantes pour se connecter au réseau BS, mais, premièrement, c’est très compliqué et, deuxièmement, presque personne ne les utilisera et donc c’est comme si elles n’existaient pas.
Je le dis depuis 2023 : Bluesky n’est pas décentralisé et ne peut, par sa conception même, pas l’être. Le protocole AT n’est qu’un écran de fumée pour faire croire aux programmeurs qui ne creusent pas trop que la décentralisation future est crédible. C’est un outil marketing.
Ces technologies qui attendent leur moment
C’est pareil pour le protocole XMPP, qui permet de chatter de manière décentralisée depuis 20 ans. Les gens préfèrent Whatsapp ? Pas grave, XMPP attendra d’être vraiment indispensable. Ou cette mode absurde de passer les salons de discussions sur des technologies propriétaires, y compris pour les communautés Open Source. Slack, Telegram maintenant Discord. La plus-value par rapport à un serveur IRC est à peu près nulle. C’est juste du marketing ! (oui, mais les émojis sont plus jolis… ta gueule !)
C’est aussi pour cela que j’aime tellement le réseau Gemini. C’est littéralement technopunk !
Quoi ? C’est compliqué ? Faut faire un effort ? C’est pas joli ? C’est élitiste ? Et tu crois qu’entretenir une crête colorée sur le sommet de son crâne, c’est à la portée de tout le monde ? Bien sûr qu’être technopunk ça demande un effort. Tu voudrais que tout soit facile, sans apprendre et joli justement dans l’esthétique à la mode que t’impose un marketeux défoncé ? Mais retourne dans les jupes de Zuckerberg !
Devoir apprendre et pouvoir apprendre sont des éléments indissociables de la low-tech !
La ligne de commande, ça aussi c’est punk. C’est pas joli, mais c’est hyper efficace : toute personne qui te voit utiliser ton ordinateur part en hurlant. Tes proches font venir un exorciste.
C’est pas pour rien que j’ai créé un navigateur web et gemini qui fonctionne en ligne de commande. Il s’appelle… Offpunk !
Oui, je lis les blogs et le web en ligne de commande. Rien à battre de vos polices de caractères choisies avec amour, de vos mises en pages CSS, de vos javascript pourris. On n’a de toute façon pas les mêmes goûts !
Punk et politique
La philosophie punk, opposition frontale au Thatcherisme, est indissociable de la politique. Et la technologie est complètement politique. Les GAFAM sont désormais complètement fascistes, comme le résume très bien mart-e.
Tu te disais ptêtre parfois que si t’avais vécu sous Pétain en 43, t’aurais été résistant. Ben si tu utilises les GAFAMs parce que plus facile/plus joli/tout le monde le fait/pas le choix, j’ai le regret de t’informer que non. T’es pas du tout résistant. En fait, tu es en train de mettre une affiche « travail - famille - patrie » sur la porte de ta maison. Exactement pour les mêmes raisons que ceux qui l’ont fait à l’époque.
Cyberpunk
C’est pas pour rien que le genre dystopique qui a accompagné l’essor d’Internet s’appelle… Cyberpunk. « Cyberpunk » est également le nom d’un récent essai d’Asma Mhalla qui décrit parfaitement la situation : nous vivons dans une dystopie fasciste avec une idéologie très assumée et si tu n’en ressens pas les effets, c’est juste que t’es pas encore dans les populations visées, que tu te plies bien à tout, que t’as ton petit compte Gmail, Whatsapp, Facebbok et Microsoft pour bien faire comme tout le monde en espérant que ta blancheur de peau, ton hétérosexualité cisgenre et ton compte en banque te permettent de passer entre les gouttes.
T’as essayé de n’avoir aucun de ces comptes ? De ne pas avoir un smartphone Apple ou Android ? Et bien tu verras comme de simples choses comme payer un ticket de bus ou ouvrir un compte en banque sont compliquèes, comme tu deviens un paria pour ne pas simplement obéir aux règles édictées par une poignée de multinationales fascistes !
À propos de cyberpunk, la version audio de mon roman Printeurs est désormais gratuite sur Les Mille Mondes :
Syfy le décrit comme « encore plus sombre et anticapitaliste » que le Neuromancien de Gibson. Et il est sous licence libre, disponible sur toutes les bonnes plateformes pirates. Parce que Fuck Ze System !
Bon, après, si t’es un bourgeois qui peut se permettre de lâcher une tite pièce, n’hésite pas à le commander chez ton libraire ou sur le site PVH.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Je sais que vous allez être fortement sollicités pour les dons durant la période qui vient. Mais je sais que vous allez certainement devoir trouver des cadeaux en urgence. Je vous propose un échange : vous soutenez Ploum et, en échange, je vous aide à trouver les cadeaux que vous allez offrir durant les fêtes !
Car je n’ai pas besoin de dons ni de soutien financier. Non, j’ai besoin que vous achetiez mon livre Bikepunk avant la fin de l’année.
Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est l’engouement des lecteurs et des lectrices. J’ai reçu des dizaines de messages parfois accompagnés de photos de voyage à vélo inspirés par la lecture du livre. J’ai reçu des témoignages de personnes ayant acheté un vélo suite à leur lecture. Le livre a donc un effet dont je n’osais rêver : il encourage la pratique du vélo. Cela me donne envie qu’il ait une diffusion encore plus large.
Dans le monde de l’édition francophone, un livre a une première vie comme « grand format ». Il coûte aux alentours de 20€. S’il se vend bien, il sera édité un an ou deux plus tard au format poche, sur du papier de moins bonne qualité, avec moins de fioritures dans la mise en page et pour un prix généralement en dessous de 10€.
Ce format poche permet au livre de devenir accessible à un lectorat beaucoup plus large, à plus de librairies, de bibliothèque. Bref, je rêve que Bikepunk soit édité au format poche.
La bonne nouvelle, c’est que les discussions en ce sens sont en cours. Mais le critère majeur qui influence l’éditeur poche est le nombre de ventes durant sa première année. Et c’est là que vous pouvez vraiment m’aider et me soutenir : en achetant un exemplaire de Bikepunk « grand format » pour vous ou pour offrir avant la fin de l’année. Chaque exemplaire vendu accroît la probabilité de voir le livre sortir au format poche.
Alors oui, le grand format est plus cher. Mais dans le cas de Bikepunk, je vous garantis que la couverture de Bruno Leyval et la mise en page en font un magnifique objet à offrir. À quelqu’un d’autre ou à vous-même.
Commandez à l’avance !
En achetant Bikepunk, vous faites la promotion du vélo, vous avez un cadeau de moins à trouver, vous me soutenez, mais vous soutenez également les éditions PVH, qui éditent de la littérature sous licence libre ! Et je peux vous assurer que ce n’est pas évident tous les jours. Chaque livre vendu fait réellement la différence pour un petit éditeur qui doit gérer les « retours » (à savoir être forcé de racheter les invendus des librairies quand ces dernières veulent faire de la place dans leur stock, le monde du livre est une jungle !)
L’année passée, je vous avais proposé une petite sélection de livres à offrir.
Cette sélection est toujours valable, mais notez les dernières sorties PVH dont le roman Rush de Thierry Crouzet, le très mystérieux roman de fantasy écrit à 10 mains : Le bastion des dégradés et, traduit pour la première fois en français, le classique de la SF italienne Bloodbusters, par le génial Francesco Verso. Je n’ai encore lu aucun des trois, mais, connaissant personnellement tous les auteurs et ayant entendu certains bruits de couloir, je suis très impatient.
Un gros truc qui aide vraiment PVH, c’est de commander le plus tôt possible. Que ce soit en librairie ou via le site, il y a souvent des retards de distribution indépendants de PVH. Surtout en période de fête. Du coup, le mieux est de commander maintenant sur le site ou d’envoyer un email à votre libraire pour commander le plus vite possible (ce qui vous évite les frais de port).
Je sais que je me répète…
Pour certains d’entre vous, ça sent la répétition, limite la vente forcée insistante. Je m’en excuse. Mais ce qui semble évident pour quelqu’un qui lit chacun de mes billets ne l’est pas spécialement pour tout le monde. Comme le prouve cette anecdote vécue lors d’un festival récent.
Une personne passe devant moi puis s’arrête devant le carton portant le nom « Ploum ».
— Tu es Ploum ?
— Oui
(la personne sort son téléphone, lance un navigateur et se rend sur mon blog)
— Je veux dire, tu es le ploum qui écrit ce blog ?
— Oui, c’est moi.
— Génial ! Ça fait 20 ans que je lis régulièrement tes articles. Un peu moins maintenant à cause des enfants, mais j’aime beaucoup. Tu fais quoi à un stand de dédicaces ?
— Je dédicace mes romans.
— Ah bon, tu as écrit des romans ! C’est nouveau ?
— À peu près 5 ans.
La moralité de cette histoire, c’est que beaucoup de lecteurs de ce blog ne savent pas ou n’ont pas prêté beaucoup attention au fait que j’écris des romans. Et c’est tout à fait normal, voire souhaitable, de ne pas être au courant de tous mes billets !
Alors, une fois n’est pas coutume, j’aimerais insister là-dessus parce que j’ai besoin de vous. À la fois pour acheter le livre et en faire la promotion autour de vous voire chez votre libraire, en postant une critique sur votre blog ou sur Babelio.
Lorsqu’on n’a ni l’envie ni les moyens de s’offrir des affiches dans le métro parisien, lorsqu’on refuse de financer Bolloré pour apparaître dans le top 10 des points Relay, lorsqu’on n’imprime pas 100.000 exemplaires (dont la moitié seront détruits après un an) pour inonder les présentoirs des librairies, vendre un livre est une véritable gageure !
Mais heureusement, je peux compter sur vous. Alors, un énorme merci pour votre soutien !
Paradoxalement, je sais que c’est souvent celles et ceux qui ont les fins de mois les plus difficiles qui sont les plus enclins à contribuer aux campagnes de dons des associations, à aider les autres. Je sais également que mettre 20€ dans un livre n’est pas toujours facile. En fait, je me sens incroyablement mal face à des personnes qui hésitent à acheter le livre pour des raisons de budget. J’essaye alors le plus souvent de les convaincre de ne pas l’acheter et de télécharger à la place la version epub pirate (et entièrement légale) ou de l’emprunter. Bref, je suis très mauvais vendeur et c’est une des raisons pour lesquelles je tiens tant à ce que Bikepunk soit édité au format poche : pour qu’il soit moins cher !
J’insiste donc sur un point : cette demande de soutien ne s’adresse qu’à celles et ceux qui peuvent confortablement dépenser 20€ dans un livre ou un cadeau.
Pour les autres, j’ai décidé de « suspendre » 10 exemplaires du livre. Pour bénéficier d’un exemplaire suspendu, il suffit de m’écrire à l’adresse suspendu(at)bikepunk.fr. Pas besoin de vous justifier. Je vous fais confiance et je vous garantis que votre demande restera confidentielle. Malheureusement, je ne peux pas offrir les frais de port, ceux-ci resteront donc à votre charge.
Merci encore et toutes mes excuses pour cet encart publicitaire dans votre flux et bonnes lectures !
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
La guerre que mènent les robots ascientifiques contre la solitude intellectuelle
On entend souvent que l’IA a des avantages et des inconvénients, mais que c’est un changement de paradigme, qu’il faut l’accepter. Qu’on ne peut pas « refuser en bloc ». Pourtant, le refus en bloc a bien eu lieu avec, par exemple, les NFTs. Et c’était, à mon avis, à raison parce que les NFT n’apportaient rien.
Je prétends que la frénésie d’IA n’est pas du tout un changement de paradigme. C’est même le contraire.
Oui, je le prétends haut et fort, ce qu’on nous vend avec l’IA n’est guère plus utile que les NFT. Tous les « nouveaux usages » sont, dans l’immense majorité, parfaitement stupides, voire hyper dangereux. Et les cas qui seraient potentiellement utiles ne sont tout simplement pas rentables. Si l’internet mobile a été un réel changement de paradigme, les IA ne le sont pas.
Ce que nous voulons entendre
Ce qu’on nous vend comme de l’IA n’est, en réalité, rien de plus qu’un robot conversationnel programmé pour nous faire plaisir. Pour dire ce qu’on veut entendre. Comme le dit Tattierantula dans un fil Mastodon : « Au plus on a étudié le domaine, au plus on est susceptible de tomber dans le piège du robot conversationnel. Tout comme un roboticien se sent désolé pour un aspi-robot coincé dans un coin. »
Non, le robot conversationnel n’est pas un truc qui va « changer nos paradigmes ». Oui, un truc peut être à la mode et être complètement con. Non, on ne doit pas être nécessairement « subtil », « mesuré » ou « ouvert à la nouveauté ». Virgile Andreani l’a superbement illustré avec ce pouet sur Mastodon :
Qu'on le veuille ou non, l'astrologie est là pour rester. Certains de nos étudiant·es l'utilisent déjà : ça n'aurait donc pas de sens de lutter contre. Comment en faire un usage responsable et éthique ? Découvrez dès maintenant notre formation aux enjeux de l'astrologie dans un monde qui change, dispensée par des experts indépendants reconnus mondialement : le chef de Astrology Inc, celui de OpenAstrology, et Jean-Michel. Cette formation de trois heures délivrera le diplôme reconnu de Maître Astrologue Ingénieur en Osselets, et offrira aussi un accès exclusif à l'ensemble de vos étudiant·es, employé·es, chômeur·euses, retraité·es, familles, aux Astrology Factories construites sur l'ensemble du territoire avec vos impôts. Tou·tes ensemble vers un futur sous le signe de l'astrologie qui nous permettra sûrement un jour de répondre aux grandes questions de l'humanité comme comprendre comment être plus rationnels ! 🛸✨🔮
J’insiste sur ce point important : les robots conversationnels sont littéralement programmés pour répondre ce que nous voulons lire. Il n’y a aucune notion de « vérité » ou de « réel » dans l’entraînement des IA. Ce sont donc, par essence, des outils ascientifiques. La comparaison avec l’astrologie est parfaitement apte. Et on peut trouver une utilité aux robots conversationnels de la même manière qu’on peut trouver une utilité à jouer au tarot pour lancer une conversation ou imaginer la suite d’une histoire sur laquelle nous bloquons. Ou jouer à pile ou face une décision qui nous fait hésiter.
Même les opposants aux LLMs concèdent que « cela peut avait une grande utilité, par exemple en médecine ». C’est entièrement faux. Les premiers résultats sont catastrophiques : une perte rapide d’expérience chez les spécialistes utilisant l’IA, une incapacité pour les jeunes générations de se former. Un outil qui n’a aucun fondement épistémologique de vérité ne peut, par définition, pas être utile pour un scientifique.
Et répondre avec une anecdote où « ça a fonctionné » est justement le contraire de la méthode scientifique.
La disparition du sentiment de solitude
La seule réelle utilité de cette IA serait donc d’offrir une oreille attentive à celleux qui se sentent seul·e·s. Sur ce sujet, un très long article d’Huber Guillaud sur les IAs utilisées comme compagnon de discussion.
Une idée m’a frappée dans ce texte : le fait que les chatbots font disparaître le sentiment de solitude tout comme les mobiles et leurs notifications ont fait disparaître le sentiment d’ennui, ennui pourtant fondamental pour reposer le cerveau.
Mais ce sont les sentiments qui ont disparu ! Exactement comme la coca coupe le sentiment de faim sans pour autant apporter la moindre valeur nutritive. Pour cette raison, elle est massivement utilisée par les pauvres.
Et c’est exactement la même chose pour les usages professionnels, voire scientifiques, de l’IA. Ce papier de Duc Cuong Nguyen et Catherine Whelch insiste sur ce point. Les LLMs sont des outils conversationnels tellement convaincants que même les scientifiques ont l’impression de parler avec d’autres scientifiques compétents. Ils se font alors complètement induire en erreur, car ils ont l’impression d’avoir enfin une oreille attentive qui les comprend.
Pour caricaturer, la hype autour du « prompt engineering » a convaincu une génération de managers et de politiciens qu’il suffit de dire « Tu es un chercheur de génie qui vient de recevoir le prix Nobel de médecine pour avoir guéri le cancer. Explique-moi en cinq phrases ta découverte » pour que ChatGPT nous donne réellement le remède contre le cancer. Et les scientifiques, dont les financements dépendent des politiciens et des managers du privé, sont forcés d’aller dans ce sens, parfois sans s’en rendre compte. Voire, pire, en commençant à réellement apprécier les interactions avec les LLMs, ce que Hamilton Mann compare au syndrome de Stockholm.
La réflexion intellectuelle nécessaire à toute quête scientifique nécessite de longs temps de solitude. Ce que Cal Newport appelle « Deep Work ». Il est nécessaire de s’abstraire des conventions sociales, du charisme humain capable de faire passer des vessies pour des lanternes et de se retrouver seul. Seul face aux données reflétant la réalité, seul face aux longs enchainements logiques.
Les robots générationnels ne sont donc pas un changement de paradigme. Comme les notifications et l’obligation de connexion permanente, ils ne sont qu’un outil de plus pour tenter d’envahir nos réflexions et notre solitude. Ils ne sont qu’une arme de plus dans la guerre que le consumérisme mène contre l’intellectualisme.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Comme le souligne Ed Zitron, toute la bulle actuelle est basée sur 7 ou 8 entreprises qui s’échangent des promesses de s’échanger des milliards d’euros lorsque tous les habitants de la planète dépenseront en moyenne 100€ par mois pour utiliser ChatGPT. Ce qui, pour éviter une cascade de faillites, doit arriver dans les 4 ans au plus tard.
Parce qu’à part deux ou trois managers lobotomisés par les écoles de commerce et tout fiers de poster sur LinkedIn des textes générés qu’ils n’ont même pas lus, ChatGPT est loin d’être la révolution promise. C’est juste ce qu’on veut nous faire croire. Cela fait partie du marketing !
Tout comme on veut nous faire croire qu’avoir une app pour tout nous simplifie la vie alors que si on réfléchit rationnellement, le coût cognitif de l’app est souvent supérieur à l’alternative, mais encore faut-il qu’alternative il y ait.
Et ce n’est pas un hasard si je parle d’apps pour illustrer la bulle IA.
La saturation du smartphone
Parce que les apps ont été promues à grand renfort de marketing pour promouvoir indirectement la vente de smartphone. Qu’une gigantesque industrie s’est formée sur le fait que le marché des smartphones était en pleine croissance. Et si la bulle n’a pas explosé, un autre phénomène est arrivé très récemment : la saturation.
Tout le monde a un smartphone. Celleux qui n’en ont pas n’en veulent pas en conscience. Celleux qui en ont vont le remplacer de moins en moins souvent, car les nouveaux modèles n’apportent plus rien et, au contraire, retirent des fonctions (combien s’accrochent à un vieux modèle pour garder un jack audio ?). L’industrie a fini sa croissance et va se stabiliser dans un renouvellement de l’existant.
Si j’étais méchant, je dirais que le marché du dumbphone a un plus fort potentiel de croissance que celui du smartphone.
Toutes les petites sociétés et les services qui se sont fait convaincre de « développer une app » ne l’ont fait que pour promouvoir la vente de smartphone et, désormais, cela ne sert plus à rien. Elles se retrouvent à devoir gérer trois clientèles différentes : Android, iPhone et celleux sans aucun des deux. Bref, vous pouvez arrêter de « promouvoir vos apps », cela ne vous rapportera rien d’autre que du travail et des coûts supplémentaires. Que cela vous serve de leçon à l’heure où vous « investissez dans l’IA ».
Spoiler : personne n’a compris la leçon.
Croissance, Ô Croissance !
Mais le capitalisme a besoin de croissance ou, au moins, la croyance d’une croissance future.
C’est exactement ce que promet l’IA et la raison pour laquelle nous sommes gavés de marketing pour l’IA partout, que les nouveaux téléphones ont des « puces IA » et que toutes les apps se mettent à jour pour nous forcer à utiliser l’IA.
Par rapport à l’explosion du mobile, j’observe néanmoins une différence flagrante, fondamentale.
Beaucoup de gens « normaux » n’aiment pas. Les mêmes qui étaient fascinés par les premiers smartphones, qui étaient fascinés par les réponses de ChatGPT sont furieux d’avoir une IA dans Whatsapp ou dans leur brosse à dents. Celleux qui croient le plus en l’IA ne sont pas celleux qui l’utilisent le plus (ce qui était le cas du smartphone), mais celleux qui pensent que d’autres vont l’utiliser !
Mais ces autres ne l’utilisent finalement que très peu. Et ce n’est pas une réflexion éthique ou écologique ou politique.
C’est juste que ça les emmerde. Que même avec du matraquage marketing incessant, ils ont l’impression que ça complique leur vie plutôt que la simplifier. J’observe de plus en plus de gens refuser de faire des mises à jour, tenter de faire durer le plus longtemps possible un appareil pour éviter d’avoir à racheter le nouveau avec des écrans tactiles à la place des boutons. Ce que j’expliquais déjà en 2023.
Nous avons atteint un point de saturation technologique.
Lorsque vous refusez l’IA ou que vous demandez un bouton physique pour régler le volume de la radio dans votre nouvelle voiture, les vendeurs et le marketing se contentent de vous classer dans la catégorie des « ignares qui ne comprennent rien à la technologie » (dans laquelle ils me classent dès que j’ouvre la bouche, et ça m’amuse beaucoup d’être pris pour un ignare technologique).
Mais, à un moment, ces ignares vont devenir une masse importante. Ces non-consommateurs vont commencer à peser, économiquement, politiquement.
L’espoir des ignares technologiques
L’économie de la merdification (ou « crapitalism » comme l’appelle Charlie Stross) est, sans le vouloir, en train de promouvoir la décroissance et le low-tech !
Chaque système contient en lui les germes de la révolution qui le renversera.
Du moins, je l’espère…
La bulle du web 2.0 a éclaté en laissant en place une énorme infrastructure sur laquelle ont pu prospérer quelques survivants (Amazon, Google) et quelques nouveaux venus (Facebook, Netflix) qui se sont littéralement approprié les restes.
Parfois, une bulle ne laisse rien derrière elle, comme celle des subprimes en 2008.
Qu’en sera-t-il de la bulle IA dans laquelle nous sommes ? Les datacenters construits seront rapidement obsolètes. La destruction sera énorme.
Mais ces data centers nécessitent de l’électricité. Beaucoup d’électricité. Et pour une grande partie, une électricité renouvelable, car c’est la moins chère à l’heure actuelle.
Mon pari est donc que l’éclatement de la bulle IA va créer une offre d’électricité sans précédent. Celle-ci va devenir presque gratuite et, dans certains cas, elle aura même un prix négatif (parce qu’une fois les batteries pleines, il faut bien évacuer la production excédentaire).
Et si l’électricité est gratuite, il devient de plus en plus difficile de justifier de brûler du pétrole. La fin de la bulle IA pourrait également sonner la fin d’une bulle pétrolière qui dure depuis 70 ans.
Ça paraît un peu utopiste et, au moment de l’éclatement, ça ne va pas être joli à voir. Ça peut commencer demain comme dans 10 ans. La transition risque de durer plus qu’une poignée d’années. Mais, clairement, c’est un changement civilisationnel qui s’amorce…
On n’y arrivera pas sans douleur. La récession économique va alimenter tous les délires fascistes disposant d’une infrastructure d’espionnage dont l’officier de la Stasi le plus fou n’aurait jamais pu rêver. Mais ptêtre qu’au bout du tunnel, on se dirigera vers ce que Tristan Nitot a décrit dans sa novelette « Vélorutopia ». Il prétend s’inspirer, entre autres, de Bikepunk. Mais je crois qu’il dit ça pour me flatter.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Je ne peux résister à vous partager cet extrait issu de « L’odyssée du pingouin cannibale », de l’inénarrable Yann Kerninon, philosophe et punk rocker anarchocycliste :
Quand on m’envie d’écrire des livres et d’être un philosophe, j’ai toujours envie de répondre « allez vous faire foutre ». Dans une interview télévisée, le philosophe Kostas Axelos affirmait que ce n’était jamais le penseur qui faisait la pensée, mais bien toujours la pensée qui faisait le penseur. Il ajoutait qu’il aurait bien aimé qu’il en soit autrement. Au journaliste étonné qui lui demandait pourquoi, il répondit avec un léger sourire : « Parce que c’est la source d’une grande souffrance. »
Cette idée que la pensée fait le penseur est poussée encore plus loin par Marcello Vitali-Rosati dans son excellent « Éloge du bug ». Dans cet ouvrage, que je recommande chaudement, Marcello critique la dualité platonicienne qui imprègne la pensée occidentale depuis 2000 ans. Il y aurait les penseurs et les petites mains, les dirigeants et les obéissants, le virtuel et le réel. Ce dénigrement de la matérialité aurait été poussé à son paroxysme par les GAFAM qui tentent de cacher toute l’infrastructure sur laquelle elles s’appuient. Nous avons nos données dans « le cloud », nous cliquons pour passer une commande et, magiquement, le paquet arrive à notre porte le lendemain.
Lorsqu’un étudiant me dit que son téléphone se connecte à un satellite, lorsqu’un politicien s’étonne que les câbles sous-marins existent encore, lorsqu’un usager associe « wifi » et internet, ce n’est pas de la simple ignorance comme je l’ai toujours cru. C’est en réalité le résultat de décennies de lavage de cerveau et de marketing pour tenter de nous faire oublier la matérialité, pour tenter de nous convaincre que nous sommes tous des « décideurs » à qui obéit un génie magique.
Marcello fait le parallèle avec le génie d’Aladdin. Car, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, Aladdin est inculte. Il veut « des beaux vêtements » mais n’a aucune idée de ce qui fait que des vêtements sont beaux ou non. Il ne pose aucun choix. Il est sous la coupe totale du génie qui prend l’entièreté des décisions. Il croit être le maître, il est le jouet du génie.
Je me permets même de pousser l’analogie en faisant appel aux habits neufs de l’empereur : lorsqu’Aladdin sera complètement dépendant du génie, celui-ci lui fournira des habits « invisibles » en le convainquant que ce sont les plus beaux. Ce processus est désormais connu sous le nom de « merdification ».
Le néoplatonicisme de Plotin voulait que l’écrit ne soit qu’une tâche vulgaire, subalterne de la pensée.
Avec ChatGPT et consorts, la Silicon Valley a inventé le néo-néoplatonicisme. La pensée elle-même devient vulgaire, subalterne à l’idée. Le grand entrepreneur a l’ébauche d’une idée, plutôt un désir intuitif. Charge aux sous-fifres de le réaliser ou, pour le moins, de créer une campagne marketing pour modifier la réalité, pour convaincre que ce désir est réel, génial, souhaitable et réaliste. Que son auteur mérite les lauriers. C’est ce que j’ai appelé « la mystification de la Grande Idée ».
Mais ce n’est pas le penseur qui fait la pensée. C’est la pensée qui fait le penseur.
Ce n’est pas la pensée qui fait l’écrit, c’est l’écrit qui fait la pensée.
L’acte d’écriture est physique, matériel. L’utilisation d’un outil ou d’un autre va grandement affecter l’écrit et, par conséquent, la pensée et donc le penseur lui-même. Sur ce sujet, je ne peux que vous recommander chaudement « La mécanique du texte » de Thierry Crouzet. L’absence de cette référence m’a d’ailleurs sauté aux yeux dans « Éloge du bug », car les deux livres sont très complémentaires.
Si toute cette réflexion semble pour le moins abstraite, j’en ai fait l’expérience de première main. En écrivant à la machine à écrire, bien entendu, comme c’est le cas pour mon roman Bikepunk.
Mais ce n’est pas un long processus réflexif qui m’a amené à cela. C’est le fait d’être saoulé par la complexité de Wordpress, de me rendre compte que j’avais perdu le plaisir d’écrire et que je le retrouvais sur le réseau Gemini. J’ai mis en place des choses sans en comprendre les tenants et les aboutissants. J’ai expérimenté. J’ai été confronté à des centaines de microdécisions que je ne soupçonnais pas. J’ai appris énormément sur le HTML en développant Offpunk et je l’ai appliqué sur ce blog. Pour être honnête, je me suis rendu compte que j’avais oublié qu’il était possible de faire une simple page HTML sans JavaScript, sans un thème CSS fait par un professionnel. Et pourtant, une fois en ligne, je n’ai reçu que des éloges sur un site pourtant minimal.
Mon processus de blogging s’est complètement modifié. Je me suis remis à Vim après m’être remis pleinement à Debian. Mes écrits s’en sont ressentis. J’ai été invité à parler de minimalisme numérique, de low-tech.
Mais je n’ai pas rejoint Gemini parce que je me sentais un minimaliste numérique dans l’âme. Je n’ai pas quitté Wordpress par amour de la low-tech. Je n’ai pas créé Offpunk parce que je suis un guru de la ligne de commande.
C’est exactement le contraire ! Gemini m’a illuminé sur une manière de voir et de vivre un minimalisme numérique. Programmer ce blog m’a fait comprendre l’intérêt de la low-tech. Créer Offpunk et l’utiliser ont fait de moi un adepte de la ligne de commande.
La pensée fait le penseur ! L’outil fait le créateur ! Le logiciel libre fait le hacker ! La plateforme fait l’idéologie ! Le vélo fait la condition physique !
Peut-être que nous devrions arrêter de nous poser la question « Qu’est-ce que cet outil peut faire pour moi ? » et la remplacer par « Qu’est-ce que cet outil va faire de moi ? ».
Car si la pensée fait le penseur, le réseau social propriétaire fait le fasciste, le robot conversationnel fait l’abruti naïf, le slide PowerPoint fait le décideur crétin.
Qu’est-ce que cet outil va faire de moi ?
En énonçant cette question à haute voix, je soupçonne que nous verrons d’un autre œil l’utilisation de certains outils, surtout ceux qui sont « plus faciles » ou « que tout le monde utilise ».
Qu’est-ce que cet outil va faire de moi ?
En regardant autour de nous, il y a finalement peu d’outils dont la réponse à cette question est rassurante.
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Où je parle de hockey sous-marin, d’avions militaires et du pourrissement des oranges punks.
L’arbitraire de l’arbitrage
C’est un fait historique peu connu, mais j’ai, brièvement, été arbitre sportif. J’ai en effet arbitré des matchs de première division belge de hockey subaquatique (si, c’est un sport qui existe). Bon, en réalité, j’ai été arbitre parce que chaque équipe de division 2 devait envoyer des joueurs arbitrer des matchs de division 1. Mais, au final, je l’ai quand même fait.
Je me souviens d’un match particulièrement important entre les deux meilleures équipes de Belgique qui s’affrontaient pour le titre de champion de Belgique.
En hockey subaquatique, il y a normalement deux arbitres dans l’eau. Mais, lors de ce match, le second arbitre s’avéra dépassé et, à chaque action, me faisait le geste signifiant "je n’ai pas vu l’action" (étant équipés de masque et de tubas, les arbitres communiquent par gestes codifiés).
Je me suis donc retrouvé à arbitrer presque seul ce qui était probablement le match le plus important du championnat. Malgré mon manque d’expérience, j’ai très vite compris que la seule manière de garder le contrôle d’un match très engagé était de prendre des décisions fermes avec assurance. Le palet était sorti après une mêlée confuse ? Pas le temps d’analyser au millimètre qui était le dernier joueur à l’avoir touché : je devais simplement prendre une décision. Quoi que je décide, l’autre équipe allait réclamer. C’est d’ailleurs arrivé très vite. En hockey subaquatique, seul le capitaine peut, en théorie, s’adresser à l’arbitre. Un joueur est venu, en se plaignant. J’ai fait le geste de demander s’il était capitaine et, comme ce n’était pas le cas, je l’ai exclu pour 3 minutes. Il s’est mis à hurler, J’ai rajouté 2 minutes d’exclusion. C’était particulièrement sévère. Mais, à partir de ce moment, plus aucune de mes décisions n’a été contestée.
J’ai essayé de les rendre les plus justes possible et le match s’est très bien déroulé.
J’ai appris une chose importante : l’arbitrage n’est pas une discipline scientifique. Est-il physiquement possible de déterminer exactement quelle a été la dernière crosse à toucher le palet avant qu’il sorte ? À partir de quand exactement un shoot est-il considéré comme dangereux ? Même la frontière entre un goal et un sauvetage de justesse sur la ligne possède un certain degré d’arbitraire.
Pour prendre une décision juste, l’arbitre peut utiliser son intuition humaine. Si un défenseur a foncé vers un attaquant et que le palet est sorti, on peut, dans le doute, estimer que la sortie est la faute du défenseur. L’arbitre peut également « sentir » l’aspect volontaire ou non d’une faute.
Mais tout cela n’était possible que parce que, contrairement au football, le hockey subaquatique n’est pas équipé de caméras qui scrutent tout au ralenti. Le football qui est devenu un sport que je trouve absolument impossible à apprécier : après avoir marqué un goal, les joueurs se tournent désormais vers l’arbitre et attendent pour savoir s’il n’y avait pas eu un hors-jeu millimétré 5 minutes plus tôt. Le tout est analysé en coulisse par un type devant un ordinateur qui transmet ses décisions dans l’oreillette de l’arbitre. Ou plutôt les décisions prises par un ordinateur.
L’aspect humain du jeu a complètement disparu et prend les attributs d’une décision pseudoscientifique, tentant de découvrir une « vérité ». Or, scientifiquement, il n’y a pas de vérité possible. Le hors-jeu se déclare au moment où le ballon quitte le pied du passeur. Ce moment n’existe pas. Le ballon se déformant, je mets au défi quiconque de déterminer la milliseconde exacte de cet événement. Il en est de même pour décider si une ligne à été franchie ou non. À partir de quel millimètre peut-on dire qu’une sphère a franchi une ligne tracée sur des brins d’herbe ? Rien que le placement des caméras et l’éclairage du stade vont influencer la décision. Même en cyclisme il est parfois incroyablement difficile de déterminer quel vélo a franchi la ligne en premier. Et la décision est alors prise sans appel possible.
Scientifiquement, c’est très compliqué de tracer une limite exacte. Un de mes profs de polytechnique disait que les appareils à aiguille sont toujours plus précis que les afficheurs numériques, car on peut voir la mesure « réelle » … quitte à bouger un peu la tête pour qu’elle corresponde à ce que l’on veut !
Pour mesurer scientifiquement, il faut poser des hypothèses, discuter, prendre plusieurs mesures, répéter une expérience. Humainement, au contraire, il est possible de prendre la décision qui parait la plus juste possible sur le moment même. La décision pourra toujours être discutée par après, mais, dans le feu de l’action, c’est celle qui a été prise.
Et même si les décisions ne sont pas parfaites, le fait qu’elles paraissent justes à première vue va créer une relation de confiance envers l’arbitre. L’arbitre se sentira responsable et utilisera son intuition pour préserver sa réputation. Lorsque j’ai arbitré ce fameux match de hockey, je n’ai jamais cherché à prendre la décision la plus exacte, mais toujours la plus juste.
Mais la machine ne permet plus la justesse. La justesse s’efface au profit d’une arbitraire exactitude. L’arbitre obéit désormais à des instructions qui lui sont soufflées dans l’oreillette. Il ne peut plus prendre de décisions. Il ne peut plus prendre de décisions, mais, paradoxalement, il en reste responsable.
De la complexité comme justification de la non-décision
Il n’y a pas que les arbitres de sport. Les pilotes de chasse sont désormais confrontés au même problème.
Le F-35 est un avion tellement complexe qu’il est devenu tout bonnement inpilotable. Le 27 août 2025, un appareil s’est écrasé. Le train d’atterrissage était bloqué en position semi-ouverte et le pilote a tenté une série de « touch down », une procédure vieille comme l’aviation et que Buck Danny utilise notamment dans Prototype FX-13, un album de 1961, pour résoudre le même problème.
Buck Danny n’avait pas un ordinateur hyper complexe à son bord et il sauve finalement l’avion. En 2025, l’ordinateur a considéré que la procédure était un atterrissage classique. L’avion s’est mis en mode « roulage au sol » alors qu’il était en train de redécoller. En mode roulage à plusieurs centaines de mètres d’altitude, l’engin était bien entendu ingouvernable, forçant l’éjection du pilote.
Un problème mécanique prévisible et « classique » s’est transformé, grâce aux ordinateurs en catastrophe.
Comme ce prof d’électronique qui, pour justifier l’importance de l’électronique moderne, nous avait expliqué que grâce à l’électronique, sa voiture avait pu être réparée en moins d’une heure le jour même de son départ en vacances. La panne en question ? Un défaut du capteur électronique qui inventait de fausses pannes.
Plus besoin d’avoir un problème réel. Désormais, tout est automatisé ! En 2024, un pilote s’est éjecté de son F-35, car, malgré plusieurs reboot, son casque connecté indiquait des erreurs critiques.
Problème : après l’éjection du pilote, l’avion a continué à voler correctement pendant de très longues minutes. Il semblerait que son casque avait un simple bug informatique.
La subtilité de l’histoire c’est que le pilote en question voit désormais sa carrière mise entre parenthèses et est poursuivi pour abandon d’avion fonctionnel. Sauf qu’il a suivi à la lettre la procédure relative aux messages d’erreur affichés dans son casque.
Non seulement la complexité crée artificiellement des problèmes, mais elle empêche les humains d’acquérir de l’expérience et de prendre des décisions. Nous n’avons plus des pilotes qui « sentent » leur avion, mais des opérateurs suivants des procédures informatisées. C’est pareil quand mon garagiste me dit que l’erreur 550 de mon véhicule force à un retour chez le concessionnaire. Lequel n’a, au final, fait que remplacer une durite, ce que mon garagiste indépendant aurait pu faire directement si le logiciel ne l’en avait pas empêché.
Le prix de l’espionnage permanent
Si vous lisez ce blog, vous avez conscience de l’espionnage permanent dont nous sommes victimes. Et l’une des conséquences directes de cet espionnage, c’est que tout peut désormais être scruté même longtemps après. Toutes les décisions peuvent être discutées pour savoir si, scientifiquement, c’était bien la bonne décision.
Le foot, encore lui, est l’exemple parfait : après 90 minutes de match suivent des heures voire, dans certains cas, des journées entières de discussions entre des types qui regardent chaque image au ralenti pour conclure que l’arbitre, l’entraîneur ou les joueurs ont pris de mauvaises décisions.
Qu’on soit arbitre, pilote de chasse ou simple citoyen, la seule stratégie possible pour un humain raisonnable est donc de ne plus prendre de décisions (ce qui est déjà une décision en soi).
Nous nous sommes fait avoir. Nous servons la machine aveuglément, n’en tirant aucun bénéfice lorsque tout va bien et en nous faisant taper sur les doigts lorsque tout va mal. Ce qui sert d’excuses à mettre encore plus de machines dans l’histoire.
Nous sommes devenus cet assemblage biologiquement mécanique absurde et contre nature qu’Anthony Burgess appelle « L’orange mécanique » (la signification du titre est en effet parfaitement explicite dans le livre, bien plus que dans le film).
Et si vous pensez que l’IA peut vous dépasser, c’est parce que, justement, vous agissez comme une IA, comme une orange mécanique. Par définition, ChatGPT surpassera toujours en intelligence celleux qui font confiance à ChatGPT.
Comme le disait l’inénarrable Yann Kerninon en 2017, il faut juste arrêter de nous prendre pour des machines. Redevenir des humains. Des oranges biologiques qui pourrissent et crèvent, mais qui sont, juste avant, pleines de saveurs et de vitamines.
Andreas raconte son expérience avec un de ses collègues incapable de résoudre un problème particulier (ce qui arrive à tout le monde, surtout quand on a le nez dans le guidon). Mais la particularité, c’est que le collègue en question n’a jamais cherché à résoudre le problème. Il cherchait à ce que ChatGPT lui donne la réponse.
Lorsqu’Andreas a compris la cause du problème en question, il a tenté de l’expliquer à son collègue, mais ce n’est que lorsque ce dernier a donné l’explication à ChatGPT et que ChatGPT a acquiescé qu’ils ont pu enfin avancer.
Andreas conclut avec le fait que le cerveau est un muscle. Moins on l’utilise, plus il s’atrophie et plus l’acte de penser devient douloureux et moins on a envie de l’utiliser (et donc plus il s’atrophie).
J’en profite pour rappeler que ChatGPT et consorts sont littéralement des machines à reformuler vos questions, à acquiescer à tous vos biais cognitifs. Mais Olivier Ertzscheid l’explique mieux que moi dans ce court billet « 3 minutes chrono »
Mais là où Andrea est trop optimiste est lorsqu’il imagine que savoir penser va devenir une qualité rare et enviable sur le marché du travail.
Rare, oui.
Enviable, certainement pas. Car penser, c’est remettre en question. Le capitalisme actuel me fait penser à la guerre 14-18. Les travailleurs sont la chair à canon. Les intellectuels sont les pacifistes, les objecteurs de conscience. En tentant de remettre en question l’épouvantable boucherie dont ils étaient témoins, ils n’ont gagné que le droit de se faire fusiller.
Comme je le disais : on ne reçoit pas de médailles pour résister. C’est même plutôt le contraire : les médailles sont là pour récompenser ceux qui perpétuent le système sans poser de questions.
Refuser de devenir une orange mécanique, c’est accepter de pourrir. C’est même le célébrer en s’enfonçant des clous de girofle dans la chair pour que ce pourrissement sente bon.
En plus, ça donne un look punk, vous ne trouvez pas ?
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Je dédicacerai ce samedi 20 et dimanche 21 septembre à Mérignac, dans le cadre du festival Hypermondes. Je participe également à une table ronde le dimanche. Et pour tout vous dire, j’ai sacrément le trac, car je serai entouré de noms qui peuplent ma bibliothèque et dont j’ai lu et relu les livres : Pierre Bordage, J.C. Dunyach, Pierre Raufast, Catherine Dufour, Laurent Genefort… Sans oublier Schuiten et Peeters, qui ont marqué mon adolescence et surtout, mon idole, le plus grand scénariste BD de ce siècle, Alain Ayroles (parce que pour le siècle précédent, c’est Goscinny).
Dans le film « Glass Onion » (Rian Johnson, 2022), un milliardaire de la Tech, parodie de ZuckerMusk, invite des amis sur son île privée pour une sorte de cluedo géant. Qui dégénère évidemment lorsqu’un véritable crime est commis.
Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce film, c’est l’insistance sur un point trop souvent oublié : ce n’est pas parce qu’on est riche et/ou célèbre qu’on est intelligent. Et ce n’est pas parce qu’on arrive à faire croire au public qu’on est surintelligent, au point de le croire soi-même, qu’on l’est réellement.
Bref, c’est une belle remise à leur place du monde des milliardaires, des influenceurs, starlettes et tout ce qui gravite autour.
Néanmoins, un point particulier m’a chagriné : toute une partie de l’intrigue repose sur savoir qui a eu le premier l’idée de la startup qui fera le succès du milliardaire, idée qui est littéralement griffonnée sur une serviette en papier.
C’est très amusant dans le film, mais comme je l’ai déjà dit : une idée seule ne vaut rien !
L’idée n’est que l’étincelle initiale d’un projet, mais le résultat final sera impacté par les milliers de décisions et d’adaptations prises en cours de route.
Le rôle de l’architecte
Si vous n’avez jamais fait construire de maison, vous pensez peut-être que vous décrivez la maison de vos rêves à un architecte. Celui-ci vous propose un plan. Vous validez, les ingénieurs et les ouvriers s’emparent du plan et la maison se construit.
Sauf qu’en réalité, vous êtes incapable de décrire la maison de vos rêves. Vos intuitions sont toutes contradictoires. Ce que j’appelle le syndrome de « la maison de plain-pied sur deux étages ». Et quand bien même vous avez réfléchi en profondeur, l’architecte va pointer tout un tas de problèmes pratiques avec vos idées. De choses auxquelles vous n’avez pas pensé. C’est très joli toutes ces vitres, mais comment allez-vous les entretenir ?
Il va falloir faire des compromis, prendre des décisions. Et une fois le plan validé, les décisions continueront sur le chantier. À cause des imprévus ou des milliers de petits problèmes qui n’apparaissaient pas sur le plan. Voulez-vous vraiment un évier à cet endroit vu que la porte s’ouvre dessus ?
Au final, la maison de vos rêves sera très différente de ce que vous avez imaginé. Pendant des années, vous lui trouverez des défauts. Mais ces défauts sont des compromis que vous avez expressément choisis.
L’idée d’un roman
En tant qu’écrivain, il m’arrive régulièrement de me voir poser la question : « D’où te viennent toutes ces idées ? »
Comme si avoir l’idée était un problème. Des idées, j’en ai des centaines dans mes tiroirs. Le travail n’est pas d’avoir l’idée, c’est de faire le plan puis de transformer ce plan en construction.
J’ai plusieurs fois reçu des propositions de type : « J’ai une super idée pour un roman, je te la partage, tu écris et on fait 50/50 ».
Vous imaginez un instant arriver chez un architecte avec un truc griffonné et dire : « J’ai une super idée pour une maison, je vous la montre, vous la construisez, vous trouvez un entrepreneur et on partage » ?
Contrairement à Printeurs, que j’ai rédigé sans scénario préalable, j’ai écrit Bikepunk avec une véritable structure. Je suis parti d’une idée initiale. J’ai brainstormé avec Thierry Crouzet (nos échanges ont fait naître le fameux flash de l’histoire). Puis j’ai creusé les personnages. J’ai écrit une nouvelle dans cet univers (créant le personnage de Dale), j’ai ensuite travaillé la structure pendant un mois avec un tableau de liège sur lequel je punaisais des fiches. Enfin, je me suis mis à l’écriture. Bien des fois, je me suis retrouvé confronté à des incohérences, j’ai dû prendre des décisions.
Le résultat final ne ressemble en rien à ce que j’imaginais. Certaines scènes clé de mon synopsis se sont révélées, à la relecture de simples transitions. Des improvisations de dernières minutes semblent, au contraire, avoir marqué toute une frange de lecteurices.
Une idée n’est qu’une étincelle qui peut potentiellement se propager, se mélanger à d’autres. Mais, pour allumer un feu, la source initiale de l’étincelle compte bien moins que le combustible.
L’invention qui mit cela en exergue est certainement l’ordinateur. Car un ordinateur est, par essence, une machine qui fait ce qu’on lui demande.
Exactement ce qu’on lui demande. Ni plus ni moins.
L’humain a été confronté au fait qu’il est extrêmement compliqué de savoir ce que l’on veut. Que c’est presque impossible de l’exprimer sans ambiguïté. Que cela nécessite un langage dédié.
Un langage de programmation.
Et maitriser un langage de programmation demande un esprit tellement analytique et rationnel qu’un métier s’est créé pour l’utiliser: programmeur, codeuse, développeur. Le terme importe peu.
Mais, tout comme un architecte, une programmeuse doit en permanence prendre des décisions qu’elle pense être les meilleures pour le projet. Pour l’avenir. Ou bien elle identifie les paradoxes pour en discuter avec le client. « Vous m’avez demandé une interface simple avec un seul bouton tout en me spécifiant douze fonctionnalités qui doivent avoir un accès direct avec un bouton dédié. On fait quoi ? » (cas vécu).
De la stupidité de croire en une IA productive
Ce que je dis paraît peut-être évident, mais lorsque j’entends le nombre de personnes qui parlent de « vibe programming », je me dis que beaucoup trop de monde a été bercé avec le paradigme de « l’idée magique » comme dans Onion Glass.
Les IAs sont perçues comme des machines magiques qui font ce que vous voulez.
Sauf que, quand bien même elles seraient parfaites, vous ne savez pas ce que vous voulez.
Les IA ne peuvent pas prendre correctement ces milliers de décisions. Des algorithmes statistiques ne peuvent produire que des résultats aléatoires. Vous ne pouvez pas juste émettre votre idée et voir le résultat apparaître (ce qui est le fantasme des crétins-managers, cette race d’idiots formés dans les écoles de management qui est persuadée que les exécutants sont une charge dont il faudrait idéalement se passer).
Le fantasme ultime est une machine « intuitive », qu’il ne faut pas apprendre. Mais l’apprentissage n’est pas seulement technique. L’expérience humaine est globale. Un architecte va penser aux problèmes de la maison de vos rêves parce qu’il a déjà suivi vingt chantiers et eu un aperçu des problèmes. Chaque nouveau livre d’un écrivain reflète son expérience avec les précédents. Certaines décisions sont les mêmes, d’autres, au contraire, sont différentes pour expérimenter.
Ne pas vouloir apprendre son outil, c’est la définition même de la stupidité la plus crasse.
Penser qu’une IA pourrait remplacer un développeur, c’est montrer sa totale incompétence quant au travail du développeur en question. Penser qu’une IA peut écrire un livre ne peut provenir que de gens qui ne lisent pas eux-mêmes, qui ne voient que du papier imprimé.
Ce n’est pas que c’est techniquement impossible. D’ailleurs, beaucoup le font parce que vendre du papier imprimé, ça peut être rentable avec le bon marketing, peu importe ce qui est imprimé.
C’est juste que le résultat ne pourra jamais être satisfaisant. Tous les compromis, les décisions seront le fruit d’un aléa statistique sur lequel vous n’avez aucun contrôle. Les paradoxes ne seront pas résolus. Bref, c’est et ce sera toujours de la merde.
Un business, c’est bien plus qu’une idée !
Facebook n’était pas la première tentative de réseau social entre étudiants. Amazon n’était pas le premier site de vente de livre en ligne. Whatsapp était une application pour afficher sa disponibilité pour un coup de fil à ses amis. Instagram servait à la base à partager sa position. Microsoft n’avait jamais développé de système d’exploitation lorsqu’ils ont vendu la licence DOS à IBM.
Bref, l’idée initiale ne vaut rien. Ce qui a fait le succès de ces entreprises, ce sont les milliards de décisions prises à chaque instant, les réajustements.
Prendre ces décisions est ce qui construit le succès, fût-il commercial, artistique ou personnel. Croire qu’un ordinateur pourrait prendre ces décisions à votre place c’est faire preuve non seulement de naïveté, mais c’est également prouver totalement son incompétence dans le domaine concerné.
Dans Onion Glass, ce point m’a particulièrement chagriné, car poussé à l’absurde. Comme si une serviette avec trois traits de crayon pouvait valoir des milliards.
Ce petit quelque chose en plus
Et si je me réjouis de fréquenter tant d’auteurs que j’admire à Mérignac, ce n’est pas pour échanger des idées, mais m’imprégner de leurs expériences, de leur personnalité qui leur fait construire des œuvres que j’admire.
J’ai dû relire des dizaines et des dizaines de fois l’intégralité de « De capes et de crocs », le chef d’œuvre de Masbou et Ayroles.
À chaque relecture, je savoure chaque case. Je sens que les auteurs s’amusent, se laissent porter, emporter par leurs personnages dans des bifurcations a priori imprévues, improbables. Quelle IA aurait l’idée de faire intervenir le caquètement d’un poulailler dans la complétion d’un alexandrin ? Quel algorithme se pavanerait de la césure à l’hémistiche ?
L’humain et son expérience auront toujours quelque chose en plus, quelque chose d’indéfinissable dont le mot m’échappe.
Ah si…
Quelque chose que, sans un pli, sans une tache, l’humain emporte malgré lui…
Et c’est…
— C’est ?
Son panache !
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Drmollytov est une bibliothécaire qui a été très gravement blessée dans un accident de moto, accident où son mari a perdu la vie.
Après une période de convalescence et de deuil, elle tente de reconstruire sa vie et, graduellement, elle prend conscience de la frénésie consumériste dans laquelle est engagée toute personne « normale ». Depuis le désir de shopping aux réseaux sociaux en passant par les abonnements aux services de streaming.
Au plus elle fait du nettoyage dans sa vie, au plus elle retrouve du temps et de l’énergie. Au moins elle éprouve le besoin « d’être vue ». Il faut dire que de poster uniquement sur Gemini, ça n’aide pas pour la visibilité !
Une phrase m’a marquée sur son dernier billet posté sur Gemini : « Mon seul regret avec les réseaux sociaux, c’est d’avoir été dessus tout court. Ils ont vidé mon énergie mentale, dévoré mon temps et je suis certaine qu’ils ont extrait une part de mon âme. » (traduction très libre).
Je me rends compte qu’il ne suffit pas de se libérer des mécanismes d’addiction des réseaux sociaux. Il faut également conscientiser à quel point ils ont déformé, détruit, dénaturé nos pensées, nos relations sociales, nos motivations. Pire : ils nous rendent objectivement stupides ! Depuis 2010, le QI moyen est en train de descendre, ce qui n’était jamais arrivé depuis l’invention du QI (quoi qu’on pense de cet outil).
Les réseaux sociaux sont intrinsèquement liés au smartphone. Ils ont réellement explosé lorsqu’ils se sont optimisés pour la consommation passive sur un petit écran tactile (chose à laquelle Zuckerberg ne croyait pas du tout). À l’inverse, l’addiction aux réseaux sociaux a créé une demande continue pour des smartphones toujours plus brillants et prenant des photos toujours plus susceptibles de générer des likes.
Comme le souligne Jose Briones, ces interactions permanentes sur une plaque de verre lisse, les écouteurs vissés sur les oreilles, nous font perdre la conscience du tactile, de la matérialité.
Quand on a été addict, quand ou y a cru vraiment, quand on y a investi énormément de soi, il ne suffit pas d’arrêter de fumer pour être en bonne santé. Arrêter, ce n’est que le premier pas nécessaire et indispensable. Mais il reste un long chemin à parcourir pour se reconstruire par après, pour retrouver l’humain qui a été blessé, enfoui.
L’être humain que, finalement, peu de monde a intérêt à ce que vous retrouviez, mais qui est là, enfui sous des notifications incessantes, sous la consultation compulsive de vos likes, de vos statistiques, de vos abonnés. Pour Jose Briones, il a fallu plus de trois ans sans smartphone pour que se calme son angoisse… de ne pas avoir de smartphone !
Cela fait des années que je n’ai plus de statistiques sur les fréquentations de ce blog. Parce que ce n’est pas très éthique, mais, surtout, parce que cela me rendait fou, parce que ma santé mentale en pâtissait incroyablement. Parce que je n’arrivais plus à être satisfait de mon écriture autrement que par le nombre de lecteurs que ça me ramenait. Parce que de simples statistiques détruisaient mon âme.
Comme le dit le blog This day’s portion, vous n’avez pas besoin de statistiques !
Et si le réseau Mastodon est très loin d’être parfait, il est assez simple d’y trouver une instance qui ne vous espionne pas. La majorité ne le fait d’ailleurs pas. Au contraire de Bluesky qui traque toutes vos interactions à travers la société Statsig. Statsig qui vient d’être rachetée par OpenAI, le créateur de ChatGPT.
On dirait que Sam Altman tente de faire comme Musk et de gagner de l’influence politique en noyautant les réseaux sociaux centralisés. On s’est foutu de la gueule de Musk, mais force est de constater que ça a très bien fonctionné. Et que, comme je le disais en 2023, ce n’est qu’une question de temps avant que ça arrive à Bluesky qui n’est pas du tout décentralisé, contrairement à ce que répète le marketing.
Mais le pire avec toutes ces statistiques, toutes ces données, c’est que nous sommes les premiers à vouloir les récolter et à nous vendre pour les optimiser et les consulter sur de jolis graphiques colorés affichés sur nos plaques de verre lisse et brillante.
L’inhumanité d’un monde qui se vend
Je ne cesse de répéter ce qu’articule justement Thierry Crouzet dans son dernier article : les marketeux ont imposé leur vision du monde, forçant les artistes, les intellectuels et les scientifiques à devenir des commerciaux, ce qui est l’antithèse de leur nature profonde. Car artistes, intellectuels et scientifiques ont en commun d’être dans une quête, peut‑être illusoire, de vérité, d’absolu. Là où le marketing est, par définition, l’art du mensonge, de la tromperie, de l’apparence et de l’exploitation de l’humain.
Cette destruction mentale enseignée dans les écoles de commerce est également à l’œuvre avec l’IA. Il faudra des années pour que les personnes addicts à l’IA puissent, si tout va bien, retrouver leur âme d’humain, leur capacité de raisonnement autonome. Les développeurs qui dépendent de Github sont en première ligne.
En espérant que nous puissions arriver à redevenir des humains sans devoir recourir à la solution extrême décrite par Thierry Bayoud et Léa Deneuville dans l’excellente nouvelle « Chronique d’un crevard », nouvelle présente dans le Recueil de Nakamoto, que je recommande chaudement et présenté ici par Ysabeau. Et, oui, les nouvelles sont sous licence libre.
L’idée derrière Chronique d’un crevard m’a rappelé mon propre roman Printeurs. Ça serait chouette de voir les deux univers se rejoindre d’une manière ou d’une autre. Car c’est ça toute la beauté de la création artistique libre.
De la création artistique tout court, devrais-je dire, jusqu’au moment où les juristes d’entreprise ont réussi à convaincre les artistes qu’ils devaient être des maniaques de la « protection de leur propriété intellectuelle » ce qui les a transformés en victimes de la plus formidable arnaque de ces dernières décennies. Tout comme les marketeux, les juristes d’entreprise sont, par essence, des gens qui vont t’exploiter. C’est leur métier !
Seule la technique change : les marketeux mentent et te promettent le bonheur, les juristes menacent et corrompent. Les deux ne cherchent qu’à augmenter le bénéfice de leur employeur. Les deux ont réussi à convaincre les artistes d’éteindre leur humanité pour devenir eux-mêmes marketeux et juriste, de faire du « personal branding » et de la « propriété intellectuelle ».
À ce propos, Cory Doctorow explique très bien sur quelle illusion s’est construite la fameuse « propriété intellectuelle » et à quel point ceux qui l’ont conçue savaient très bien que c’était une arnaque à l’échelle planétaire pour tenter de transformer le monde entier en une colonie étatsunienne.
Marketeux et juristes ont réussi à convaincre les artistes de haïr ce qui fait la base de leur métier : leur public, renommés « pirates » dès qu’ils ne passent pas entre les barrières Nadar du corporatisme de surveillance. Ils ont réussi à convaincre les scientifiques de haïr ce qui fait la base de leur métier : le partage sans restriction de la connaissance. Le fait que la plus grande base de données scientifiques du monde, Sci-hub, soit considérée comme pirate et interdite partout dans le monde dit tout ce que vous avez besoin de savoir sur notre société.
Le capitalisme de surveillance pourrit tout ce qu’il touche. Tout d’abord en rendant difficile la vie des contestataires (ce qui est de bonne guerre), mais, surtout, en achetant et corrompant les rebelles qui réussissent malgré tout. Devenu millionnaire, cet artiste antisystème deviendra le premier soutien du système en question et adaptera son slogan : « Soyez rebelles, mais pas trop, achetez mes produits dérivés ! ».
Tout comme le surréalisme a été la réponse artistique et intellectuelle au fascisme, l’art seul peut sauver notre humanité. Un art brut, tactile, sensoriel. Mais, avant toute chose, un art libre qui se partage, qui se diffuse et qui envoie se faire foutre les notions de propriétés virtuelles.
Un art qui se partage, mais force le public à partager également, à retrouver l’essence de notre humanité : le partage.
Photo d’illustration prise par Diegohnxiv et représentant une fresque en l’honneur de SciHub à l’université de Mexico
Printeurs et Le recueil de Nakamoto sont commandables chez votre libraire indépendant préféré ! Les ebooks sont sur libgen, au moins pour Printeurs. Je le sais, c’est moi qui l’ai uploadé.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
The more I learn about Unix tools, the more I realise we are reinventing everyday Rube Goldberg’s wheels and that Unix tools are, often, elegantly enough.
Months ago, I discovered calendar.txt. A simple file with all your dates which was so simple and stupid that I wondered 1) why I didn’t think about it myself and, 2) how it could be useful.
I downloaded the file and tried it. Without thinking much about it, I realised that I could add the following line to my offpunk startup:
!grep `date -I` calendar.txt --color
And, just like that, I suddenly have important things for my day everytime I start Offpunk. In my "do_the_internet.sh", I added the following:
grep `date -I`calendar.txt --color -A 7
Which allows me to have an overview of the next seven days.
But what about editing? This is the alias I added to my shell to automatically edit today’s date:
alias calendar="vim +/`date -I` ~/inbox/calendar.txt"
It feels so easy, so elegant, so simple. All those aliases came naturally, without having to spend more than a few seconds in the man page of "date". No need to fiddle with a heavy web interface. I can grep through my calendar. I can edit it with vim. I can share it, save it and synchronise it without changing anything else, without creating any account. Looking for a date, even far in the future, is as simple as typing "/YEAR-MONTH-DAY" in vim.
Recurring events
The icing on the cake became apparent when I received my teaching schedule for the next semester. I had to add a recurring event every Tuesday minus some special cases where the university is closed.
Not a big deal. I do it each year, fiddling with the web interface of my calendar to find the good options to make the event recurrent then removing those special cases without accidentally removing the whole series.
It takes at most 10 minutes, 15 if I miss something. Ten minutes of my life that I hate, forced to use a mouse and click on menus which are changing every 6 months because, you know, "yeah, redesign".
But, with my calendar.txt, it takes exactly 15 seconds.
/Tue
To find the first Tuesday.
i
To write the course number and classroom number, escape then
n.n.n.n.n.n.nn.n.n.n.nn.n.n.n.n.
I’m far from being a Vim expert but this occurred naturally, without really thinking about the tool. I was only focused on the date being correct. It was quick and pleasant.
Shared events and collaboration
I read my email in Neomutt. When I’m invited to an event, I must open a browser to access the email through my webmail and click the "Yes" button in order to have it added to my calendar. Events I didn’t respond show in my calendar, even if I don’t want them. It took me some settings-digging not to display events I refused. Which is kinda dumb but so are the majority of our tools those days.
With calendar.txt, I manually enter the details from the invitation, which is not perfect but takes less time than opening a browser, login into a webmail and clicking a button while waiting at each step the loading of countless of JavaScript libraries.
Invitations are rare enough that I don’t mind entering the details by hand. But I’m thinking about doing a small bash script that would read an ICS file and add it to calendar.txt. It looks quite easy to do.
I also thought about doing the reverse : a small script that would create an ICS and send it by email to any address added to an event. But it would be hard to track down which events were already sent and which ones are new. Let’s stick to the web interface when I need to create a shared event.
Calendar.txt should remain simple and for my personal use. The point of Unix tools is to allow you to create the tools you need for yourself, not create a startup with a shiny name/logo that will attract investors hoping to make billions in a couple of years by enshitifying the life of captive users.
And when you work with a team, you are stuck anyway with the worst possible tool that satisfies the need of the dumbest member of the team. Usually the manager.
With Unix tools, each solution is personal and different from the others.
Another unexpected advantage of the system is that you don’t need to guess the end date of events anymore. All I need to know is that I have a meeting at 10 and a lunch at 12. I don’t need to estimate the duration of the meeting which is, anyway, usually only a rough estimation and not an important information. But you can’t create an event in modern calendar without giving a precise end.
Calendar.txt is simple, calendar.txt is good.
I can add events without thinking about it, without calendaring being a chore. Sandra explains how she realised that using an online calendar was a chore when she started to use a paper agenda.
Going back to a paper calendar is probably something I will end up doing but, in the meantime, calendar.txt is a breeze.
Trusting my calendar
Most importantly, I now trust my calendar.
I’ve been burned by this before: I had created my whole journey to a foreign country on my online calendar only to discover upon landing that my calendar had decided to be "smart" and to change all events because I was not in the same time zone. Since then, I actually write the time of an event in the title of the event, even if it looks redundant. This also helps with events being moved by accident while scrolling on a smartphone or in a browser. Which is rare but happened enough to make me anxious.
I had the realisation that I don’t trust any calendar application because, for events with a very precise time (like a train), I always fall back on checking the confirmation email or PDFs.
It’s not the case anymore with calendar.txt. I trust the file. I trust the tool.
There are not many tools you can trust.
Mobile calendar.txt
I don’t need notifications about events on my smartphone. If a notification tells me about an event I forgot, it would be too late anyway. And if my phone is on silent, like always, the notification is useless anyway. We killed notifications with too much notification, something I addressed here :
I do want to consult/edit my calendar on my phone. Getting the file on my phone is easy as having it synchronised with my computer through any mean. It’s a simple txt file.
Using it is another story.
Looking at my phone, I realise how far we have fallen: Android doesn’t allow me to do a simple shortcut to that calendar.txt file which would open on the current day. There’s probably a way but I can’t think of one. Probably because I don’t understand that system. After all, I’m not supposed to even try understanding it.
Android is not Unix. Android, like other proprietary Operating System, is a cage you need to fight against if you don’t want to surrender your choices, your data, your soul. Unix is freedom: hard to conquer but impossible to let go as soon as you tasted it.
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
Avertissement : Cet article parle de mon expérience avec le Mudita Kompakt, mais, n’étant pas lié à cette firme, je ne répondrai à aucune question concernant cet appareil ni le Hisense A5. Tout ce que j’ai à dire au sujet de cet appareil est dans ce billet. Pour le reste, voyez les nombreuses vidéos et articles sur le Web ou rejoignez le forum de Mudita.
Le grand problème du minimalisme numérique, c’est qu’il n’y a pas une solution satisfaisante pour tout le monde. Sur les forums consacrés au minimalisme numérique, chaque solution est critiquée pour faire « trop » et, parfois par les mêmes personnes, pas assez.
J’ai vu des personnes en quête d’un dumbphone pour soigner leur addiction à l’hyperconnexion se plaindre de ne pouvoir installer Whatsapp et Facebook dessus. D’une manière générale, j’ai suffisamment d’expérience dans l’industrie pour savoir que les humains sont très mauvais pour déterminer leurs propres besoins, ce que j’appelle « le syndrome de la maison de plain-pied à 3 étages ». Je veux tout, mais que ce soit minimaliste.
L’addiction à l’écran
Il y a 6 ans, je pris conscience qu’une grande part de mon addiction à mon smartphone venait de l’écran lui-même. Comme l’a dit un jour un participant à un forum que je fréquente, les écrans sont devenus tellement beaux, les couleurs tellement riches que l’image est plus belle que la réalité. Regarder une photo de paysage aux couleurs saturées et retouchée est plus beau que de regarder le paysage en réalité, avec sa grisaille, son autoroute qui n’apparait pas dans le cadre de la photo, sa pluie fine qui nous rentre dans le cou. Nous n’utilisons plus nos smartphones pour faire quelque chose, ils font partie de notre corps et de notre esprit.
Dans mon cas personnel, se passer d’écran avec un dumbphone ne pouvait convenir, car l’usage le plus important que je fais de mon téléphone est de m’orienter à vélo et, alors que je suis au milieu de la nature, de créer un itinéraire de retour à charger sur mon GPS. Ça et utiliser Signal, le seul chat de ma vie quotidienne.
Pour être franc, le concept de dumbphone me dépasse un peu, car s’il y a bien un truc dont je n’ai pas envie ni besoin, c’est d’être joignable partout tout le temps. Si c’est pour laisser un dumbphone en silencieux dans ma poche, autant ne rien prendre du tout !
Ma quête de sobriété numérique a donc commencé avec l’un des très rares smartphones à écran e-ink, le Hisense A5 (à droite sur la photo d’illustration).
Le Hisense est un produit bon marché de piètre qualité, à destination du marché chinois. S’il ne disposait d’aucun service Google, il est plein de spywares chinois impossibles à désinstaller (mais que je tentais de contenir avec le firewall Adguard, configuré aux petits oignons pendant des heures).
Pendant six ans, j’ai utilisé exclusivement cet appareil. Lors de mon premier voyage avec, un trip en train en Bretagne pour un projet de livre, j’ai été en permanence anxieux à l’idée que « quelque chose se passe mal, car je n’avais pas un vrai smartphone ». Mais, petit à petit, je me suis surpris à moins l’utiliser que son prédécesseur, à accepter ses limites. L’écran e-ink lié à la lenteur et aux bugs du logiciel en partie en chinois ne me donnait pas du tout envie de l’utiliser. Très vite, la couleur des écrans de smartphones m’est apparue comme violente, agressive. Mais que je passe quelques minutes sur un tel écran et, soudain, je retrouve un bon vieux shoot de dopamine, une envie de l’utiliser pour faire quelque chose. Quoi ? Peu importe tant que je peux garder les yeux rivés sur ces lumineuses formes mouvantes.
L’hyperconnexion permanente
Il m’est souvent arrivé de prétendre que le Hisense n’était pas un smartphone pour éviter d’installer une app soi-disant indispensable pour un service dont j’avais besoin ou, tout simplement, pour obtenir une carte papier dans ces restaurants qui ont l’impression d’être à la pointe de la technologie, car ils ont un QR code scotché sur la table. Mais c’était un mensonge. Car le Hisense est, au fond, un smartphone des plus classiques.
J’y avais mes emails, un navigateur web et même Mastodon, que j’ai très vite supprimé, mais auquel je pouvais accéder via Firefox ou Inkbro, navigateur optimisé pour les écrans e-ink.
Mon addiction va beaucoup mieux. J’ai perdu l’habitude d’avoir mon smartphone tout le temps sur moi, ne le prenant pour sortir que si je pense en avoir réellement besoin. Ça n’a l’air de rien, mais, pour certains addicts, sortir sans téléphone est une véritable aventure. Faire l’expérience est une excellente manière de réaliser à quel point on est addict.
Le Hisense a beau être gros et moche, lorsque je l’avais avec moi et que j’avais un temps mort, je vérifiais si je n’avais pas reçu d’emails. Je devais, comme tout smartphone, penser à le remettre en silencieux lorsque j’avais activé la sonnerie, car je voulais être joignable, faire les mises à jour des toutes les apps que je gardais, car je pouvais en avoir potentiellement besoin. Bref, la gestion classique d’un smartphone.
Cela me convenait, mais, les smartphones e-ink n’ayant jamais vraiment percé, je me demandais comment j’allais remplacer un appareil qui présentait des signes de faiblesse (batterie qui se vide soudainement, chargement qui ne fonctionne plus que, intermittence).
C’est alors que j’ai été convaincu par le Kompakt de Mudita.
Mudita est une entreprise polonaise qui cherche à offrir des produits favorisant la pleine conscience. Des réveils au design épuré, des montres et un dumbphone, le Mudita Pure, qui me faisais grandement de l’œil, car basé sur un système entièrement Open Source. Malheureusement, le Pure était trop minimaliste pour moi, car ne permettant pas d’utiliser mon GPS de vélo.
Puis est arrivé le Kompakt.
Basé sur Android, le Kompakt est techniquement un smartphone. En plus petit. Et avec un écran e-ink d’une qualité bien moindre que le Hisense. Et pourtant…
Premiers pas avec le Kompakt
La première chose qui m’a frappée en déballant mon Kompakt, c’est que je n’ai dû créer aucun compte, passer par aucune procédure autre que le choix de la langue. Insérez une carte SIM, allumez et ça fonctionne.
Mudita fait très attention à la vie privée et ne propose aucun service en ligne. Le téléphone est entièrement dégooglisé voire même « décloudisé » (contrairement à, par exemple, Murena /e/OS). Pour la première fois depuis des lustres, je ne devais pas combattre mon téléphone, je ne devais pas le configurer, le transformer.
C’est incroyable comme ça m’a fait plaisir.
Pour être transparent, il faut préciser que les développeurs récupèrent des données anonymisées de debug et que ce n’est, pour le moment, pas désactivable. Une discussion à ce sujet est en cours sur le forum Mudita.
Car, oui, Mudita dispose d’un forum de discussion auquel participe une employée de la firme qui tente d’aider les utilisateurs et se fait le relais vers les développeurs. Un truc qui était la base en 2010, mais qui semble incroyable de nos jours.
Bref, je me suis senti un client respecté, pas une vache à lait. Et je n’en reviens toujours pas.
Outre le forum, ce qui m’a frappé avec le Mudita, c’est qu’il pousse réellement l’idée de minimalisme jusque dans ses retranchements. L’application GPS permet de chercher une adresse et de faire un itinéraire piéton, vélo ou voiture. Et c’est tout. Des options ? Aucune, nada, nihil ! Et vous savez quoi ? Ça fonctionne ! Vu que c’est OpenStreetMap, ça fonctionne très bien et j’ai désinstallé Comaps que j’avais mis par réflexe. L’appareil photo… prend des photos et c’est tout (on peut juste activer/désactiver le flash).
Trouver son chemin avec le Mudita Kompakt
C’est comme ça pour toutes les applis : en 10 minutes, vous aurez fait le tour de toutes les options et c’est incroyablement rafraichissant.
Bon, parfois, c’est limite trop. Le lecteur de musique affiche vos MP3 et les lit par ordre alphabétique. C’est tout. Ils ont promis d’améliorer ça, mais, au fond, je trouve ça amusant d’être limité de cette façon.
Les choses sérieuses
Si Mudita n’offre aucun service en ligne, la meilleure manière d’interagir avec son téléphone est le Mudita Center, un logiciel compatible Windows/MacOS/Linux. Après l’avoir téléchargé, vous devez brancher votre téléphone à votre ordinateur avec… retenez votre souffle… un câble USB. (sur Debian/Ubuntu, vous devez être membre du groupe "dialout". "sudo adduser ploum dialout", reboot et puis c’est bon)
Un câble ! En 2025 ! Incroyable, non ? Quand je vois comme j’ai dû me battre avec le Freewrite d’Astrohaus qui force l’utilisation de son cloud propriétaire, j’apprécie à outrance le fait de brancher mon téléphone avec un câble.
Avec le Mudita Center, vous pouvez envoyer des fichiers sur l’appareil. Les MP3 pour la musique, les epub ou les pdf, qui seront ouverts dans l’appli E-reader. Pratique pour les billets de train et autres tickets électroniques. Une section est réservée pour transférer les fichiers APK que vous voulez « sideloader ». On s’est tellement fait entuber par Google et Apple qu’on a perdu le droit d’utiliser le mot « installer » en parlant d’un logiciel. Ce mot est désormais privatisé et il faut « sideloader » (du moins tant que c’est encore légalement possible…).
Dans mon cas, je n’ai sideloadé qu’un seul APK : F-Droid. Avec F-Droid, j’ai pu installer Molly (un client Signal), mon gestionnaire de mot de passe, mon appli 2FA, le clavier Flickboard et Aurora Store. Avec Aurora Store, j’ai pu installer Komoot, Garmin, Proton Calendar et l’app SNCB pour les horaires de train. Pas de navigateur ni d’email cette fois ! Je me suis quand même accordé l’application Wikipédia, pour tester.
Tout est petit, en noir et blanc (ça, j’avais déjà l’habitude), mais, dans mon cas, tout fonctionne. Attention que ce ne sera peut-être pas votre cas. Les applis qui ont besoin des services Google, comme Strava, refuseront de se lancer (ce qui ne change pas de mon Hisense). Mon appli bancaire nécessite une caméra à selfie (ce que le Kompakt n’a pas) et je vais devoir trouver une solution de rechange.
Au fait, Mudita ne permet pas de personnaliser la liste des applications. Celles-ci sont classées par ordre alphabétique. Pas de raccourcis, pas d’options. Si c’est perturbant au début, cela se révèle très vite très appréciable, car c’est, une fois encore, un truc de moins à penser, une excuse de moins pour chipoter.
À noter qu’il est cependant possible de cacher des applications. Si vous n’utilisez pas l’app de méditation, vous pouvez la cacher, tout simplement. Simple et efficace.
Les notifications
C’est lorsque j’ai reçu mon premier message Signal que j’ai réalisé un truc étrange. J’ai bien entendu le son, mais je ne voyais pas de notifications.
Et pour cause… Le Mudita Kompakt n’a pas de notifications ! L’écran d’accueil vous montre si vous avez eu des appels ou des SMS, mais, pour le reste, il n’y a pas de notifications du tout !
Mon premier réflexe a été d’investiguer l’installation d’un launcher alternatif, InkOS, qui permet une plus grande configurabilité et des notifications.
Mais… Attendez une seconde ! Que suis-je en train de faire ? Je cherche à refaire un smartphone ! Et si je tentais d’utiliser le Mudita de la manière pour laquelle il a été conçu ?Sans notifications !
Le seul réel problème avec cette approche c’est que les notifications existent, mais que Mudita les cache. On les entend donc, mais on ne peut pas savoir d’où elles proviennent.
Dans mon cas, c’est essentiellement Signal (enfin, Molly pour celleux qui suivent). Dans Signal, j’ai donc configuré un profil de notification qui soit silencieux sauf pour les membres de ma famille proche.
Si j’entends mon téléphone faire un son, je sais que c’est un message de ma famille. Pour les autres, je ne les vois que lorsque je choisis d’ouvrir Signal. Ce qui est exactement ce qu’un système de communication devrait être.
Bien entendu, les choses se compliquent si vous avez plusieurs applications qui envoient des notifications. Il est possible d’avoir accès aux notifications et de les désactiver par applications en utilisant "Activity Launcher" disponible sur F-Droid. C’est un peu du chipotage, mais ça m’a permis de désactiver les notifications « parasites » de tout ce qui n’est pas Signal.
Lorsqu’on accepte ce mode de fonctionnement, le Mudita prend soudainement tout son sens.
J’avais déjà fortement réduit les notifications sur le Hisense. Il était d’ailleurs en silencieux la plupart du temps. Mais, à chaque fois que je consultais l’écran, je voyais les petites icônes. Machinalement, je glissais mon doigt pour faire apparaître le tiroir à notifications et « vérifier » avant de glisser latéralement pour supprimer.
Bon sang que j’ai en horreur ces gestes de glissement des doigts, jamais précis, jamais satisfaisant comme le bruit d’une touche qu’on enfonce. Tiens, le Mudita ne permet d’ailleurs pas de « swiper » dans la liste des applications. Il faut faire défiler avec une flèche. C’est minime, mais j’apprécie !
Mais même si je n’avais pas de notifications sur le Hisense, je vérifiais de temps en temps si je n’avais pas reçu un mail important. Je vérifiais une information sur un site web.
Oh, rien de bien méchant. Une addiction parfaitement sous contrôle. Mais une série de réflexes dont j’avais envie de nettoyer ma vie.
Avec le Mudita Kompakt, l’expérience est très perturbante. Machinalement, je saisis l’appareil et… rien. Il n’y a rien à faire. La seule chose que je peux vérifier, c’est Signal. Je suis ensuite forcé de reposer ce petit écran.
Pas besoin non plus de mettre en silencieux ou en mode avion. Le Kompakt dispose d’un switch hardware « Offline+ » qui désactive tous les réseaux, tous les capteurs, y compris l’appareil photo et le micro. En Offline+, rien ne rentre et rien ne sort de l’appareil. Et quand je suis connecté, je sais que je n’aurai que les appels téléphoniques, les sms et les messages Signal de ma famille proche.
C’est comme un nouveau monde…
Tout n’est pas parfait
On ne va pas se leurrer, le Mudita Kompakt est loin d’être parfait. Il est petit, mais un peu trop gros. Il y a des bugs comme l’alarme qui se déclenche en retard ou pas du tout, comme l’appareil photo qui met près de deux secondes entre la pression sur le bouton et la prise effective de l’image (mais c’est déjà mieux que l’appareil photo du Hisense dont la lentille s’est bloquée après quelques semaines d’utilisation, rendant toutes mes photos irrémédiablement floues).
Le forum regorge d’utilisateurs insatisfaits. Pour certains car je pense qu’ils n’ont pas conscientisé les limites du minimalisme numérique, qu’ils espéraient un smartphone complet avec un écran e-ink. Mais, dans d’autres cas, c’est clairement à cause de bugs dans le système pour des cas d’usage qui ne me concernent pas directement, comme les problèmes Bluetooth alors que je suis tout heureux d’avoir un jack audio. Le Kompakt utilise une version très fortement modifiée et dégooglisée d’Android 12 (les téléphones Googe sont à Android 16). Le hardware lui-même est assez ancien (plus que mon Hisense). Ce sont des détails qui peuvent se révéler importants. La batterie, par exemple, tient 3/4 jours, ce qui n’est pas extraordinaire en comparaison avec le Hisense. Une heure de hotspot wifi consomme 10% de batterie là où le Hisense n’en perdait pas 3%.
L’application musicale est vraiment très minimaliste !
Malgré ses limites, l’appareil n’est pas bon marché et il est probablement possible de configurer n’importe quel appareil Android pour avoir un écran épuré et pas de notifications. Mais ce qui me plaît avec le Mudita c’est justement le fait que je ne le configure pas. Que je ne cherche pas à comprendre ce que je dois bloquer, que je ne passe pas du temps à optimiser mon écran d’accueil ou le placement des applications.
Ça ne conviendra certainement pas à tout le monde. Il y a certainement plein de défauts qui rendent le Kompakt inutilisable pour vous. Mais pour mon petit cas personnel et pour mon mode de vie actuel, c’est un vrai bonheur (à l’exception de cette saleté d’appli bancaire pour laquelle je n’ai pas encore trouvé de solution).
Accepter de lâcher prise
Car, oui, je vais rater des choses. Je verrai des mails urgents bien plus tard. Je ne pourrai pas chercher une information rapide quand je suis en déplacement. Je ne pourrai pas prendre de belles photos.
C’est le principe même ! Le minimalisme numérique c’est, par essence, ne plus pouvoir tout faire tout le temps. C’est être forcé de s’ennuyer dans les temps morts, de planifier certaines expéditions, de demander une information autour de soi si nécessaire, de se dire, dans certaines situations, que la vie aurait été plus facile avec un smartphone traditionnel.
Si vous n’avez pas effectué à l’avance ce travail de faire le tri entre ce qui est vraiment nécessaire pour vous, ne songez même pas à prendre un téléphone minimaliste comme le Kompakt. Ce téléphone me convient parce que ça fait des années que je réfléchis à ce sujet et parce qu’il est compatible avec mon mode de vie et mes obligations.
Si vous idéalisez le minimalisme sans réfléchir aux conséquences, vous serez frustrés à la première friction, à la première perte de cette facilité omniprésente qu’est le smartphone. Le minimalisme numérique est également un concept très personnel. Quand je vois le nombre d’appareils connectés que je possède, j’ai du mal à dire que je suis un « minimaliste ». Je cherche juste à conscientiser et à faire en sorte que chaque appareil ait pour moi un bénéfice très clair avec le moins possible de désavantages (comme mon GPS de vélo ou mon analyseur de qualité d’air). Je ne suis pas vraiment minimaliste, je pense juste que le smartphone traditionnel a sur ma vie un impact négatif très important que je cherche à minimiser.
Certain·es me disent qu’ils n’ont pas le choix. Comme le dit très bien Jose Briones, c’est faux. Nous avons, pour le moment, le choix. C’est juste que ce n’est pas un choix facile et qu’il faut assumer les conséquences, accepter de changer son mode de vie pour cela.
Et, justement, ce qui est le plus effrayant avec cette démarche de tenter de minimiser l’usage du smartphone, c’est de réaliser à quel point il devient presque obligatoire d’en avoir un, à quel point ce choix devient de plus en plus ténu. Des services commerciaux, mais également des administrations publiques considèrent que vous avez obligatoirement un smartphone récent, que vous disposez d’un compte Google, d’une connexion Internet permanente, d’une batterie bien chargée et que vous êtes d’accord d’installer une énième application dessus et de créer un compte en ligne pour quelque chose d’aussi mondain que de payer un emplacement de parking ou accéder à un événement. Un contrôleur de train me confiait récemment que la SNCB planifiait de supprimer le ticket papier pour mettre en avant l’usage de l’app et du smartphone.
Sur les forums minimalistes, j’ai même découvert une catégorie d’utilisateurs qui possèdent un smartphone classique pour aller au travail, par simple peur d’être moqué ou de passer pour un rebelle auprès de leurs collègues. De la même manière, certains refusent d’installer Signal ou d’effacer leur compte Facebook par crainte que cela puisse paraître suspect. Une chose me semble claire : si c’est la peur de potentiellement paraître suspect qui vous retient, il est urgent d’agir maintenant, tant que cette suspicion n’est que potentielle. Installez Signal et GrapheneOS ou /e/OS maintenant pour avoir l’excuse, dans le futur, de dire que ça fait des mois ou des années que vous fonctionnez comme cela.
Dans le cas du smartphone, je constate avec effroi que s’il est théoriquement possible de ne jamais en avoir eu, il est extrêmement difficile de revenir en arrière. Les banques, par exemple, empêchent souvent de revenir à une méthode d’authentification sans smartphone une fois que celle-ci a été activée !
Je souris quand je pense aux fois où mon refus du smartphone m’a valu une réflexion de type : « Ah ? Vous n’êtes pas à l’aise avec les nouvelles technologies ? ». Souvent, je ne réponds pas. Ou je me contente d’un « si, justement… ». Au moins, avec le Mudita, je pourrai le brandir et affirmer haut et fort : je n’ai pas de smartphone !
Vous et moi, nous savons que ce n’est techniquement pas tout à fait vrai, mais ceux qui veulent imposer l’ubiquité du smartphone GoogApple sont, par définition, des ignares technologiques. Ils n’y verront que du feu… Et, pour un temps, ils seront encore forcés de s’adapter, d’accepter que, non, tout le monde n’a pas tout le temps un smartphone.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Si vous voulez changer le monde, il faut entrer en résistance. Il faut accepter d’agir et de se taire. Il faut accepter de perdre du confort, des opportunités, des relations. Et il ne faut espérer aucune récompense, aucune reconnaissance.
Un espionnage pire que tout ce que vous imaginez
Prenez notre dépendance envers quelques monopoles technologiques. Je pense qu’on ne se rend pas compte de l’espionnage permanent que nous imposent les smartphones. Et que ces données ne sont pas simplement stockées « chez Google ».
Tim Sh a décidé d’investiguer. Il a ajouté un simple jeu gratuit sur un iPhone vierge dont tous les services de localisation étaient désactivés. Cela semble raisonnable, non ?
En analysant les paquets, il a découvert la quantité incroyable d’information qui était envoyée par le moteur du jeu Unity. Cela signifie que le concepteur du jeu lui-même ne sait sans doute pas que son jeu vous espionne.
Mais Tim Sh a fait mieux : il a traqué ces données et découvertes où elles étaient revendues. Ce sont des entreprises ayant pignon sur rue qui revendent, en temps réels, les données utilisateurs : position, historique et instantanée, niveau de la batterie et luminosité, connexion internet utilisée, opérateur téléphonique, espace libre disponible sur le téléphone.
Le tout est accessible en temps réel pour des millions d’utilisateurs. Y compris des utilisateurs persuadés de protéger leur vie privée en désactivant les permissions de localisation, en faisant attention voire même en utilisant des containers GrapheneOS : il n’y a en effet aucune malice, aucun piratage, aucune illégalité. Si l’application fonctionne, c’est qu’elle envoie ses données, point à la ligne.
À noter également : les données concernant les Européens sont plus chères. En effet, le RGPD les rend plus difficiles à obtenir. Ce qui est la preuve que la régulation politique fonctionne. Le RGPD est très loin d’être suffisant. Sa seule utilité réelle est de démontrer que le pouvoir politique peut agir.
Nous avons tendance à nous moquer de la petitesse de l’Europe, car nous la mesurons en utilisant les métriques américaines. Nos politiciens rêvent de « licornes » et de monopoles européens. C’est une erreur, la force européenne est opposée à ces valeurs.
Comme le souligne Marcel Sel : malgré tous ses défauts, l’Europe est très imparfaite, mais, peut-être, la structure dans le monde la plus progressiste et qui protège le mieux ses citoyens.
Face à ce constat, nous observons deux réactions. Le « jemenfoutisme » et l’indignation violente. Mais, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la seconde n’a pas plus d’impact que la première.
Olivier Ertzscheid parle de la saturation de l’indignation. Une indignation permanente qui nous fait perdre toute capacité d’agir.
Je vois beaucoup d’indignation concernant le génocide qu’Israël commet à Gaza. Mais peu ou prou d’actions. Pourtant, une action simple est de supprimer ses comptes Whatsapp. Il est presque certain que les données Whatsapp servent pour cibler des frappes. Supprimer son compte, c’est donc une action réelle. Moins il y aura de comptes Whatsapp, moins les Gazaouis trouveront l’app indispensable, moins il y aura de données pour Israël.
Au lieu de s’indigner, entrez en résistance active. Coupez autant que vous pouvez les cordons. Vous allez perdre des opportunités ? Des contacts ? Vous allez rater des informations ?
C’est le but ! C’est l’objectif ! C’est la résistance, le nouveau maquis. Oui, mais "machin", il est sur Facebook. Quand on entre sa résistance, on y va pas en pantoufle avec toute la famille. C’est le principe même de la résistance : de prendre des risques, d’accomplir des actions que tout le monde ne comprend ou n’approuve pas avec l’espoir de faire changer les choses durablement.
C’est difficile et on ne vous donnera pas une médaille pour cela. Si vous cherchez la facilité, le confort ou si vous voulez de la reconnaissance ou des félicitations officielles, ce n’est pas en résistance que vous devez entrer.
S’arrêter pour penser
Oui, les entreprises sont des poules sans tête qui courent dans tous les sens. Mes années dans l’industrie informatique m’ont permis d’observer que l’immense majorité des employés ne fait strictement rien d’utile. Tout ce que nous faisons, c’est prétendre. Lorsqu’impact il y a, ce qui est extrêmement rare, c’est de permettre à un client de faire « mieux semblant ».
J’ai arrêté de le crier partout, car il est impossible de faire comprendre quelque chose à quelqu’un si son salaire dépend du fait qu’il ne le comprenne pas. Mais force est de constater que tous ceux qui s’arrêtent pour penser arrivent à cette même conclusion.
La merdification des entreprises peut vous toucher de manière la plus imprévue sur un produit que vous appréciez tout particulièrement. C’est mon cas avec Komoot, un outil que j’utilise en permanence pour planifier mes longs trajets à vélo et que j’utilise parfois "on the road", quand je suis un peu paumé et que je veux un itinéraire sûr, mais rapide pour arriver rapidement à destination.
Pour celleux qui ne comprennent pas l’intérêt d’un GPS à vélo, Thierry Crouzet a justement pondu un billet détaillant comment cet accessoire change la pratique du cyclisme.
Mais voilà, Komoot, startup allemande qui se présentait comme un champion de la promotion des voyages à vélo, avec des fondateurs qui promettaient de ne jamais vendre leur bébé a été vendu à un fond d’investissement réputé pour merdifier tout ce qu’il rachète.
Je n’en veux pas aux fondateurs. Je sais bien qu’à partir d’une certaine somme, on remet tous en question nos promesses. Les fondateurs de Whatsapp souhaitaient, à la base, fortement protéger la vie privée de leurs utilisateurs. Ils ont néanmoins vendu leur application à Facebook, car, de leurs propres aveux, on accepte certains compromis à partir d’une certaine somme.
Heureusement, des solutions libres se profilent comme l’excellent Cartes.app qui a pris le problème à bras le corps.
Il manque encore la possibilité d’envoyer facilement un itinéraire vers mon GPS de vélo pour que ce soit utilisable au quotidien, mais le symbole est clair : la dépendance envers des produits merdifiés n’est pas une fatalité !
De la nécessité du logiciel libre
Comme le démontre Gee, les ajouts de fonctionnalités non indispensables ne sont pas neutres. Elles accroissent considérablement le risque de panne et de problème.
Cette simplification ne peut, par essence, que passer par le logiciel libre qui force à la modularité. Liorel donne un exemple très parlant : à cause de sa complexité, Microsoft Excell utilisera pour toujours le calendrier julien. Contrairement à LibreOffice, qui utilise l’actuel calendrier grégorien.
Simplification, liberté, ralentissement, décroissance de notre consommation ne sont que les faces d’une même forme de résistance, d’une même conscientisation de la vie dans sa globalité.
Ralentir et prendre du recul. C’est d’ailleurs ce que m’a violemment offert Chris Brannons, avec son dernier post sur sa capsule Gemini. Et quand je dis le dernier…
Barring unforeseen circumstances or unexpected changes, my last day on earth will be June 13th, 2025.
Chris avait 46 ans et il a pris le temps d’écrire le comment et le pourquoi de sa procédure d’euthanasie. Après ce post, il a pris le temps de répondre à mes emails alors que je l’encourageais à ne pas le faire.
Le symbole du vélo
On ne peut pas s’en foutre. On ne peut pas s’indigner. Il faut alors, avec les quelques millions de secondes qui nous reste à vivre, agir. Agir en faisant ce que l’on pense être le mieux pour soi-même, le mieux pour nos enfants, le mieux pour l’humanité.
Comme rouler à vélo !
Et tant pis si ça ne change rien. Et tant pis si ça nous fait paraître étrange aux yeux de certains. Et tant pis si ça a certains désavantages. Faire du vélo, c’est entrer en résistance !
Symbole de liberté, de simplification, d’indépendance et pourtant extrêmement technologique, le vélo n’a jamais été aussi politique. Comme le souligne Klaus-Gerd Giesen, le Bikepunk est philosophique et politique !
Cela m’amuse d’ailleurs beaucoup quand on présente l’univers de Bikepunk comme un monde d’où a disparu la technologie. Parce que le vélo ce n’est pas de la technologie peut-être ?
D’ailleurs, si vous n’avez pas encore le bouquin, il ne vous reste qu’à courir faire coucou à votre libraire préféré·e et entrer en résistance !
La photo d’illustration m’a été envoyée par Julien Ursini et est sous CC-By. Plongé dans la lecture de Bikepunk, il a été saisi de découvrir ce cadre de vélo rouillé, debout dans le lit de la rivière Bléone, comme un acte de résistance symbolique. Je ne pouvais rêver meilleure illustration pour ce billet.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Previously in "20 years of Linux on the Deskop": After contributing to the launch of Ubuntu as the "perfect Linux desktop", Ploum realises that Ubuntu is drifting away from both Debian and GNOME. In the meantime, mobile computing threatens to make the desktop irrelevant.
The fragmentation of the Ubuntu/GNOME communities became all too apparent when, in 2010, Mark Shuttleworth announced during the Ubuntu-summit that Ubuntu would drop GNOME in favour of its own in-house and secretly developed desktop: Unity.
I was in the audience. I remember shaking my head in disbelief while Mark was talking on stage, just a few metres from me.
Working at the time in the automotive industry, I had heard rumours that Canonical was secretly talking with BMW to put Ubuntu in their cars and that there was a need for a new touchscreen interface in Ubuntu. Mark hoped to make an interface that would be the same on computers and touchscreens. Hence the name: "Unity". It made sense but I was not happy.
The GNOME community was, at the time, in great agitation about the future. Some thought that GNOME was looking boring. That there was no clear sense of direction except minor improvements. In 2006, the German Linux Company SUSE had signed a patent agreement with Microsoft covering patents related to many Windows 95 concepts like the taskbar, the tray, the startmenu. SUSE was the biggest contributor to KDE and the agreement was covering the project. But Red Hat and GNOME refused to sign that agreement, meaning that Microsoft suing the GNOME project was now plausible.
An experiment of an alternative desktop breaking all Windows 95 concepts was done in JavaScript: GNOME-shell.
A JavaScript desktop? Seriously? Yeah, it was cool for screenshots but it was slow and barely usable. It was an experiment, nothing else. But there’s a rule in the software world: nobody will ever end an experiment. An experiment will always grow until it becomes too big to cancel and becomes its own project.
Providing the GNOME desktop to millions of users, Mark Shuttleworth was rightly concerned about the future of GNOME. Instead of trying to fix GNOME, he decided to abandon it. That was the end of Ubuntu as Debian+GNOME.
What concerned me was that Ubuntu was using more and more closed products. Products that were either proprietary, developed behind closed doors or, at the very least, were totally controlled by Canonical people.
In 2006, I had submitted a Summer of Code project to build a GTK interface to Ubuntu’s new bug tracker: Launchpad. Launchpad was an in-house project which looked like it was based on the Python CMS Plone and I had some experience with it. During that summer, I realised that Launchpad was, in fact, proprietary and had no API. To my surprise, there was no way I could get the source code of Launchpad. Naively, I had thought that everything Ubuntu was doing would be free software. Asking the dev team, I was promised Launchpad would become free "later". I could not understand why Canonical people were not building it in the open.
I still managed to build "Conseil" by doing web scraping but it broke with every single change done internally by the Launchpad team.
As a side note, the name "Conseil" was inspired by the book "20.000 leagues under the sea", by Jules Vernes, a book I had downloaded from the Gutenberg project and that I was reading on my Nokia 770. The device was my first e-reader and I’ve read tenths of public domain books on it. This was made possible thanks to the power of opensource: FBreader, a very good epub reading software, had been easily ported to the N770 and was easily installable.
I tried to maintain Conseil for a few months before giving up. It was my first realisation that Canonical was not 100% open source. Even technically free software was developed behind closed doors or, at the very least, with tight control over the community. This included Launchpad, Bzr, Upstard, Unity and later Mir. The worse offender would later be Snap.
To Mark Shuttleworth’s credit, it should be noted that, most of the time, they were really trying to fix core issues with Linux’s ecosystem. In retrospective, it looks easy to see those moves as "bad". But, in reality, Canonical had a strong vision and keeping control was easier than to do everything in the open. Bzr was launched before git existed (by a few days). Upstard was created before Systemd. Those decisions made sense at the time.
Even the move to Unity would later prove to be very strategical as, in 2012, GNOME would suddenly depend on Systemd, which was explicitly developed as a competitor to Upstart. Ubuntu would concede defeat in 2015 by replacing Upstart with Systemd and in 2018 by reinstating GNOME as the default desktop. But those were not a given in 2010.
But even with the benefit of doubt, Canonical would sometimes cross huge red lines, like that time where Unity came bundled with some Amazon advertisement, tracking you on your own desktop. This was, of course, not really well received.
The end of Maemo: when incompetence is not enough, be malevolent
At the same time in the nascent mobile world, Nokia was not the only one suffering from the growing Apple/Google duopoly. Microsoft was going nowhere with its own mobile operating system, WindowsCE and running like a headless chicken. The director of the "Business division" of Microsoft, a guy named Stephen Elop, signed a contract with Nokia to develop some Microsoft Office feature on Symbian. This looked like an anecdotical side business until, a few months after that contract, in September 2010, Elop leaves Microsoft to become… CEO of Nokia.
This was important news to me because, at 2010’s GUADEC (GNOME’s annual conference) in Den Haag, I had met a small tribe of free software hackers called Lanedo. After a few nice conversations, I was excited to be offered a position in the team.
In my mind at the time, I would work on GNOME technologies full-time while being less and less active in the Ubuntu world! I had chosen my side: I would be a GNOME guy.
I was myself more and more invested in GNOME, selling GNOME t-shirts at FOSDEM and developing "Getting Things GNOME!", a software that would later become quite popular.
Joining Lanedo without managing to land a job at Canonical (despite several tries) was the confirmation that my love affair with Ubuntu had to be ended.
In 2010, Lanedo biggest customer was, by far, Nokia. I had been hired to work on Maemo (or maybe Meego? This was unclear). We were not thrilled to see an ex-Microsoft executive take the reins of Nokia.
As we feared, one of Elop’s first actions as CEO of Nokia was to kill Maemo in an infamous "burning platform" memo. Elop is a Microsoft man and hates anything that looks like free software. In fact, like a good manager, he hates everything technical. It is all the fault of the developers which are not "bringing their innovation to the market fast enough". Sadly, nobody highlighted the paradox that "bringing to the market" had never been the job of the developers. Elop’s impact on the Nokia company is huge and nearly immediate: the stock is in free fall.
One Nokia developer posted on Twitter: "Developers are blamed because they did what management asked them to do". But, sometimes, management even undid the work of the developers.
The Meego team at Nokia was planning a party for the release of their first mass-produced phone, the N8. While popping Champaign during the public announcement of the N8 release, the whole team learned that the phone had eventually been shipped with… Symbian. Nobody had informed the team. Elop had been CEO for less than a week and Nokia was in total chaos.
But Stephen Elop is your typical "successful CEO". "Successful" like in inheriting one of the biggest and most successful mobile phone makers and, in a couple of years, turning it into ashes. You can’t invent such "success".
During Elop's tenure, Nokia's stock price dropped 62%, their mobile phone market share was halved, their smartphone market share fell from 33% to 3%, and the company suffered a cumulative €4.9 billion loss
It should be noted that, against all odds, the Meego powered Nokia N9, which succeeded to the N8, was a success and was giving true hope of Meego competing with Android/iOS. N9 was considered a "flagship" and it showed. At Lanedo, we had discussed having an N9 bought by the company for each employee so we could "eat our own dog food" (something which was done at Collabora). But Elop announcement was clearly underderstood as the killing of Meego/Maemo and Symbian to leave room to… Windows Phone!
The Nokia N9 was available in multiple colours (picture by Bytearray render on Wikimedia)
Well, Elop promised that, despite moving to Windows Phone, Nokia would release one Meego phone every year. I don’t remember if anyone bought that lie. We could not really believe that all those years of work would be killed just when the success of the N9 proved that we did it right. But that was it. The N9 was the first and the last of its kind.
Ironically, the very first Windows Phone, the Lumia 800, will basically be the N9 with Windows Phone replacing Meego. And it would receive worse reviews that the N9.
At that moment, one question is on everybody's lips: is Stephen Elop such a bad CEO or is he destroying Nokia on purpose? Is it typical management incompetence or malevolence? Or both?
The answer comes when Microsoft, Elop’s previous employer, bought Nokia for a fraction of the price it would have paid if Elop hasn’t been CEO. It’s hard to argue that this was not premeditated: Elop managed to discredit and kill every software-related project Nokia had ever done. That way, Nokia could be sold as a pure hardware maker to Microsoft, without being encumbered by a software culture which was too distant from Microsoft. And Elop goes back to his old employer as a richer man, receiving a huge bonus for having tanked a company. But remember dear MBA students, he’s a "very successful manager", you should aspire to become like him.
Les voies du capitalisme sont impénétrables.
As foolish as it sounds, this is what the situation was: the biggest historical phone maker in the world merged with the biggest historical software maker. Vic Gundotra, head of the Google+ social network, posted: "Two turkeys don’t make an eagle." But one thing was clear: Microsoft was entering the mobile computing market because everything else was suddenly irrelevant.
Every business eyes were pointed towards mobile computing where, ironically, Debian+GNOME had been a precursor.
Just when it looked like Ubuntu managed to make Linux relevant on the desktop, nobody cared about the desktop anymore. How could Mark Shuttleworth makes Ubuntu relevant in that new world?
(to be continued)
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I’m currently turning this story into a book. I’m looking for an agent or a publisher interested to work with me on this book and on an English translation of "Bikepunk", my new post-apocalyptic-cyclist typewritten novel which sold out in three weeks in France and Belgium.
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
I hate modern chats. They presuppose we are always online, always available to chat. They force us to see and think about them each time we get our eyes on one of our devices. Unlike mailboxes, they are never empty. We can’t even easily search through old messages (unlike the chat providers themselves, which use the logs to learn more about us). Chats are the epitome of the business idiot: they make you always busy but prevent you from thinking and achieving anything.
It is quite astonishing to realise that modern chat systems use 100 or 1000 times more resources (in size and computing power) than 30 years ago, that they are less convenient (no custom client, no search) and that they work against us (centralisation, surveillance, ads). But, yay, custom emojis!
Do not get me wrong: chats are useful! When you need an immediate interaction or a quick on-the-go message, chats are the best.
I needed to keep being able to chat while keeping the digital clutter to a minimal and preserving my own sanity. That’s how I came up with the following rules.
Rule 1: One chat to rule them all
One of the biggest problems of centralised chats is that you must be on many of them. I decided to make Signal my main chat and to remove others.
Signal was, for me, a good compromise of respecting my privacy, being open source and without ads while still having enough traction that I could convince others to join it.
Yes, Signal is centralised and has drawbacks like relying on some Google layers (which I worked around by using Molly-FOSS). I simply do not see XMPP, Matrix or SimpleX becoming popular enough in the short term. Wire and Threema had no advantages over Signal. I could not morally justify using Whatsapp nor Telegram.
In 2022, as I decided to use Signal as my main chat, I deleted all accounts but Signal and Whatsapp and disabled every notification from Whatsapp, forcing myself to open it once a week to see if I had missed something important. People who really wanted to reach me quickly understood that it was better to use Signal. This worked so well that I forgot to open Whatsapp for a whole month which was enough for Whatsapp to decide that my account was not active anymore.
Not having Whatsapp is probably the best thing which happened to me regarding chats. Suddenly, I was out of tenths or hundreds of group chats. Yes, I missed lots of stuff. But, most importantly, I stopping fearing missing them. Seriously, I never missed having Whatsapp. Not once. Thanks Meta for removing my account!
While travelling in Europe, it is now standard that taxi and hotels will chat with you using Whatsapp. Not anymore for me. Guess what? It works just fine. In fact, I suspect it works even better because people are forced to either do what we agreed during our call or to call me, which requires more energy and planning.
Rule 2: Mute, mute, mute!
Now that Signal is becoming more popular, some group chats are migrating to it. But I’ve learned the lesson : I’m muting them. This allows me to only see the messages when I really want to look at them. Don’t hesitate to mute vocal group chats and people with whom you don’t need day-to-day interaction.
I’m also leaving group chats which are not essential. Whatsapp deletion told me that nearly no group chat is truly essential.
Many times, I’ve had people sending me emails about what was told on a group chat because they knew I was not there. Had I been on that group, I would probably have missed the messages but nobody would have cared. If you really want to get in touch with me, send me an email!
Rule 3: No read receipts nor typing indicators
I was busy, walking in the street with my phone in hands for directions. A notification popped up with an important message. It was important but not urgent. I could not deal with the message at that moment. I wanted to take the time. One part of my brain told me not to open the message because, if I did, the sender would see a "read receipt". He would see that I had read the message but would not receive any answer.
For him, that would probably translate in "he doesn’t care". I consciously avoided to open Signal until I was back home and could deal with the message.
That’s when I realised how invasive the "read receipt" was. I disabled it and never regretted that move. I’m reading messages on my own watch and replying when I want to. Nobody needs to know if I’ve seen the message. It is wrong in every aspect.
Signal preferences showing read receipts and typing indicator disabled
Rule 4: Temporary discussions only
The artist Bruno Leyval, who did the awesome cover of my novel Bikepunk, is obsessed with deletion and disappearance. He set our Signal chat so that every message is deleted after a day. At first, I didn’t see the point.
Until I understood that this was not only about privacy, it also was about decluttering our mind, our memories.
Since then, I’ve set every chat in Signal to delete messages after one week.
Signal preferences showing disappearing messages set to one week
This might seem like nothing but this changes everything. Suddenly, chats are not a long history of clutter. Suddenly, you see chats as transient and save things you want to keep. Remember that you can’t search in chats? This means that chats are transient anyway. With most chats, your history is not saved and could be lost by simply dropping your phone on the floor. Something important should be kept in a chat? Save it! But it should probably have been an email.
Embracing the transient nature of chat, making it explicit greatly reduce the clutter.
Conclusion
I know that most of you will say that "That’s nice Ploum but I can’t do that because everybody is on XXX" where XXX is most often Whatsapp in my own circles. But this is wrong: you believe everybody is on XXX because you are yourself using XXX as your main chat. When surveying my students this year, I’ve discovered that nearly half of them was not on Whatsapp. Not for some hard reason but because they never saw the need for it. In fact, they were all spread over Messenger, Instagram, Snap, Whatsapp, Telegram, Discord. And they all believed that "everybody is where I am".
In the end, the only real choice to make is between being able to get immediately in touch with a lot of people or having room for your mental space. I choose the latter, you might prefer the former. That’s fine!
I still don’t like chat. I’m well aware that the centralised nature of Signal makes it a short-term solution. But I’m not looking for the best sustainable chat. I just want fewer chats in my life.
If you want to get in touch, send me an email!
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
Attention, ce qui va suivre divulgâche une partie de ce que je dirai samedi midi à Massy. Si vous venez, arrêtez de lire ici, on se retrouve demain !
Qu’est-ce que la low-tech ?
Le terme low-tech nous fait intuitivement sentir une opposition contre l’excès technologique (le "high tech") tout en évitant l’extrémisme technophobique. Un terme qui enthousiasme, mais qu’il me semble important d’expliciter et dont je propose la définition suivante.
Une technologie est dite « low-tech » si les personnes interagissant avec cette technologie savent et peuvent en comprendre son fonctionnement.
Savoir comprendre. Pouvoir comprendre. Deux éléments essentiels (et difficiles à distinguer pour le Belge que je suis).
Savoir comprendre
Savoir comprendre une technologie implique d’avoir la possibilité de construire un modèle intellectuel de son fonctionnement interne.
Il est bien évident que tout le monde n’a pas la capacité de comprendre toutes les technologies. Mais il est possible de procéder par niveau. La majorité des automobilistes sait qu’une voiture à essence brûle le carburant qui explose dans un moteur, explosion qui entraine des pistons qui font tourner les roues. Le nom est un indice en soi : un moteur à explosion !
Si je n’en comprends pas plus sur le fonctionnement d’un moteur, j’ai la certitude qu’il existe des personnes qui comprennent mieux, souvent dans mon entourage direct. Au plus la compréhension est fine, au plus les personnes deviennent rares, mais chacun peut tenter de s’améliorer.
La technologie est simple sans être simpliste. Cela signifie que sa complexité peut être appréhendée graduellement. Et qu’il existe des experts qui appréhendent une technologie particulière dans sa globalité.
Par opposition, il est aujourd’hui humainement impossible de comprendre un smartphone moderne. Seuls quelques expert·e·s dans le monde maitrisent chacun·e un point particulier de l’objet : du dessin de l’antenne 5G au logiciel retouchant automatiquement les photos en passant par le chargement rapide de la batterie. Et aucun d’entre eux ne maitrise la conception d’un compilateur nécessaire à faire tourner le tout. Même un génie passant sa vie à démonter des smartphones serait dans l’incapacité totale de comprendre ce qui se passe à l’intérieur d’un engin que nous avons tous en permanence soit dans une poche, soit devant notre nez !
L’immense majorité des utilisateurs de smartphones n’ont pas le moindre modèle mental de son fonctionnement. Je ne parle pas d’un modèle erroné ou simpliste : non, il n’y en a pas du tout. L’objet est « magique ». Pourquoi affiche-t-il quelque chose plutôt qu’un autre ? Parce que c’est « magique ». Et comme pour la magie, il ne faut pas chercher à comprendre.
La low-tech peut être extrêmement complexe, mais l’existence même de cette complexité doit être compréhensible et justifiée. Une complexité transparente encourage naturellement les esprits curieux à se poser des questions.
Le temps de comprendre
Comprendre une technologie prend du temps. Cela implique une relation longue, une expérience qui se crée tout au long d’une vie, qui se partage, qui se transmet.
Par opposition, la high-tech impose un renouvellement, une mise à jour constante, des changements d’interface et de fonctionnalité permanents qui renforcent l’aspect « magique » et entraine le découragement de celleux qui tentent de se construire un modèle mental.
La low-tech doit donc nécessairement être durable. Pérenne. Elle doit s’enseigner et permettre une construction progressive de cet enseignement.
Cela implique parfois des efforts, des difficultés. Tout ne peut pas toujours être progressif : à un moment, il faut se lancer sur son vélo pour apprendre à garder l’équilibre.
Pouvoir comprendre
Historiquement, il semble évident que toute technologie a la possibilité d’être comprise. Les personnes interagissant avec la technologie étaient forcées de réparer, d’adapter et donc de comprendre. Une technologie était essentiellement matérielle, ce qui implique qu’elle pouvait être démontée.
Avec le logiciel apparait un nouveau concept : celui de cacher le fonctionnement. Et si, historiquement, tout logiciel est open source, l’invention du logiciel propriétaire rend difficile, voire impossible, de comprendre une technologie.
Le logiciel propriétaire n’a pu être inventé que grâce à la création d’un concept récent, au demeurant absurde, appelé « propriété intellectuelle ».
Cette propriété intellectuelle ayant permis la privatisation de la connaissance dans le logiciel, elle est ensuite étendue au monde matériel. Soudainement, il devient possible d’interdire à une personne de tenter de comprendre la technologie qu’elle utilise au quotidien. Grâce à la propriété intellectuelle, des fermiers se voient soudain interdits d’ouvrir le capot de leur propre tracteur.
La low-tech doit être ouverte. Elle doit pouvoir être réparée, modifiée, améliorée et partagée.
De l’utilisateur au consommateur
Grâce à la complexification, aux changements incessants et à l’imposition d’un régime strict de « propriété intellectuelle », les utilisateurs ont été transformés en consommateurs.
Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas une évolution inéluctable de la nature. Il s’agit d’un choix conscient. Toutes les écoles de commerce enseignent aux futurs entrepreneurs à se construire un marché captif, à priver autant que possible leur client de liberté, à construire ce qu’on appelle dans le jargon une "moat" (douve qui protège un château) afin d’augmenter la « rétention des utilisateurs ».
Les termes eux-mêmes deviennent flous pour renforcer ce sentiment de magie. On ne parle par exemple plus de transférer un fichier .jpg vers un ordinateur distant, mais de « sauvegarder ses souvenirs dans le cloud ».
Les marketeux nous ont fait croire qu’en supprimant les mots compliqués, ils simplifieraient la technologie. C’est évidemment le contraire. L’apparence de simplicité est une complexité supplémentaire qui emprisonne l’utilisateur. Toute technologie nécessite un apprentissage. Cet apprentissage doit être encouragé.
Pour une approche et une éthique low-tech
L’éthique low-tech consiste à se remettre au service de l’utilisateur en lui facilitant la compréhension de ses outils.
La high-tech n’est pas de la magie, c’est de la prestidigitation. Plutôt que de cacher les « trucs » sous des artifices, la low-tech cherche à montrer et à créer une utilisation en conscience de la technologie.
Cela n’implique pas nécessairement une simplification à outrance.
Prenons l’exemple d’une machine à laver le linge. Nous comprenons tous qu’une machine de base est un tambour qui tourne dans lequel est injecté de l’eau et du savon. C’est très simple et low-tech.
On pourrait arguer que l’ajout de capteurs et de contrôleurs électroniques permet de laver le linge plus efficacement et plus écologiquement en le pesant et adaptant la vitesse de rotation en fonction du type de linge.
Dans une optique low-tech, un boitier électronique est ajouté à la machine pour faire exactement cela. Si le boitier est retiré ou tombe en panne, la machine continue à fonctionner simplement. L’utilisateur peut choisir de débrancher le boitier ou de le remplacer. Il en comprend l’utilité et la justification. Il construit un modèle mental dans lequel le boitier ne fait qu’appuyer sur les boutons de réglage au bon moment. Et, surtout, il ne doit pas envoyer toute la machine à la casse parce que la puce wifi ne fonctionne plus et n’est plus mis à jour ce qui a bloqué le firmware (quoi ? Ma machine à laver dispose d’une puce wifi ?).
Pour une communauté low-tech
Une technologie low-tech encourage et donne l’occasion à l’utilisateur à la comprendre, à se l’approprier. Elle tente de rester stable dans le temps, se standardise. Elle ne cherche pas à cacher la complexité intrinsèque partant du principe que la simplicité provient de la transparence.
Cette compréhension, cette appropriation ne peut se faire que dans l’interaction. Une technologie low-tech va donc, par essence, favoriser la création de communautés et les échanges humains autour de cette même technologie.
Pour contribuer à l’humanité et aux communautés, une technologie low-tech se doit d’appartenir à tou·te·s, de faire partie des communs.
J’en arrive donc à cette définition, complémentaire et équivalente à la première :
Une technologie est dite « low-tech » si elle expose sa complexité de manière simple, ouverte, transparente et durable tout en appartenant aux communs.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Comment l’université tue le livre (et les intellectuels)
Il faut sauver la bibliothèque de Louvain-la-Neuve
Menacée d’expulsion par l’université, la bibliothèque publique de Louvain-la-Neuve risque de disparaître. Il est urgent de signer la pétition pour tenter de la sauver.
Mais ce n’est pas un événement isolé, ce n’est pas un accident. Il ne s’agit que d’une escarmouche dans la longue guerre que la ville, l’université et la société de consommation mènent contre les livres et, à travers eux, contre l’intellectualisme.
Le livre, outil indispensable de l’intellectuel
L’une des tâches que je demande chaque année à mes étudiants avant l’examen est de lire un livre. Si possible de fiction ou un essai, mais un livre non technique.
Au choix.
Bien sûr, je donne des idées en rapport avec mon cours. Notamment « Little Brother » de Cory Doctorow qui est facile à lire, prenant, et tout à fait dans le sujet. Mais les étudiants sont libres.
Chaque année, plusieurs étudiants me glissent lors de l’examen qu’ils n’avaient plus lu un livre depuis l’école secondaire, mais que, en fait, c’était vraiment chouette et que ça fait vraiment réfléchir. Que sans moi, ils auraient fait toutes leurs études d’ingénieur sans lire un seul livre autre que des manuels.
Les livres, qui forcent une lecture sur un temps long, qui forcent une immersion, sont l’outil indispensable de l’intellectuel et de l’humaniste. Il est impossible de réfléchir sans livre. Il est impossible de prendre du recul, de faire de nouveaux liens et d’innover sans être baigné dans la diversité d’époques, de lieux et d’expériences humaines que sont les livres. On peut surnager pendant des années dans un domaine voire devenir compétent sans lire. Mais la compréhension profonde, l’expertise nécessite des livres.
Ceux qui ne lisent pas de livres sont condamnés à se satisfaire de superficialité, à se laisser manipuler, à obéir aveuglément. Et c’est peut-être ça l’objectif.
J’estime que l’université ne doit pas former de bons petits consultants obéissants et employables, mais des intellectuels humanistes. La mission première de l’université passe par la diffusion, la promotion, l’appropriation de la culture intellectuelle du livre.
Entre l’humanisme et le profit immobilier, l’université a choisi
Mais, à Louvain-la-Neuve, l’université semble se transformer en simple agence immobilière. La ville qui, en 50 ans, s’est créée autour de l’université est en train de se transformer pour n’offrir graduellement plus que deux choses : de la bouffe et des fringues.
En 2021, le bouquiniste de la place des Wallons, présent depuis 40 ans grâce à un bail historique, a vu son propriétaire, l’université, lui infliger une augmentation de loyer vertigineuse. Je l’ai vu, les yeux pleins de larmes, mettant en caisse les milliers de bandes dessinées de son stock afin de laisser la place à… un vendeur de gauffres !
Ce fut ensuite le tour du second bouquiniste de la ville, une minuscule échoppe aux murs noircis de livres de philosophie où nous nous retrouvions régulièrement entre habitués pour nous disputer quelques pièces rares. Le couple qui tenait la bouquinerie m’a confié que, devant le prix du loyer, également versé à l’université, il était plus rentable pour eux de devenir bouquinistes itinérants. « Ça ne va pas vous plaire ! » m’a confié la gérante lorsque j’ai demandé qui reprendrait son espace. Quelques semaines plus tard, en effet, surgissait une vitrine vendant des sacs à mains !
Quant à la librairie principale de la ville, l’historique librairie Agora, elle fut rachetée par le groupe Furet du Nord dont la section belge a fait faillite. Il faut dire que la librairie occupait un énorme espace appartenant en partie au promoteur immobilier Klépierre et à l’université. D’après mes sources, le loyer mensuel s’élevait à… 35.000€ !
De cette faillite, j’ai récupéré plusieurs meubles bibliothèques qui étaient à donner. L’ouvrier qui était en train de nettoyer le magasin me souffla, avec un air goguenard, que les étudiants allaient être contents du changement ! Il n’avait pas le droit de me dire ce qui remplacerait la librairie, mais, promis, ils allaient être contents.
En effet, il s’agissait d’un projet de… Luna Park ! (qui, bien que terminé, n’a pas obtenu l’autorisation d’ouvrir ses portes suite aux craintes des riverains concernant le tapage qu’un tel lieu engendre)
Mais l’université ne comptait pas en rester là. Désireuse de récupérer des locaux pourtant sans aucun potentiel commercial, elle a également mis dehors le centre de livres d’occasion Cerfaux Lefort. Une pétition pour tenter de le sauver a récolté 3000 signatures. Sans succès.
Pendant quelques mois, Louvain-la-Neuve, ville universitaire et intellectuelle, s’est retrouvée sans librairie ! Consciente que ça faisait désordre, l’université a offert des conditions correctes à une équipe motivée pour créer la librairie « La Page d’Après » dans une petite surface. La libraire est petite et, par conséquent, doit faire des choix (la littérature de genre, mon domaine de prédilection, occupe moins d’une demi-table).
Je me suis évidemment enthousiasmé pour le projet de la Page d’Après, dont je suis immédiatement devenu un fidèle. Je n’avais pas imaginé l’esprit retors du promoteur immobilier qu’est devenue l’université : le soutien à la Page d’Après (qui n’est que très relatif, la surface n’est pas offerte non plus) est devenu l’excuse à la moindre critique !
Car c’est aujourd’hui la bibliothèque publique de Louvain-la-Neuve elle-même qui est menacée à très court terme. La partie ludothèque et livres jeunesse est d’ores et déjà condamnée pour laisser la place à une extension du restaurant universitaire. Le reste de la bibliothèque est sur la sellette. L’université estime en effet qu’elle pourrait tirer 100.000€ par an de loyer et qu’elle n’a aucune raison d’offrir 100.000€ à une institution qui ne pourrait évidemment pas payer une telle somme. Précisons plutôt que l’université ne voit plus d’intérêt à cette bibliothèque qu’elle a pourtant désirée ardemment et qu’elle n’a obtenue que grâce à une convention signée en 1988, à l’époque où Louvain-la-Neuve n’était encore qu’un jeune assemblage d’auditoires et de logements étudiants.
À la remarque « Pouvez-vous imaginer une ville universitaire sans bibliothèque ? » posée par de multiples citoyens, la réponse de certains décideurs est sans ambiguïté : « Nous avons la Page d’Après ». Comme si c’était pareil. Comme si c’était suffisant. Mais, comme le glissent parfois à demi-mot certains politiques qui n’ont pas peur d’étaler leur déficience intellectuelle : « Le livre, c’est mort, l’avenir c’est l’IA. Et puis, si nécessaire, il y a Amazon ».
L’université propose à la bibliothèque de garder une fraction de l’espace actuel à la condition que les travaux d’aménagement soient pris en charge… par la bibliothèque publique elle-même (le résultat restant propriété de l’université). De bibliothèque, la section de Louvain-la-Neuve se transformerait en "antenne" avec un stock très faible et où l’on pourrait se procurer les livres commandés.
Mais c’est complètement se méprendre sur le rôle d’une bibliothèque. Un lieu où l’on peut flâner et faire des découvertes littéraires improbables, découvertes d’ailleurs encouragées par les initiatives du personnel (mise en évidence de titres méconnus, tirage aléatoire d’une suggestion de lecture …). Dans la bibliothèque de Louvain-la-Neuve, j’ai croisé des bénévoles aidant des immigrés adultes à se choisir des livres pour enfant afin d’apprendre le français. J’ai vu mon fils se mettre à lire spontanément les journaux quotidiens offerts à la lecture.
Une bibliothèque n’est pas un point d’enlèvement ou un commerce, une bibliothèque est un lieu de vie !
La bibliothèque doit subsister. Il faut la sauver. (et signer la pétition si ce n’est pas encore fait)
Loin de se faire de la concurrence, les différents acteurs du livre se renforcent, s’entraident. Les meilleurs clients de l’un sont souvent les meilleurs clients de l’autre. Un achat d’un côté entraine, par ricochet, un achat de l’autre. La bibliothèque publique de Louvain-la-Neuve est le plus gros client du fournisseur de BD Slumberland (ou le second après moi, me siffle mon portefeuille). L’université pourrait faire le choix de participer à cet écosystème.
Slumberland, lieu mythique vers lequel se tournent mes cinq prières quotidiennes, occupe un espace Klépierre. Car, à Louvain-la-Neuve, tout appartient soit à l’université, soit au groupe Klépierre, propriétaire du centre commercial. Le bail de Slumberland arrivant à expiration, ils viennent de se voir notifier une augmentation soudaine de plus de 30% !
15.000€ par mois. En étant ouvert 60h par semaine (ce qui est énorme pour un magasin), cela signifie plus d’un euro par minute d’ouverture. Rien que pour payer son loyer, Slumberland doit vendre une bande dessinée toutes les 5 minutes ! À ce tarif-là, mes (nombreux et récurrents) achats ne remboursent même pas le temps que je passe à flâner dans le magasin !
Ces loyers m’interpellent : comment un magasin de loques criardes produites par des enfants dans des caves en Asie peut-il gagner de quoi payer de telles sommes là où les meilleurs fournisseurs de livres peinent à joindre les deux bouts ? Comment se fait-il que l’épicerie de mon quartier, présente depuis 22 ans, favorisant les produits bio et locaux, remplie tous les jours à ras bord de clients, doive brusquement mettre la clé sous le paillasson ? Comme aux États-Unis, où on ne dit pas « boire un café », mais « prendre un Starbucks », il ne nous restera bientôt que les grandes chaînes.
Face à l’hégémonie de ces monopoles, je croyais que l’université était un soutien. Mais force est de constater que le modèle est plutôt celui de Monaco : le seul pays du monde qui ne dispose pas d’une seule librairie !
Quelle société les universitaires sont-ils en train de construire ?
Je vous rassure, Slumberland survivra encore un peu à Louvain-la-Neuve. Le magasin a trouvé une surface moins chère (car moins bien exposée) et va déménager. Son nouveau propriétaire ? L’université bien sûr ! Derniers bastions livresques de la ville qui fût, un jour, une utopie intellectuelle et humaniste, Slumberland et La Page d’Après auront le droit de subsister jusqu’au jour où les gestionnaires immobiliers qui se prétendent intellectuels décideront que ce serait plus rentable de vendre un peu plus de gaufres, un peu plus de sacs à main ou d’abrutir un peu plus les étudiants avec un Luna Park.
L’université est devenue un business. Le verdict commercial est sans appel : la production de débiles formatés à la consommation instagrammable rapporte plus que la formation d’intellectuels.
Mais ce n’est pas une fatalité.
L’avenir est ce que nous déciderons d’en faire. L’université n’est pas forcée de devenir un simple gestionnaire immobilier. Nous sommes l’université, nous pouvons la transformer.
J’invite tous les membres du personnel de l’université, les professeur·e·s, les étudiant·e·s, les lecteurices, les intellectuel·le·s et les humanistes à agir, à parler autour d’eux, à défendre les livres en les diffusant, en les prêtant, en encourageant leur lecture, en les conseillant, en diffusant leurs opinions, en ouvrant les débats sur la place des intellectuels dans la ville.
Pour préserver le savoir et la culture, pour sauvegarder l’humanisme et l’intelligence de l’absurde marchandisation à court terme, nous avons le devoir de communiquer, de partager sans restriction, de faire entendre notre voix de toutes les manières imaginables.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Toute l’infrastructure gigantesque d’Internet, tous ces milliers de câbles sous-marins, ces milliards de serveurs clignotants ne servent aux humains qu’à échanger des séries de bits.
Nos téléphones produisent des bits qui sont envoyés, dupliqués, stockés et, parfois, arrivent sur d’autres téléphones. Souvent, ces bits ne sont utiles que pour quelques secondes à peine. Parfois, ils ne le sont pas du tout.
Nous produisons trop de bits pour être capables de les consommer ou pour tout simplement en avoir envie.
Or, toute la promesse de l’IA, c’est d’automatiser cette génération de bits en faisant deux choses : enregistrer les séquences de bits existantes pour les analyser puis reproduire des séquences de bits nouvelles, mais « ressemblantes ».
L’IA, les LLMs, ce ne sont que ça : des générateurs de bits.
Comme me le souffle très justement Stéphane "Alias" Gallay : la course à l’IA, ce n’est finalement qu’un concours de bits.
Enregistrer les séquences de bits
Tous les producteurs d’IA doivent donc d’abord enregistrer autant de séquences de bits existantes que possible. Pour cette raison, le Web est en train de subir une attaque massive. Ces fournisseurs de créateurs de bits pompent agressivement toutes les données qui passent à leur portée. En continu. Ce qui met à mal toute l’infrastructure du web.
Mais comment arrivent-ils à faire cela ? Et bien une partie de la solution serait que ce soit votre téléphone qui le fasse. La société Infatica, met en effet à disposition des développeurs d’app Android et iPhone des morceaux de code à intégrer dans leurs apps contre paiement.
Ce que fait ce code ? Tout simplement, à chaque fois que vous utilisez l’app, il donne l’accès à votre bande passante à des clients. Clients qui peuvent donc faire les requêtes de leur choix comme pomper autant de sites que possible. Cela, sans que l’utilisateur du téléphone en soi informé le moins du monde.
Cela rend l’attaque impossible à bloquer efficacement, car les requêtes proviennent de n’importe où, n’importe quand.
Tout comme le spam, l’activité d’un virus informatique se fait désormais à visage découvert, avec de vraies sociétés qui vendent leurs « services ». Et les geeks sont trop naïfs : ils cherchent des logiciels malveillants qui exploitent des failles de sécurité compliquées alors que tout se fait de manière transparente, à ciel ouvert, mais avec ce qu’on appelle la "plausible deniability" grâce à des couches de services commerciaux. Il y a même des sites avec des reviews et des étoiles pour choisir son meilleur réseau de botnets pseudolégal.
Le développeur de l’app Android dira que « il ne savait pas que son app serait utilisée pour faire des choses néfastes ». Les fournisseurs de ce code et revendeurs diront « on voulait surtout aider la recherche scientifique et le développeur est censé prévenir l’utilisateur ». Le client final, qui lance ces attaques pour entrainer ses générateurs de bits dira « je n’ai fait qu’utiliser un service commercial ».
En fait, c’est même pire que cela : comme je l’ai démontré lorsque j’ai détecté la présence d’un tracker Facebook dans l’application officielle de l’institut royal de météorologie belge, il est probable que le maître d’œuvre de l’application n’en sache lui-même rien, car il aura utilisé un sous-traitant pour développer l’app. Et le sous-traitant aura lui-même créé l’app en question sur base d’un modèle existant (un template).
Grâce à ces myriades de couches, personne ne sait rien. Personne n’est responsable de rien. Et le web est en train de s’effondrer. Allégorie virtuelle du reste de la société.
Générer des séquences de bits
Une fois qu’on a enregistré assez de séquences de bits, on va tenter d’y trouver une logique pour générer des séquences nouvelles, mais « ressemblantes ». Techniquement, ce qui est très impressionnant avec les ChatGPT et consorts, c’est l’échelle à laquelle est fait ce que les chercheurs en informatique font depuis vingt ans.
Mais si ça doit être « ressemblant », ça ne peut pas l’être trop ! En effet, cela fait des décennies que l’on nous rabâche les oreilles avec le "plagiat", avec le "vol de propriété intellectuelle". Houlala, "pirater", c’est mal.
Eh bien non, allez-y ! Piratez mes livres ! D’ailleurs, ils sont faits pour, ils sont sous licence libre. Parce que j’ai envie d’être lu. C’est pour ça que j’écris. Je ne connais aucun artiste qui a augmenté la taille de son public en "protégeant sa propriété intellectuelle".
Have you ever considered piracy?
Parait que c’est mal de pirater.
Sauf quand ce sont les IA qui le font. Ce que montre très bien Otakar G. Hubschmann dans une expérience édifiante. Il demande à ChatGPT de générer des images de « superhéros qui utilise des toiles d’araignées pour se déplacer », d’un « jeune sorcier qui va à l’école avec ses amis » ou un « plombier italien avec une casquette rouge ».
Et l’IA refuse. Parce que ce serait enfreindre un copyright. Désolé donc à tous les plombiers italiens qui voudraient mettre une casquette rouge : vous êtes la propriété intellectuelle de Nintendo.
Mais là où c’est encore plus hallucinant, c’est lorsqu’il s’éloigne des toutes grandes franchises actuelles. S’il demande « photo d’une femme combattant un alien », il obtient… une image de Sigourney Weaver. Une image d’un aventurier archéologue qui porte un chapeau et utilise un fouet ? Il obtient une photo d’Harrisson Ford.
Comme je vous disais : une simple série de bits ressemblant à une autre.
Ce qui nous apprend à quel point les IA n’ont aucune, mais alors là aucune originalité. Mais, surtout, que le copyright est véritablement un outil de censure qui ne sert que les très très grands. Grâce aux IA, il est désormais impossible d’illustrer voire d’imaginer un enfant sorcier allant à l’école parce que c’est du plagiat d’Harry Potter (lui-même étant, selon moi, un plagiat d’un roman d’Anthony Horowitz, mais passons…).
Comme le dit Irénée Régnauld, il s’agit de pousser un usage normatif des technologies à un point très effrayant.
Mais pour protéger ces franchises et ce copyright, les mêmes IA n’hésitent pas à se servir dans les bases de données pirates et à foutre en l’air tous les petits services d’hébergement.
Les humains derrière les bits
Mais le pire c’est que c’est tellement à la mode de dire qu’on a généré ses bits automatiquement que, souvent, on le fait faire par des humains camouflés en générateurs automatiques. Comme cette app de shopping "AI" qui n’était, en réalité, que des travailleurs philippins sous-payés.
Les luddites l’avaient compris, Charlie Chaplin l’avait illustré dans « Les temps modernes », Arnold Schwarzeneger a essayé de nous avertir : nous servons les machines que nous croyons avoir conçu pour nous servir. Nous sommes esclaves de générateurs de bits.
Pour l’amour des bits !
Dans le point presse de ma ville, j’ai découvert qu’il n’y avait qu’un magazine en présentoir consacré à Linux, mais pas moins de 5 magazines consacrés entièrement aux générateurs de bits. Avec des couvertures du genre « Mieux utiliser ChatGPT ». Comme si on pouvait l’utiliser « mieux ». Et comme si le contenu de ces magazines n’était lui-même pas généré.
C’est tellement fatigant que j’ai pris la résolution de ne plus lire les articles parlant de ces générateurs de bits, même s’ils ont l’air intéressants. Je vais essayer de lire moins sur le sujet, d’en parler moins. Après tout, je pense que j’ai dit tout ce que j’avais à dire dans ces deux billets :
Vous êtes déjà assez assaillis par les générateurs de bits et par les bits qui parlent des générateurs de bits. Je vais tenter de ne pas trop en rajouter et revenir à mon métier d’artisan. Chaque série de bits que je vous offre est entièrement façonnée à la main, d’un humain vers un autre. C’est plus cher, plus rare, plus long à lire, mais, je l’espère, autrement plus qualitatif.
Vous sentez l’amour de l’art et la passion derrière ces bits dont chacun à une signification profonde et une utilité réelle ? C’est pour les transmettre, les partager que je cherche à préserver notre infrastructure et nos cerveaux.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Nous sommes désormais connectés partout, tout le temps. J’appelle cela "l’hyperconnexion" (et elle ne passe pas nécessairement par les écrans).
Parfois, je tente de me convaincre que mon addiction personnelle à cette hyperconnexion est surtout liée à mon côté geek, que je ne peux généraliser mon cas.
Et puis, quand je roule à vélo, je me rends compte du nombre de piétons qui n’entendent pas ma sonnette, qui ne me voie pas arriver (même de face), qui ne s’écartent pas et qui, lorsqu’ils réalisent ma présence (qui va, dans certains cas, jusqu’à nécessiter une tape sur l’épaule), ont un air complètement abruti, comme si je venais de les extirper d’un univers parallèle.
Et puis je vois cette mère, dans une salle d’attente, dont la petite fille de deux ans tente vainement d’attirer l’attention « Regarde maman ! Regarde ! ».
Et puis je me souviens de cette autre mère qui avait placé sa gamine sur un parapet avec plusieurs mètres de vide en dessous juste pour faire une jolie photo pour Instagram.
Et puis je vois cet homme d’affaires dans un costume chic, à l’air très sérieux, qui sort son téléphone pour aligner quelques fruits virtuels durant les trente secondes que dure l’attente de son café ou les quinze secondes d’un feu rouge à un carrefour.
Et puis, à vélo, je tente vainement de croiser le regard de ces automobilistes, les yeux rivés sur leur écran, mettent en danger la vie de leurs propres enfants assis à l’arrière.
Il est impossible de juger chaque anecdote. Parce qu’il y a plein de justifications qui sont, dans certains cas, complètement valables. Une mère peut juste être épuisée de donner toute son attention à son enfant toute la journée. Elle a le droit de penser à autre chose. Un piéton peut être absorbé dans une conversation téléphonique importante ou dans ses pensées.
L’individu a le droit. Mais le problème me semble global.
Dans les témoignages que je recueille, le plus difficile pour ceux qui arrivent à se déconnecter, c’est qu’ils se rendent compte de l’addiction des autres. C’est particulièrement frappant dans les couples.
Si les deux sont addicts, aucun ne souffre. Mais que l’un tente de regagner un peu de liberté mentale et il découvre que son conjoint ne l’écoute pas. Est inattentif. Gritty décrit ici la douleur de sa déconnexion en remarquant que son épouse ne l’écoute plus, qu’elle écoute en permanence des messages audios. Il n’avait jamais remarqué le problème avant de se déconnecter lui-même.
Je pense à nos enfants. Nous nous inquiétons de l’impact des écrans sur nos enfants. Mais n’est-ce pas avant tout l’impact de l’hyperconnexion sur les parents qui déteint sur les enfants ?
Négocier avec les machines
Et si cette addiction n’était qu’une adaptation à notre environnement ? Car, comme le décrit très bien Gee, on doit désormais passer notre temps à nous adapter aux machines, à négocier avec leur comportement absurde.
Négocier, c’est quand tu veux que la machine fasse quelque chose et qu’elle ne veut pas. Mais il y a pire. Les machines donnent des ordres. Les notifications.
Il y a évidemment les notifications sur le smartphone qui nécessitent de tout abandonner pour y obéir. Je viens à l’instant de voir mon plombier, à quatre pattes contre un mur ouvert, les deux mains en train de glisser des tuyaux dans une gaine, se contorsionner pour répondre au téléphone. Une enquête de satisfaction. À laquelle il a répondu posément pendant plusieurs minutes, malgré sa position inconfortable.
Outre les smartphones, chaque appareil cherche désormais à imposer son fonctionnement. Mon micro-onde bipe de manière très énervante quand il a fini jusqu’au moment où on ouvre la porte. Si tu profites des deux minutes où ta soupe réchauffe pour aller à la toilette, t’es bon pour te farcir un bip sonore dans toute la maison durant toute la durée. Il faut donc attendre et obéir patiemment. C’est encore plus absurde avec le lave-linge et le sèche-linge. Ce n’est pas comme si c’était urgent ! Mention à mon lave-vaisselle qui, lui, ne bipe pas du tout et se contente de s’ouvrir pour dire qu’il a fini, ce qui est une très bonne idée et prouve qu’il est possible de ne pas emmerder l’utilisateur. Sans doute une erreur qui sera corrigée dans la prochaine version.
La palme revient à mes, heureusement anciennes, plaques de cuisson qui ne supportaient pas qu’un objet soit posé dessus. Et qui était d’une telle sensibilité que la moindre tache de graisse ou d’humidité entrainait un bruit continu extrêmement irritant pour dire : « Nettoie-moi, humain ! Tout de suite ! ». Oui, même à trois heures du matin si une mouche s’était posée dessus ou si elle avait soudainement détecté un coin de l’éponge de nettoyage.
À noter que la même plaque se désactivait lorsqu’elle détectait une goutte de liquide. Oui, même au milieu d’une cuisson. Et, pendant une cuisson, une tache de graisse ou d’eau, c’est quand même fréquent.
— Nettoie-moi, humain !
— Finis d’abord de cuire mon repas !
— Non, nettoie-moi d’abord.
— T’es une taque de cuisson, tu peux survivre à une goutte d’eau sur ta surface.
— Nettoie-moi !
— Mais tu es bouillante, je ne peux pas te nettoyer, je dois d’abord te laisser refroidir.
— C’est ton problème, nettoie-moi !
— Alors, arrête au moins de sonner le temps que tu refroidisses.
— NETTOIE-MOI HUMAIN !
Les outils non intelligents sont désormais un luxe.
Lorsqu’on est ingénieur où qu’on a des compétences techniques, on sait comment fonctionnent ces engins. Lorsque, comme moi, on a travaillé dans l’industrie, on peut même percevoir les dizaines de décisions stupides prises par des petits chefs qui ont mené à ce qui est un désastre d’inefficacité. Négocier pendant 4 minutes avec une machine pour faire ce qui devrait prendre une seconde est absurde, énervant, irritant.
Mais chez les personnes pour lesquelles la technologie est une sorte de magie noire, j’observe souvent une satisfaction voire une fierté à arriver à contourner les limitations parfaitement arbitraire.
Les gens sont fiers ! Tellement fiers d’arriver à faire un truc absurde et contre-intuitif qu’ils s’en vantent voire se proposent de l’enseigner à d’autres. Ils font des vidéos Youtube pour montrer comment ils activent une option de leur iPhone ou comment ils font un prompt ChatGPT. Ils deviennent addicts à cette fierté, cette satisfaction, cette fausse impression de contrôle de la technologie.
Ils plongent dans l’hyperconnexion en regardant de haut les pauvres geeks comme moi « qui ne savent pas s’adapter aux nouvelles technologies », ils obéissent comme des moutons aux sirènes du marketing, aux décisions commerciales qui leur imposent une nouvelle interface propriétaire. Ils s’autoproclament "geeks" parce qu’ils passent leur journée sur Whatsapp et Fruit Ninja.
Ils pensent apprendre, ils ne font qu’obéir.
Les humains sont addicts à l’obéissance aveugle. Ils aiment se soumettre à un pouvoir totalitaire opaque à la condition d’avoir de brefs moments où on leur donne l’illusion d’avoir eux-mêmes du pouvoir.
Et sur une chose, ils ont raison : les pauvres rebelles qui luttent pour une liberté dont personne ne veut sont des inadaptés.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Rencontres littéraires à Paris, à Louvain-la-Neuve et un bout de contribution aux communs
Paris le 14 novembre
Ce jeudi 14 novembre à 19h, je participerai à une rencontre littéraire à Paris, à la librairie Wallonie-Bruxelles. C’est l’occasion de faire dédicacer un exemplaire de Bikepunk à mettre sous le sapin.
Pour les Belges, la rencontre littéraire se déroulera le mardi 10 décembre à 19h dans mon fief de Louvain-la-Neuve, à La Page d’Après, une librairie qui sent bon la librairie. Inscrivez-vous dès à présent en leur envoyant un email.
Pour les Bruxellois qui désirent une dédicace avant Noël et qui ne savent pas venir à Louvain-la-Neuve, je vous propose d’aller chercher un exemplaire de Bikepunk à la librairie Chimères et d’y laisser le livre en dépôt avec un petit papier décrivant la dédicace que vous souhaitez. Je dois passer à la librairie fin novembre, je dédicacerai les livres en attente pour que vous puissiez les récupérer plus tard.
Bien entendu, la francophonie ne se limite pas à Paris, Bruxelles et Louvain-la-Neuve. Mais je vais là où je suis invité. Ni mon éditeur ni moi ne disposons d’un attaché de presse en France pour nous mettre en relation avec les médias français et de nous placer des séances de dédicaces dans les librairies de l’hexagone.
Et c’est là que vous, lecteurices, vous pouvez nous aider !
En parlant du livre avec votre libraire et, si intérêt de sa part, en nous mettant en contact pour que nous fixions une date (j’essaie, bien entendu, de combiner les déplacements). Je viendrai avec ma machine à écrire et mon stylo-ploum. Si vous avez des contacts dans des médias indépendants et/ou cyclistes, parlez de nous !
Merci à vous de poster des photos de vos vélos avec le tag #bikepunk. Ça me fait chaud au cœur à chaque fois ! (merci Vincent Jousse d’avoir lancé la mode !)
Bon, maintenant qu’on a évacué les questions administratives, parlons sérieusement : un aspect important que je n’ai pas encore évoqué à propos de Bikepunk est qu’il est sous licence libre (CC By-SA). Il fait donc, dès à présent, partie des communs. Je dois reconnaître que, malheureusement, cela ne semble pas intéresser les médias.
Les communs sont un concept parfois difficile à percevoir, que le capitalisme cherche à invisibiliser et qui est pourtant tellement indispensable. Sans n’être jamais nommés, les communs ne me sont jamais apparus plus clairement que dans le roman « Place d’âmes », de Sara Schneider (qui est, bien entendu, lui aussi sous licence libre).
Je ne connais rien à l’histoire du Jura suisse. La question ne m’intéresse pas le moins du monde. C’est par pur copinage avec Sara que je me suis lancé dans son « Place d’âmes », un peu à reculon. Sauf que j’ai été happé, aspiré. La question qui anime le livre n’est celle du Jura qu’en apparence. En réalité, il s’agit de protéger nos communs. De protéger nos rebelles, nos révolutionnaires, nos sorcières qui, iels-mêmes, protègent nos communs.
Une uchronie historique poétique et actuelle, indispensable. À travers l’histoire du Jura, c’est la planète Terre toute entière que décrit Sara.
D’ailleurs, tant qu’on parle de biens communs, Bruno Leyval commence à mettre ses archives sous licence Art Libre. Parce que l’art est une grammaire, un vocabulaire. En faire un bien commun, c’est donner à chacun le pouvoir de se l’approprier, de le modifier, d’affiner sa perception du monde comme un citoyen acteur et non plus un simple consommateur.
Bruno est notamment l’auteur de la couverture de Bikepunk et de l’illustration qui orne ce blog. Elles sont sous licence libre. Vous êtes nombreux à avoir réclamé des t-shirts (on y bosse, promis, ça va prendre un peu de temps).
Mais, vous savez quoi ? Vous n’êtes pas obligés de nous attendre. Les images, comme le livre, sont dans les communs.
Ils vous appartiennent désormais autant qu’à moi ou à Bruno…
Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.
Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens de publier Bikepunk, un thriller post-apocalyptico-cyliste entièrement tapé sur une machine à écrire mécanique..
Lors de ma campagne électorale pour le Parti Pirate en 2012, j’ai été interpellé dans la rue par un citoyen de ma commune qui me demandait ce que j’allais faire pour sauver son emploi.
J’ai été étonné par la question et j’ai répondu sincèrement. Rien ! Rien, car, si je suis élu, je serai conseiller communal dans l’opposition d’une commune qui n’a rien à voir avec l’usine. En fait, tout candidat qui vous prétend le contraire vous ment. Car il ne sait rien faire. L’usine n’est pas sur la commune.
— Alors, je ne voterai pas pour vous ! Les autres disent qu’ils feront quelque chose.
J’avais expliqué que les autres mentaient, mais la personne préférait un mensonge. L’immense majorité des humains préfère un mensonge réconfortant. Moi qui déteste mentir, qui en suis physiquement incapable, je découvrais à plus de trente balais que certains humains pouvaient mentir droit dans les yeux et que tout le monde semblait apprécier cela (je sais, je suis à la fois naïf et pas très rapide).
Par essence, les politiciens mentent parce que ça fonctionne. Et aussi parce qu’ils sont confrontés à plein de groupes mouvants et multiples. Contrairement à ce qu’on croit parfois, la société n’est pas binaire et divisée entre d’un côté les ouvriers et de l’autre les cadres, les étrangers et les « de souche », les automobilistes et les cyclistes, etc. Nous sommes tous dans plein de cases à la fois. Nous sommes incompatibles avec nous-mêmes.
Alors, le politicien va dire aux cyclistes qu’il va construire plus de pistes cyclables. Puis aux automobilistes qu’il va construire plus de parkings. Les deux propositions sont contradictoires. Personne ne le remarque même si certaines personnes sont dans les deux assemblées (la majorité des cyclistes étant également automobilistes). Le politicien ment. Il le sait. Il ne peut pas faire autrement. C’est ce qu’on attend de lui.
De toute façon, une fois élu, il fera ce qu’il faut faire, ce que la machine administrative le pousse à faire en tentant de légèrement l’influencer selon ses propres intérêts du moment. De toute façon, aux prochaines élections, il pourra raconter n’importe quoi. De toute façon, les personnes intéressées par le « fact checking » sont une minorité qui ne vote pas pour lui.
Les politiciens mentent, c’est l’essence même de la politique. Celleux qui tentent de ne pas le faire ne tiennent pas assez longtemps pour acquérir un réel pouvoir. C’est impossible. Dénoncer les mensonges d’un politicien, c’est comme dénoncer l’humidité de l’eau.
Mais le mensonge des politiciens reste artisanal, humain. Ils tentent de convaincre chaque électeur en lançant cent propositions toutes contradictoires, mais en sachant que l’humain moyen n’entendra que celle qu’il veut entendre.
Secrètement, les politiciens envient tous Trump qui n’a même plus besoin de faire des propositions parce qu’une frange de l’électorat croit entendre ce qu’il veut dans le moindre de ses borborygmes.
Mais ce n’est rien face au mensonge industriel, ce mensonge gigantesque, énorme. Celui qui est à la base des plus grosses fortunes de notre ère. Le mensonge qu’on a élevé au rang de discipline universitaire en le parant du nom « marketing ».
Le mensonge de l’industrie
Le mensonge est à la base de toute l’industrie moderne. Les marketeux apprennent à mentir, s’encouragent à le faire à travers des séminaires tout en rêvant de devenir les plus gros menteurs de l’histoire moderne : les dirigeants des multinationales du numérique.
Contrairement aux pires industries comme le tabac ou le soda sucré, qui vendent de la merde, mais au moins vendent quelque chose, les CEOs de la Silicon Valley ne cherchent pas à créer une entreprise rentable ou un service utile. Ils nous racontent des histoires, ils inventent des mythes, des mensonges. Nous croyons que c’est une technique marketing au service de leur produit.
Mais c’est le contraire : le produit n’est qu’un support à leur histoire, à leur fiction. Le produit doit faire le strict minimum pour que leur histoire reste crédible auprès des gens les plus crédules : les médias.
Mark Zuckerberg n’est pas un génie de l’informatique ni de la publicité. Il a simplement réussi à faire croire aux publicitaires qu’il avait inventé la technique publicitaire ultime, un « rayon de contrôle des esprits ». Et il a réussi à faire croire que nous devrions tous être des publicitaires pour bénéficier de son invention (même si nous sommes tous convaincus que le rayon de contrôle ne fonctionne pas sur nous, c’est juste pour les autres).
Ça fonctionne parce que c’est comme ça que les CEOs de la Silicon Valley voient toute leur vie : comme un support au mythe qu’ils sont en train de créer. Steve Jobs ne cherchait pas à créer l’iPhone. Il était initialement opposé à l’App Store. Mais il a créé un business qui a fait croire qu’il était un visionnaire et s’est transformé en un dieu immortel dont la biographie s’arrache.
Bill Gates n’a jamais créé de système d’exploitation. Il a créé un monde dans lequel tout le monde doit payer Bill Gates pour en avoir un. Il n’était pas spécialement un bon codeur, mais il a réussi à convaincre le monde que partager un logiciel sans le payer était une hérésie. Pour ensuite appliquer son idéologie à la vaccination.
Elon Musk n’a pas créé Tesla. Mais il en a transformé l’histoire pour devenir, après coup, un fondateur. Il a inventé le concept d’Hyperloop et l’a promu en sachant très bien que ça ne fonctionnerait jamais, mais que croire que ça pourrait fonctionner empêcherait le développement du train traditionnel qui risquait de faire concurrence à l’automobile individuelle.
Ces gens sont, par essence, par définition, des mythomanes. Ils ne sont pas bêtes, ils sont même très intelligents, mais, comme le souligne Edward Zitron, ils ne sont pas du tout intellectuels et n’ont pas la moindre morale. Ils lisent tous les mêmes livres. Ils ne vont jamais au fond des choses. Ils sont fiers de prendre des décisions cruciales en trois minutes. Ils ne sont pas intéressés par la subtilité, par le raisonnement. Ce sont des junkies de l’adrénaline et de l’adulation des foules.
S’ils lisent le résumé d’un livre de science-fiction, ils trouvent les idées géniales alors même que l’auteur cherchait à nous mettre en garde contre elles.
Sci-Fi Author: In my book I invented the Torment Nexus as a cautionary Tale
Tech Company: At long last, we have created the Torment Nexus from classic sci-fi novel Don’t Create The Torment Nexus
– Alex Blechman
Ils sont intellectuellement médiocres en tout. Sauf dans la capacité cruciale à se donner une image médiatique, une aura.
Et cette image médiatique altère la réalité. Nous leur donnons des sous. Nos gouvernements leur donnent les clés de nos démocraties. Les politiciens vendent un rein pour être pris en photo avec eux. Les journalistes sont tout contents d’obtenir des interviews consensuels alors même que ces milliardaires ont besoin des journalistes pour exister ! Mais comme ils contrôlent les organes de presse, que ce soit en les possédant ou en étant leurs plus gros clients, ils s’arrangent pour que tout journaliste un peu trop malin soit vite évincé.
Lorsqu’une entreprise se paye des encarts publicitaires dans les médias, ce n’est pas pour faire de la publicité auprès du grand public, même si c’est un effet secondaire intéressant. Le véritable objectif est de rendre le média dépendant de cette manne financière, d’exercer un pouvoir : si ce que vous publiez ne nous plait plus, on coupe les robinets. Il faut voir la fierté naïve du rédacteur en chef d’un média, pourtant financé en grande partie par l’argent public, lorsqu’il signe un contrat publicitaire avec Google ou Microsoft.
Toutes les rédactions saisissent intuitivement ce rapport de force et exercent, parfois inconsciemment, un contrôle sur les journalistes un peu trop indépendants. Qui sont de toute façon trop mal payés pour avoir le temps d’enquêter ou de réfléchir sérieusement et se contentent de relayer, parfois sans même les relire ou les modifier, les « communiqués de presse ». (pour ceux qui l’ignorent, un communiqué de presse est en fait un article pré-écrit que le journaliste peut copier/coller pour atteindre son quota d’articles publiés dans la journée sans trop se fouler)
Toute la communication autour d’OpenAI, le fournisseur de ChatGPT, n’est qu’un gigantesque mensonge. Même les investisseurs qui mettent des millions n’obtiennent, en réalité, pas de parts dans l’entreprise, mais « une promesse d’intéressement aux bénéfices futurs ». Or toute personne qui a le niveau mathématique de l’école primaire comprend très vite qu’il est littéralement impossible pour OpenAI de faire un jour des bénéfices. Pire : pour survivre, la société va devoir trouver plus d’investisseurs qu’aucune autre société avant elle dans l’histoire du capitalisme. Et cela, chaque année ! « On dépense tellement d’argent qu’on va bien finir par en gagner et si vous nous donnez votre argent, vous aurez une part lorsque ça arrivera ». Le business OpenAI est la définition d’une pyramide de Ponzi sauf que c’est légal, car écrit noir sur blanc dans le contrat.
La valeur de la société Nvidia, qui fournit le matériel permettant de faire tourner ChatGPT, approche des 15% du produit intérieur brut des États-Unis. Aucune personne sensée ne peut défendre le fait que quelques puces électroniques représentent presque un sixième de la valeur du travail des États-Unis tout entier. Le fait que Nvidia soit désormais un « investisseur » dans OpenAI démontre qu’ils savent parfaitement qu’il s’agit d’une bulle et qu’ils choisissent de l’autoalimenter. Il est évident que Nvidia et OpenAI nous mentent, en s’étonnant eux-mêmes que ça continue à fonctionner.
À ce niveau, j’ai envie de dire que les crétins qui continuent à y croire méritent vraiment ce qui va leur arriver. Et ceux qui, sur LinkedIn, s’émerveillent encore sur l’impact que ChatGPT pourrait avoir sur leur business méritent amplement de porter une pancarte avec écrit « Je suis littéralement le dernier des crétins ».
Mais même leurs plus farouches opposants aux milliardaires les prennent au mot et tentent de les affronter dans leurs propres mythologies. Facebook contrôle nos esprits, c’est mal ! ChatGPT va détruire l’emploi, c’est mal ! Bill Gates va mettre des puces 5G dans les vaccins qu’il nous vend ! Ces peurs, fictives, ne font que renforcer la fiction que racontent ceux qui s’imaginent en supervilains à la James Bond et qui sont incroyablement flattés de voir que même leurs ennemis les croient bien plus puissants qu’ils ne le sont en réalité.
Pourtant, comme n’importe quelle superstition, comme n’importe quel gourou sectaire, il suffirait d’une simple chose pour détruire ces mensonges. Il nous suffirait d’arrêter de les croire.
Il suffirait de leur dire « N’importe quoi ! » en rigolant et en haussant les épaules.
Il suffirait d’arrêter de penser que les publicités Facebook/Instagram fonctionnent, d’arrêter de donner du crédit aux métriques qu’ils inventent (les "vues" et les likes") pour que Méta s’effondre (ces métriques ont été amplement démontrées comme complètement fictives). Il suffirait d’arrêter de croire que les résultats de Google sont pertinents pour qu’Alphabet s’effondre (ils ne le sont plus depuis longtemps). Il suffirait de réaliser les défauts de Tesla et des dangers d’une voiture individuelle connectée pour que la fortune d’Elon Musk fonde comme neige au soleil (fortune qui est basée sur la fiction selon laquelle Tesla vendra plus de voitures que tous les autres constructeurs automobiles chaque année durant toutes les prochaines décennies). Il suffirait de s’arrêter pour réfléchir trente secondes pour réaliser que ChatGPT n’est pas le début d’une révolution, mais la fin d’une bulle.
Mais s’arrêter pour réfléchir trente secondes entre deux notifications est devenu un luxe. Un luxe inimaginable, une difficulté inouïe.
Plutôt que de réfléchir à ce que nous voyons, nous préférons cliquer sur le bouton « J’aime » et passer à autre chose. Le mensonge est plus confortable.
Chaque fois que nous sortons notre téléphone, nous ne demandons qu’une chose…
Qu’ils nous mentent.
Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.
Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens de publier Bikepunk, un thriller post-apocalyptico-cyliste entièrement tapé sur une machine à écrire mécanique..
Twenty years ago, I had an epiphany: Linux was ready for the desktop.
(*audience laughs*)
I had been one of those teenagers invited everywhere to "fix" the computer. Neighbours, friends, family. Yes, that kind of nerdy teenager. You probably know what I mean. But I was tired of installing cracked antivirus and cleaning infested Microsoft Windows computers, their RAM full of malware, their CPU slowing to a crawl, with their little power LED begging me to alleviate their suffering.
Tired of being an unpaid Microsoft support technician, I offered people to install Linux on their computer, with my full support, or to never talk with me about their computer any more.
To my surprise, some accepted the Linux offer.
I started to always have two CD-ROMs with me: the latest Knoppix and Debian Woody. I would first launch Knoppix, the first Live CD Linux, make a demonstration to my future victims and, more importantly, save the autogenerated XFree86 config file. I would then install Debian. When X would fail to start after installation, which was a given, I would copy the X config file from Knoppix, install GNOME 2 and OpenOffice from the testing repository and start working on what needed to be done. Like installing and launching ESD by default to allow multiple sounds. Configuring the network which was, most of the time, a USB ADSL modem requiring some proprietary firmware that I would have downloaded beforehand.
I would also create some shell scripts for common operations: connect to Internet, mount the USB camera, etc. I put those scripts on the GNOME desktop so people could simply click to launch them. In some cases, I would make a quick Zenity interface.
It was a lot of work upfront but, after that, it worked. People were using their computer for months or years without messing or breaking anything. Most of my complains were about running some windows software (like those on CD-ROM founds in cereal boxes).
With GNOME 2.0, I felt that Linux was ready for the desktop. It was just really hard to install. And that could be fixed.
The Perfect Desktop
I had my own public wiki (called the FriWiki) with a few regular contributors. On it, I wrote a long text called: "Debian+GNOME=The Perfect Desktop?". It explained my observations and all the problems that needed to be fixed.
As I wanted to improve the situation, I described how the installation should autodetect everything, like Knoppix did. I also suggested to have a LiveCD and an Installation CD that would be totally mirroring each other so you could test then install. In a perfect world, you could install directly from the LiveCD but I didn’t know if it was technically possible. That installation should also offer standard partitions schemes, autodetect and preserve the Windows partition so people would not be afraid of messing their system.
Installation was not everything. I suggested that the user created during installation should automatically have root rights. I had learned that two passwords were really too high of a bar for most if not for all people. I don’t remember anyone understanding the "root" concept. Systems with multiple users were too complex to teach so I ended in every case with a single whole family account. The fact that this single account was prevented from doing some stuff on the computer was baffling. Especially for trivial things such as mounting a CD-ROM or a USB key.
Speaking of root: installing software could be really more friendly. I imagined a synaptic-like interface which would only display main applications (not all packages) with screenshots, descriptions and reviews. I did some mockups and noted that the hardest parts would probably be the selection and the translation. I’ve lost those mockups but, in my souvenirs, they were incredibly close of what app stores would become years later.
I, of course, insisted on installing ESD by default to multiplex sound, to include all the multimedia codecs, lbdvdcss and all possible firmware (called "drivers" at the time) in case hardware is added later.
I had pages and pages of detailed analysis of every single aspect I wanted to be improved to make Linux ready for the desktop.
With 2.0, GNOME switched to a bi-yearly release. Every six months, a new GNOME desktop would be released, no matter what. I thought it would be a nice idea to have the underlying OS released just after, to be kept in sync. But every six months was probably a bit too much work and people I knew would not upgrade as often anyway. So I advocated for a yearly release where the version number would be the full year. This would greatly help people to understand what version they were running. Like in "I’m running Linux Desktop 2003".
UserLinux
When you have a good idea, it’s probably because this idea is already in the zeitgeist of the time. I don’t believe in "ownership" or even "stealing" when it’s about ideas. Bruce Perens himself was thinking about the subject. He decided to launch UserLinux, an initiative that had the goal of doing exactly what I had in mind.
I immediately joined the project and started to be a very vocal member, always referring to my "Perfect Desktop" essay. I wanted UserLinux to succeed. If Bruce Perens was behind it, it could not not succeed, right?
A mockup of the UserLinux desktop (GNOME 2.0 with a custom theme)
Unfortunately, most of UserLinux people were, like me, talking a lot but not doing much. The only active member was an artist who designed a logo and started to create multiple GNOME themes. It was great. And lots of discussions about how to make the theme even better ensued.
This is how I learned about "bike shedding".
UserLinux was the ultimate bikeshedded project. To my knowledge, no code was ever written. In fact, it was not even clear what code should be written at all. After launching the initial idea, Bruce Perens was mostly discussing with us, everybody waiting for someone to "do something".
No-name-yet
At the start of 2004, I was contacted by Sébastien Bacher, a Debian developer who told me that he had read my "Perfect Desktop" essay months ago and forwarded it to someone who had very similar ideas. And lots of money. So much money that they were already secretly working on it and, now that it was starting to take shape, they were interested in my feedback about the very alpha version.
I, of course, agreed and was excited. This is how I joined a mysterious project called "no-name-yet" with a nonameyet.com website and an IRC channel. While discussing about the project and learning it in great depth, my greatest fear was that it would become a fork of Debian. I felt strongly that one should not fork Debian lightly. Instead, it should be more a few packages and metapackages that would sit on top of Debian. Multiple people in the team assured me that the goal was to cooperate with Debian, not to fork it.
At one point, I strongly argued with someone on IRC whose nick was "sabdfl". Someone else asked me in private if I knew who it was. I didn’t.
That’s how I learned that the project was funded by Mark Shuttleworth himself.
Dreaming of being an astronaut, I was a huge fan of Mark Shuttleworth. The guy was an astronaut but was also a free software supporter. I knew him from the days when he tried to offer bounties to improve free software like Thunderbird. Without much success. But I was surprised to learn that Mark had also been a Debian developer.
This guy was my hero (and still kinda is). He represented all of my dreams: an astronaut, a debian developer and a billionaire (in my order of importance). Years later, I would meet him once in the hall of an Ubuntu Summit. He was typing on his laptop, looked at me and I could not say anything other than "Hello". And that was it. But I’m proud to say that his hackergothi on planet.ubuntu.com is still the one I designed for him as a way to celebrate his space flight.
sabdfl’s hackergotchi, designed by yours, truly
During the spring or early summer of 2004, I received a link to the very first alpha version of no-name-yet. Which, suddenly, had a real name. And I liked it: Ubuntu. I installed Ubuntu on a partition to test. Quickly, I found myself using it daily, forgetting about my Debian partition. It was brown. Very brown at first. A bit later, it even got naked people on the login screen (and I defended sabdfl for this controversial decision). Instead of studying for my exams, I started to do lengthy reports about what could be improved, about bugs I found, etc.
The first Ubuntu login picture with three half-naked people looking toward the sky. Some alpha versions were with even fewer clothes.
This makes me one of the very few people on earth who started to use Ubuntu with 4.04 (it was not named like that, of course).
Wanting to promote Ubuntu and inspired by Tristan Nitot, I decided to start a blog.
A blog which, coincidentally, was started the very same day the first public Ubuntu was released, exactly twenty years ago.
A blog you are reading right now.
And this was just the beginning…
(to be continued)
Subscribe by email or by rss to get the next episodes of "20 years of Linux on the Desktop".
I’m currently turning this story into a book. I’m looking for an agent or a publisher interested to work with me on this book and on an English translation of "Bikepunk", my new post-apocalyptic-cyclist typewritten novel.
As a writer and an engineer, I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
Vingt ans après le flash, la catastrophe qui a décimé l’humanité, la jeune Gaïa n’a qu’une seule solution pour fuir l’étouffante communauté dans laquelle elle a grandi : enfourcher son vélo et pédaler en compagnie de Thy, un vieil ermite cycliste.
Pour survivre dans ce monde dévasté où toute forme d’électricité est impossible, où les cyclistes sont pourchassés, où les jeunes femmes fécondes sont très recherchées, Gaïa et Thy ne pourront compter que sur leur maîtrise du guidon.
Mon nouveau roman « Bikepunk, les chroniques du flash » est désormais disponible dans toutes les librairies de France, de Belgique ou de Suisse. Ou, en ligne, sur le site de l’éditeur.
J’ai tant d’anecdotes à raconter sur ce projet très personnel, entièrement tapé sur une machine à écrire mécanique et né de ma passion pour l’exploration cycliste. J’ai tant à vous dire sur ma relation avec Gaïa et Thy, sur les chroniques du flash qui jalonnent l’histoire comme des billets de blog issus d’un futur d’où l’électricité, l’essence et Internet ont soudainemnet disparu.
Fable écolo-cycliste ou thriller d’action ? Réflexion philosophique ou Mad Max à vélo ?
Je vous laisse choisir, je vous laisse découvrir.
Mais je dois vous prévenir :
Vous risquez de ne plus jamais oser entrer dans une voiture électrique…
Bienvenue dans l’univers Bikepunk !
Couverture du livre Bikepunk : une cycliste en papier recyclé dévale une pente dans une ville dévastée entièrement argentée.
Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens de publier Bikepunk, un thriller post-apocalyptico-cyliste entièrement tapé sur une machine à écrire mécanique..
Je vous ai déjà parlé de Bruno Leyval, l’artiste qui a réalisé la couverture et l’illustration de Bikepunk ? Mais si, souvenez-vous. J’avais même mis en texte une des ces photos.
J’adore travailler avec Bruno. C’est un grand professionnel qui incarne néanmoins l’archétype de l’artiste fou. Pour le découvrir, je vous conseille cette formidable interview.
L’artiste est un fou. De cette folie révolutionnaire, nécessaire, indispensable dont Érasme chantait déjà les louanges. Mais la démence dangereuse, elle, est générée par la gloire. Une gloire que Bruno a connue et qu’il a fuie avec un discernement fascinant :
J’ai connu les effets de la reconnaissance artistique et je peux te dire qu’il faut être solide dans sa tête pour ne pas basculer dans la folie. Tu te retrouves plongé dans un monde parallèle où tout le monde te lèche le cul et le pire, c’est que c’est agréable !
C’est le paradoxe de l’artiste : soit il n’est pas reconnu et son message s’éteint, sans grande portée. Soit il devient célèbre et son message se transforme en une infâme mixture à vocation commerciale. Le message est totalement corrompu lorsqu’il atteint le public (qui, de par son adoration idolâtre, est en grande partie responsable de cette corruption).
Les pires victimes de cette démence sont sûrement celles qui la connaissent sans avoir la moindre once de folie artistique. Qui sont corrompues dès le départ, car elles n’ont même pas d’autre message que la quête de gloire. Les politiciens.
La gangrène de l’humanité est peut-être cette glorification inéluctable de celleux qui sont dans une quête compulsive de gloire, cette mise au pouvoir de ces obsédés de la puissance. Face à cette maladie, l’art et la folie me semblent être les seules manières mener une lutte raisonnable.
J’adore Bruno parce que nous sommes complètement différents. Il est chaman, spirituel, mystique, travailleur de ses mains. Je suis un ingénieur hyper rationnel scientifique greffé à un clavier. Chacun empêche l’autre de dormir avec ses ronflements, au propre comme au figuré.
Et pourtant, si l’on enlève les déguisements (les peintures corporelles et la tête de bison pour lui, la blouse blanche et l’éprouvette de laboratoire pour moi), on découvre des pensées incroyablement similaires. Nous sommes, tous les deux en train de gravir la même montagne, mais par des chemins opposés.
À lire Bruno, à avoir la chance de partager des moments avec lui, je pense que cette montagne s’appelle la sagesse.
C’est une montagne dont nul n’a jamais atteint le sommet. Une montagne dont aucun alpiniste n’est jamais revenu vivant.
Seuls les fous en tentent l’ascension.
Seuls les fous, en ce monde, sont en quête de sagesse.
C’est d’ailleurs pour cela qu’on les appelle des fous.
En ouvrant le livre Bikepunk, une fois la couverture passée, avant même les premiers tours de roue, avant même la première lettre imprimée, une image, une sensation mystique vous assaillira peut-être comme elle m’assaille moi-même à chaque fois. La folie spirituelle de Bruno qui me renvoie le reflet de ma propre folie mécanico-scientiste.
Vous êtes sur le point d’entrer, de partager notre folie.
Ça y est, vous êtes fous.
Bienvenue sur notre montagne !
Illustration : « La montagne sacrée », Bruno Leyval, Creative Commons By-NC-ND 4.0
Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.
Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens de publier Bikepunk, un thriller post-apocalyptico-cyliste entièrement tapé sur une machine à écrire mécanique..
Vélo et machine à écrire, petite eulogie de la satiété
Et si nous avions assez ?
Un des premiers lecteurs de Bikepunk à l’impression de retrouver le personnage de Thy dans Grant Petersen, un fabricant de vélos inusables et anti-compétitifs.
Ça me touche et me rassure quant au message que je tente de porter dans le livre. Grant Petersen pourrait parfaitement arborer l’adage que je mets en conclusion de Bikepunk : « Je ne crains pas la fin du monde, j’ai un vélo ».
Le blog de Grant Petersen est passionnant. Dans le dernier billet, on y trouve notamment la photo d’un journal contenant une interview avec José Mujica, l’ancien président de l’Uruguay (celui qui vivait dans sa petite maison et allait accomplir son travail de président à pieds).
Prenez l’Uruguay. L’Uruguay compte 3,5 millions d’habitants. Mais importe 27 millions de paires de chaussures. Nous produisons de la merde (garbage) et souffrons au travail. Pour quoi ?
C’est quelque chose que j’essayais déjà d’articuler dans mon TEDx en 2015, qui est très populaire sur Youtube (mais je n’en tire aucun bénéfice et je vous mets le lien Peertube).
La production, c’est littéralement transformer notre environnement en déchets (l’étape de consommation intermédiaire étant très limitée). Toutes nos usines, tous nos centres commerciaux, tous nos experts en marketing ne font qu’une chose : tenter de convertir notre planète en déchet le plus rapidement possible.
À partir de quand considérerons-nous que nous avons assez ?
Le côté "anti-déchet/conçu pour durer" est l’un des aspects qui me passionnent avec les machines à écrire. Elles ne sont plus produites, mais sont tellement résistantes que toutes celles qui ont été produites sont aujourd’hui suffisantes pour alimenter un marché restreint (mais existant).
En fait, les machines à écrire ont été tellement produites pour durer que, durant la Seconde Guerre mondiale, les fabricants de machines les rachetaient aux particuliers afin de fournir l’armée qui en avait un gigantesque besoin.
Je trouve un point commun fascinant entre les réflexions de Grant Petersen sur le vélo, José Mujica sur la politique, Paul Watson sur la faune marine, Richard Stallman sur le logiciel, Richard Polt sur les machines à écrire et même Bruno Leyval sur l’art graphique. Tous, outre le fait que ce sont des hommes blancs barbus, ont refusé le principe même de croissance. Chacun, à son niveau, tente de poser la question : « Et si nous avions assez ? »
Ils sont perçus comme extrémistes. Mais n’est-ce pas la quête infinie de gloire et de richesse qui est un extrême morbide ?
Dans un idéal poétique, je me rends compte que je n’ai besoin de rien d’autre qu’un vélo, une machine à écrire et une bonne bibliothèque. Marrant, ça me fait justement penser à un roman sur le sujet qui sort le 15 octobre. Je vous en ai déjà parlé ? Vous l’avez déjà précommandé ?
La raison pour laquelle ces précommandes sont importantes est que, contrairement à certains mastodontes de l’édition, mon éditeur PVH ne peut se permettre de financer des piles de 30 livres dans chaque librairie pour forcer les libraires à tenter de les vendre, quitte à en envoyer la moitié au pilon par après (ce qui va arriver à la moitié de l’immense pile de best-sellers dans l’entrée de votre librairie). Pour la plupart des livres moins connus, le libraire ne l’aura donc pas de stock ou en prendra un seul. Ce qui fait qu’un livre peu connu reste toujours peu connu.
Si, par contre, un libraire reçoit deux ou trois précommandes pour un livre pas encore sorti, sa curiosité est titillée. Il va potentiellement en commander plus au distributeur. Il va sans doute le lire et, parfois, le mettre en avant (honneur suprême que mon recueil de nouvelles « Stagiaire au spatioport Omega 3000 » a eu la chance de connaître à la chouette librairie/salon de thé Maruani à Paris).
Quelques libraires commandant un titre particulier, ça attire l’attention du distributeur et du diffuseur. Qui se disent que le livre a du potentiel et en parle avec les autres libraires. Qui le lisent et, parfois, le mettent en avant. La boucle est bouclée…
C’est bien sûr moins efficace que d’imprimer 100.000 exemplaires d’un coup, de les vendre dans les supermarchés et de mettre des affiches partout dans le métro avec des phrases grandiloquentes sorties de nulle part : « Le dernier livre événement de Ploum, le nouveau maître du thriller cycliste ».
On est d’accord que les publicités dans le métro, c’est moche. De toute façon, des histoires de machine à écrire et de vélo, ça n’intéresse probablement pas 100.000 personnes (quoique mon éditeur ne serait pas contre…).
Mais je pense que ça pourrait vraiment toucher celleux qui aiment flâner dans les libraires, leur vélo adossé à la devanture, et qui pourraient avoir l’œil attiré par une couverture brillante, flashy, sur laquelle se découpe une cycliste chaleureuse en papier recyclé…
Celleux qui aiment se poser avec un livre et qui se demandent parfois : « Et si nous avions assez ? »
Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.
Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) ! Je viens de publier Bikepunk, un thriller post-apocalyptico-cyliste entièrement tapé sur une machine à écrire mécanique..
Invitation à la sortie du roman Bikepunk et aux 20 ans de Ploum.net
Pour fêter la sortie de son nouveau roman « Bikepunk, les chroniques du flash » le 15 octobre et fêter les 20 ans du blog Ploum.net le 20 octobre, Ploum a le plaisir de convier :
.........................(ajoute ici ton nom, ami·e lecteurice)
pour une séance de dédicaces, une rencontre et un verre de l’amitié dans deux différents cadres.
Bruxelles, le 12 octobre
Le 12 octobre à partir de 16h à la toute nouvelle librairie Chimères, à Bruxelles.
Dans les deux cas, l’entrée est libre, famille, amis et accompagnants sont les bienvenus.
Tenue cycliste souhaitée.
Ailleurs en francophonie
La francophonie ne se limite pas à Bruxelles ni Paris. Si vous êtes libraires ou si vous connaissez de chouettes librairies indépendantes, commandez-y dès à présent Bikepunk (ISBN : 978-2-88979-009-8) et n’hésitez pas à nous mettre en relation pour organiser une séance de dédicaces. Voire, pourquoi pas, organiser une séance de dédicaces dans un magasin de cycles ?
Si vous n’avez pas de librairie à disposition, commandez directement sur le site de l’éditeur.
La question est provocante et intelligente : le Fediverse semble être un repère d’écologistes, libristes, défenseurs des droits sociaux, féministes et cyclistes. Bref la liste de tous ceux qui ne sont pas mis en avant, qui semblent « perdre ».
Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle. Pour moi, le point commun est surtout une volonté de changer les choses. Or, par définition, si on veut changer les choses, c’est qu’on n’est pas satisfait avec la situation actuelle. On est donc « perdant ». En fait, tout révolutionnaire est, par définition, un·e perdant·e. Dès qu’iel gagne, ce n’est plus un·e révolutionnaire, mais une personne au pouvoir !
Être progressiste implique donc d’être perçu comme perdant selon le filtre d’Andy. Le progrès nait de l’insatisfaction. Le monde ne sera jamais parfait, il faudra toujours l’améliorer, toujours lutter. Mais tout le monde n’a pas l’énergie de lutter tout le temps. C’est humain, c’est souhaitable. Lorsque l’énergie me manque, lorsque je ne suis pas un révolutionnaire, je me concentre sur un objectif minimal : ne pas être un obstacle à celleux qui mènent la lutte.
Je ne suis pas végétarien, mais lorsqu’un restaurant propose des menus végés, je félicite le personnel pour l’initiative. Ce n’est pas grand-chose, mais, au moins, j’envoie un signal.
Si vous n’avez pas la force de quitter les réseaux sociaux propriétaires, encouragez celleux qui le font, ayez un compte sur les réseaux libres, mettez-les au même niveau que les autres. Vous ne serez pas révolutionnaire, mais, au moins, vous ne serez pas un obstacle.
Le coût de la rébellion
Je suis conscient que tout le monde n’a pas le loisir d’être rebelle. J’enseigne à mes étudiants qu’ils vont avoir un des meilleurs diplômes sur le marché, que les entreprises se battent pour les embaucher (je le sais, j’ai moi-même recruté pour mes équipes). Qu’ils sont donc, pour la plupart, immunisés contre le chômage longue durée. Et ce luxe vient avec une responsabilité morale : celle de dire « Non ! » lorsque notre conscience nous le dicte.
D’ailleurs, j’ai suffisamment dit « Non ! » (et pas toujours très poliment) pour savoir que le risque est vraiment minime lorsqu’on est un homme blanc avec un beau diplôme.
Remarquez que je ne cherche pas à vous dire ce qui est bien ou mal ni comment vous devez penser. C’est votre affaire. Je pense juste que le monde serait infiniment meilleur si les travailleurs refusaient de faire ce qui est contraire à leur conscience. Et arrêtez de vous raconter des histoires, de vous mentir à vous-même. Non, vous n’avez pas une « mission ». Vous cherchez juste à aider à construire un système pour vendre de la merde afin de pouvoir acheter votre propre merde.
Après, dire « Non », ce n’est pas toujours possible. Parce qu’on a vraiment quelque chose à perdre. Ou à gagner. Que le compromis moral nous semble nécessaire ou avantageux. Une fois encore, je ne juge pas. On fait tous des compromis moraux. Le tout est d’en être conscient. Chacun les siens.
Mais lorsque le « Non » frontal n’est pas possible, il reste la rébellion passive en jouant au plus con. C’est une technique qui fonctionne vraiment bien. Parfois, elle fonctionne même mieux que l’opposition franche.
Elle consiste à poser des questions :
— C’est légal ça ? Ça me semble quand même étrange, non ?
— Tu peux m’expliquer ? Parce que là, j’ai l’impression que c’est vraiment un truc dégueulasse qu’on nous demande, non ?
— Ça ne me semble pas très moral pour les clients, la planète. Tu en penses quoi ?
Les meilleurs résultats à ce genre de questionnement sont lorsque les deux parties sont prêtes à se laisser convaincre. Mais cela est malheureusement trop rare…
Soyez perdants, consommez de la culture indépendante
On peut également être rebelle dans sa consommation et, plus particulièrement, dans sa consommation culturelle.
Nous avons le réflexe, pour ne pas paraître un perdant, de vouloir faire comme tout le monde. Si un livre ou un film a du succès, nous l’achèterons plus facilement. Il suffit de voir les « déjà un million de lecteurs » sur les pochettes des best-sellers pour comprendre que ça fait vendre. Je dois être une exception comme me l’ont démontré mes colocs il y a 25 ans :
— Hey, vous regardez un film ? C’est quoi ?
— Tu n’aimeras pas, Ploum.
— Pourquoi je n’aimerais pas ?
— Parce que tout le monde aime bien ce film.
Les librairies de gare « Relay », propriétés de Bolloré, ont même des étagères contenant le top 10 des meilleures ventes. Notez que ce top 10 est entièrement fictif. Pour en faire partie, il suffit de payer. Les libraires reçoivent les ordres des livres à mettre dans l’étagère. D’une manière générale, je vous invite à questionner tous les « top vente » ou autre « top 50 ». Vous découvrirez à quel point ces classements sont arbitraires, commerciaux et facilement manipulables dès qu’on a un peu d’argent à investir. Parfois, le top est tout simplement une marque déposée, comme les « Produits de l’année ». Il suffit de payer pour appliquer l’écusson sur son emballage (un jour je vous raconterai ça en détail). Sans parler de l’influence de la pub ou des médias qui, même s’ils prétendent le contraire, sont achetés à travers les relations des attachés de presse. Je suis tombé récemment, dans un média du service public belge, sur une critique dithyrambique du film « L’Heureuse Élue ». Je n’ai pas vu le film, mais à voir la bande-annonce, le fait que ce film soit bon me semble extrêmement improbable. Si on ajoute que la critique ne relève aucun défaut, encourage à plusieurs reprises à aller le voir au plus vite, et n’est pas signée, ça fait beaucoup d’indice sur le fait que l’on est face à une publicité (à peine) déguisée (et complètement illégale, sur un média du service public qui plus est).
Mais parfois, c’est un peu plus subtil. Voire, dans certains cas, tellement subtil que le journaliste lui-même n’a pas réalisé à quel point il est manipulé (vu les tarifs pour un article, les bons journalistes sont pour la plupart ailleurs). La presse n’est plus qu’une caisse de résonnance publicitaire, essentiellement au bénéfice des sponsors des équipes de foot. Il faut juste en être conscient.
Être rebelle pour moi c’est donc choisir volontairement de s’intéresser à la culture indépendante, hors norme. Aller voir des concerts de groupes locaux que personne ne connait. Acheter des livres dans les festivals à des auteurs autoédités. S’intéresser à tout ce qui n’a pas de budget publicitaire.
Au dernier festival Trolls & Légendes, j’ai rencontré Morgan The Slug et je lui ai acheté les deux tomes de sa bédé « Rescue The Princess ». Ce n’est clairement pas de la grande bande dessinée. Mais je vois l’évolution de l’auteur au fur et à mesure des pages et, à ma grande surprise, mon fils adore. Les moments que nous avons passés ensemble à lire les deux tomes n’auraient pas été meilleurs avec des bédés plus commerciales. Nous attendons tous les deux le tome 3 !
Soyez perdants, cessez de suivre les réseaux propriétaires
Cela fait désormais des années que j’ai supprimé mes comptes sur tous les réseaux sociaux (à l’exception de Mastodon). Je vois régulièrement des retours de gens ayant fait pareil et, à chaque fois, je lis ce que j’ai exactement ressenti.
I noticed a low level anxiety, that I had not even known was there, disappear. Im less and less inclined to join in the hyper-polarization that dominates so much of online dialog. I underestimated the psycological effects of social media on how I think.
Le fait d’être toute la journée exposé à un flux constant d’images, de vidéos et de courts textes crée un stress permanent, une volonté de se conformer, de réagir, de se positionner.
Le collectif Sleeping Giants démontre ce que c’est d’être abonné aux flux de la fachosphère.
Personnellement, je ne trouve pas l’article très intéressant, car il ne m’apprend rien. Tout cela me semble évident, dit et redit. Les fachos vivent dans une bulle où l’on cherche à se faire peur (un noir ou un arabe casse la gueule à un blanc) et à se rassurer (le blanc casse la gueule à l’arabe. Oui, c’est subtil, faut suivre).
Mais, sur les réseaux sociaux, nous sommes tous dans une bulle. Nous avons tous une bulle qui nous fait à la fois peur (la politique, les guerres, le réchauffement climatique…) et nous rassure (l’inauguration d’une piste cyclable, les chats qui sont mignons). Nous sommes en permanence en train de jouer au même jeu de montagnes russes émotionnelles et de nous détraquer le cerveau. Afin de mieux consommer pour lutter contre la peur (alarmes, médicaments) ou « se faire plaisir » (t-shirt en coton bio à l’image du nouveau roman de Ploum, si si, ils arrivent).
Il n’y a pas une « bonne » façon de consommer, que ce soit physiquement ou l’information. On ne peut jamais « gagner », c’est le principe même de la société d’insatisfaction-consommatrice.
Soyez perdants, regagnez votre vie !
Être rebelle, c’est donc avant tout accepter sa propre identité, sa propre solitude. Accepter de ne pas être informé de tout, de ne pas avoir une opinion sur tout, de sortir d’un groupe qui ne nous correspond pas, de ne pas se mettre en avant tout le temps, de perdre toutes ces micro-opportunités, essentiellement factices, de créer un contact, de gagner un follower ou un client.
Donc, oui, être rebelle, c’est vu comme perdre. Pour moi, c’est avant tout ne pas accepter aveuglément les règles du jeu.
Être un perdant, aujourd’hui, c’est peut-être la seule manière de regagner sa vie.
Ingénieur et écrivain, j’explore l’impact des technologies sur l’humain, tant par écrit que dans mes conférences.